Mardi soir, à l’approche de l’adhan, la corniche de Tanger offrait un tableau rare. Face à l’océan, une table longue de plus de 300 mètres serpentait le long du littoral, prête à accueillir des milliers de jeûneurs. Dans une lumière douce de fin de journée, bénévoles et participants s’activaient dans une atmosphère mêlant effervescence et recueillement.
Loin d’un simple repas, la scène avait quelque chose de profondément symbolique. Des familles entières, des enfants, des travailleurs, mais aussi des touristes et des visiteurs de passage prenaient place côte à côte, abolissant, le temps d’un ftour, les distances sociales et culturelles. Ici, chacun trouvait sa place, dans un esprit fidèle aux traditions marocaines de générosité et d’hospitalité.
«C’est la première fois que je vois une initiative de cette ampleur au Maroc. J’avais déjà observé ce type de rassemblement en Égypte, mais le voir ici, chez nous, c’est particulièrement marquant», déclare Saber Chawni, créateur de contenu basé à Tanger. «Ce genre d’initiatives encourage à faire du bien. Le Maroc est un pays de solidarité, et Ramadan en est l’expression la plus forte», ajoute-t-il.
Des milliers de jeuneurs se sont réunis sur la corniche de Malabata à Tanger, formant la plus longue table de ftour du Maroc (S.Kadry/Le360).. Le360
Derrière cette initiative, une ambition claire: ancrer la solidarité dans le réel. «Nous avons souvent vu, ailleurs dans le monde, ces grandes tables de ftour collectif. Nous nous sommes dit: pourquoi pas à Tanger?», explique Nawal Filali, fondatrice de l’association «Yallah Nette3awnou». «C’est une première du genre, par son ampleur. Nous voulions que les gens ne se contentent pas de voir ce type d’actions sur les réseaux sociaux, mais qu’ils puissent les vivre pleinement», poursuit-elle.
Initialement, près de 1.500 repas avaient été préparés au profit de personnes vulnérables, notamment des veuves, des orphelins et des enfants ayant mémorisé le Coran. Mais très vite, l’initiative a pris une dimension plus large. «Nous avons élargi à d’autres gens, tels des passants, des familles, tous ceux qui souhaitaient partager ce moment. L’idée, c’est de faire descendre la solidarité dans la rue et de la rendre accessible à tous», précise-t-elle. «Notre objectif est simple: semer de la joie et du bien autour de nous», confirme la présidente.
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Au fil de la soirée, chants spirituels et animations ont accompagné la rupture du jeûne, renforçant l’impression d’un moment suspendu, entre ferveur religieuse et convivialité populaire. Plus qu’un simple événement, c’est une véritable expérience collective qui s’est déployée, mêlant émotions, sourires et gestes de partage.
«Nous avons voulu que cette initiative soit une belle manière de conclure, dans les dix derniers jours du mois sacré. Peut-être qu’une prière, un sourire ou un geste de gratitude donnera tout son sens à ce que nous avons fait», conclut Nawal Filali.















