Haut lieu de l’artisanat marocain dont la renommée dépasse largement les frontières du Royaume, Tétouan a fait du zellige l’un des symboles les plus emblématiques de l’identité culturelle du Nord. Solidement ancré dans la «Colombe blanche», cet art ancestral dépasse la simple fonction décorative pour s’imposer comme un véritable langage esthétique. Transmis de maître à apprenti avec une rigueur et une passion intactes, ce savoir-faire séculaire demeure aujourd’hui l’un des piliers essentiels de l’économie artisanale locale.
Nassib Tarraz, maître artisan (maâlem) et héritier d’une longue tradition familiale, insiste sur l’importance cruciale de cette transmission intergénérationnelle. «Le zellige tétouanais est considéré comme l’un des patrimoines culturels les plus précieux de cette ville. C’est un savoir-faire que nous nous transmettons de père en fils», confie-t-il.
Au fil des décennies, le zellige tétouanais s’est forgé une réputation qui dépasse largement les frontières du Royaume. Porté par l’ingéniosité des artisans marocains, ce savoir-faire a rayonné jusqu’en Andalousie et dans plusieurs villes du bassin méditerranéen, laissant son empreinte sur les demeures historiques les plus prestigieux.
Bien qu’il partage une origine commune avec le zellige de Fès, celui de Tétouan se distingue par des caractéristiques techniques et esthétiques spécifiques. «Contrairement à d’autres variantes, notre zellige est soumis à une double cuisson, ce qui lui confère une solidité accrue ainsi qu’une meilleure capacité d’absorption», explique le maâlem Nassib Tarraz.
Le zellige tétouanais se distingue notamment par une palette chromatique spécifique, des motifs géométriques caractéristiques ainsi que des techniques particulières de préparation de l’argile et de l’émail. «Le travail débute par le traçage de formes traditionnelles à l’aide de gabarits ancestraux, avant de passer à l’étape cruciale de la découpe manuelle», explique Samira Zarhouni, artisane spécialisée dans le zellige tétouanais.
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La richesse des couleurs intervient ensuite grâce à l’utilisation de pigments minéraux naturels. «Nous utilisons, par exemple, de l’oxyde de cuivre pour obtenir le vert ou du cobalt pour produire le bleu et le noir», précise le maâlem Nassib Tarraz, soulignant ainsi la singularité de cette palette dans l’artisanat marocain.
Sur le plan institutionnel, le Maroc a récemment franchi une étape importante pour préserver ce patrimoine. Le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a en effet lancé le processus d’inscription du «savoir-faire du zellige de Fès et de Tétouan» sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Cette initiative vise à renforcer la reconnaissance internationale de cet art ancestral et à assurer la sauvegarde de ces techniques face aux défis posés par la production industrielle.
Déterminés à préserver cette tradition, les artisans de Tétouan veillent à maintenir le caractère entièrement manuel de ce métier, transmis de génération en génération. À travers cette démarche de reconnaissance internationale, l’objectif est de consacrer le zellige comme un élément central de l’identité esthétique du Royaume, tout en mettant en lumière le savoir-faire des maîtres artisans qui continuent de faire rayonner la mosaïque tétouanaise bien au-delà des frontières nationales.







