Le civisme au cœur de la politique environnementale

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ChroniqueLa protection de l’environnement n’est toujours pas entrée dans les mœurs de bon nombre de Marocains, pour lesquels le gaspillage de l’eau, la gestion des détritus, le maintien de la propreté dans l’espace public sont des concepts qui ne les concernent pas.

Le 20/11/2022 à 12h59

En matière de climat, le Maroc accomplit de grandes avancées ces dernières années, notamment depuis la tenue de la COP22 à Marrakech en 2016. Récemment, le pays a conclu avec l’Union européenne le premier partenariat vert sur l’énergie, le climat et l’environnement dans la perspective des recommandations de la COP27.

Le Maroc culmine aussi à la tête de certains classements mondiaux et occupe ainsila 7e place au classement Climate Change Perfomance index (CCPI), qui évalue chaque année les efforts fournis par les pays pour lutter contre le réchauffement climatique.

Le Maroc se classe aussi quatrième dans le classement mondial des dix premiers pays les plus performants sur le plan climatique, selon le Rapport de l’indice de performance climatique de 2023, établi par les Organisations Non Gouvernementales Germanwatch et le Réseau international d’Action pour le climat ainsi que l’institut allemand New Climat Institute.

Des indicateurs au vert qui contrastent pourtant avec la réalité de la rue marocaine. Car entre la volonté de bien faire, certes présente et incarnée par de grands projets d’énergies renouvelables, et la façon dont on interagit au jour le jour avec l’environnement, le fossé est abyssal.

La protection de l’environnement n’est toujours pas entrée dans les mœurs de bon nombre de Marocains, pour lesquels le gaspillage de l’eau, la gestion des détritus, le maintien de la propreté dans l’espace public sont des concepts qui ne les concernent pas.

Il y a quelques jours, l’annonce a été faite du déploiement à Casablanca d’une police communale dédiée à la lutte contre les infractions environnementales. Sa mission future: veiller à la bonne gestion des déchets, la qualité de l’eau, les rejets polluants… Fort bien. Mais cette initiative là n’est pas nouvelle et a été lancée une première fois en 2013, puis en 2017, avant de se solder par un fiasco.

Malgré beaucoup de bonnes intentions et un programme sans l’ombre d’une tâche sur papier, dans la réalité, cette police civile s’est heurtée à une montagne de difficultés qui ont signé son arrêt de mort.

Entre sous-effectifs, manque de formation, vide juridique et réglementaire, manque ou absence de coordination entre organismes et ministères concernés, et de fait impuissance face aux pollueurs en tout genre, ces policiers dont la principale mission était notamment de sensibiliser la population n’avaient ainsi pas les moyens d’être pris au sérieux par les contrevenants.

Si on ne peut que se réjouir de l’annonce de cette nouvelle police certes, on aimerait toutefois connaître le plan d’action mis en place pour ne pas tomber dans les mêmes travers qu’auparavant, sans quoi, on ne fait que perpétuer cette très mauvaise habitude bien ancrée chez nous de faire table rase des actions passées de nos prédécesseurs, pour les reproduire ensuite à l’identique en les présentant comme des nouveautés, sans tenir compte des échecs et des limites du modèle en question.

Ce qu’on espère donc, c’est que la gestion de la question environnementale sur le terrain ne connaîtra pas la même débâcle que l’éducation qui a justement pâti d’un manque de vision totale des différents ministères qui en ont eu la charge et d’une absence de continuité et de coordination lors des passations de pouvoir.

La protection de l’environnement se doit d’être au cœur de l’enseignement du civisme dans les écoles. Mais tout miser sur l’éducation et la sensibilisation ne saurait venir à bout de nos trop mauvaises habitudes, notamment celle de n’avoir aucun problème à polluer l’espace public tout en pestant contre nos rues sales.

L’impunité des pollueurs a suffisamment duré. Il est grand temps de sévir, comme c’est le cas dans toutes les grandes capitales du monde que l’on se doit aujourd’hui de prendre pour exemple. Se positionner comme un exemple de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de l’environnement mais ne pas appliquer les lois sur le terrain, en faisant de cette politique un enjeu citoyen, est un non-sens.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 20/11/2022 à 12h59