20 ans après: que devient Joudia, la gagnante de la première édition de Studio 2M?

L'artiste Joudia.

Le 14/03/2026 à 17h30

VidéoC’était en 2004. Dans les salons marocains, les familles se rassemblaient chaque samedi soir devant leur téléviseur pour suivre Studio 2M. Au milieu des candidats, une jeune fille aux couettes reconnaissables entre toutes et à la voix cristalline allait rapidement marquer les esprits. Vingt ans après ce moment charnière et le succès de «Si je m’envole», devenu l’un des titres emblématiques d’une génération, Joudia sort du silence. Entre exil intérieur, deuil et maternité, celle qui a marqué la mémoire collective bien avant l’ère des réseaux sociaux prépare aujourd’hui son retour avec un album en darija. Une manière, dit-elle, de revenir à l’essentiel.

L’histoire commence à Marrakech. Chez Joudia Belkabir, l’art n’est pas vraiment une option. Il fait partie du quotidien. Son père, aujourd’hui disparu, était dessinateur, un homme de trait et de sensibilité. Son oncle compte parmi les fondateurs du groupe Tagadda. Dans la maison familiale, la musique circule naturellement. Entre les rythmes de la dekka marrakchia et les réunions où les instruments passent de main en main, la jeune Joudia grandit dans un univers sonore qui nourrit très tôt son imaginaire.

Pourtant, son destin aurait pu suivre une autre voie. Après le baccalauréat, elle part à Montpellier pour étudier l’architecture. L’expérience ne dure qu’un an. L’éloignement devient trop lourd et elle décide de rentrer à Marrakech, auprès des siens. Elle retrouve alors la pâtisserie familiale, entre les parfums de fleur d’oranger, de miel et de smen. «Ce sont des choses avec lesquelles j’ai grandi», raconte-t-elle aujourd’hui. Une créativité presque artisanale qui, selon elle, ne l’a jamais quittée.

C’est à ce moment-là qu’elle découvre le casting de Studio 2M. Elle tente sa chance, passe les auditions, franchit les étapes et atteint la finale. Sa voix, mais aussi son style reconnaissable, notamment ses fameuses couettes, marquent immédiatement le public. Elle remporte la première édition du programme et devient l’un des visages les plus mémorables de cette aventure télévisuelle.

La victoire lui ouvre les portes de la scène. Peu après, elle enregistre Si je m’envole, un titre qui rencontre rapidement un grand succès auprès du public marocain. «Il n’y avait pas que la chanson. Il y avait des concerts, beaucoup de choses se passaient autour», se souvient-elle. Dans la foulée, elle interprète aussi le générique de la série ramadanesque à succès Oqba Lik, dont la bande originale contribue à renforcer sa popularité.

Puis, au fil des années, Joudia choisit de s’éloigner de la scène. «Le chant n’est jamais sorti de mon cœur. Mais à un moment, je me suis dit qu’il fallait passer à une autre étape de ma vie», explique-t-elle. Elle met alors la musique entre parenthèses et se tourne vers un autre domaine qui la passionne, le design. Depuis chez elle, elle développe ses idées, imagine des projets et redéfinit peu à peu ce qu’elle souhaite exprimer artistiquement.

Avec le temps, sa relation à la musique évolue. «Quand on est jeune, on veut chanter en français ou en anglais parce que c’est ce qu’on apprend. Tout cela reste bénéfique. Mais en grandissant, on ressent le besoin de revenir à ses racines. Il n’y a rien de mieux que de chanter dans sa propre langue», souligne-t-elle.

Ces années loin des projecteurs sont aussi marquées par des moments forts dans sa vie personnelle. «J’ai vécu beaucoup d’émotions… le bonheur, mais aussi l’adieu», confie-t-elle. Elle rencontre l’homme de sa vie et devient mère d’une petite fille. Mais elle traverse également une épreuve douloureuse avec la disparition de son père, survenue alors qu’elle était enceinte. «On était très proches. La vie apporte des moments heureux et d’autres plus difficiles. Mais quand on a la foi, on avance», dit-elle.

Un nouveau chapitre

Malgré cette longue absence, le lien avec le public ne disparaît jamais complètement. «Chaque année, je me dis que les gens m’ont oubliée», raconte-t-elle. Pourtant, des messages continuent de lui parvenir.

Certains fans lui envoient des photos de leurs enfants, parfois coiffés de couettes comme elle à l’époque. «Certaines petites filles portent même mon prénom. C’est là que je me rends compte de l’amour des gens», évoque-t-elle.

Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles semble proche. Joudia travaille actuellement sur un nouvel album original, chanté en darija. Pour elle, il ne s’agit pas seulement d’un retour artistique, mais d’un retour aux sources, à Marrakech et à l’univers musical dans lequel elle a grandi. Vingt ans après Si je m’envole, la voix est restée la même. Mais l’histoire qu’elle porte désormais est celle d’une femme, d’une mère et d’une artiste qui revient avec une maturité nouvelle. Et un public qui, visiblement, ne l’a jamais vraiment oubliée.

Par Zineb Agzit
Le 14/03/2026 à 17h30