Sardines: pourquoi les prix flambent-ils à Casablanca?

السردين بـ40 درهمًا.. الباعة يوضحون أسباب الارتفاع

Sardines fraîches exposées au marché central de Casablanca. (S.Belghiti/Le360)

Le 21/01/2026 à 14h30

VidéoLes prix de la sardine connaissent une flambée historique au marché central de Casablanca. Cette semaine, le kilo s’échange entre 40 et 50 dirhams, contre 15 à 20 dirhams habituellement. Reportage.

Au marché central de Casablanca, la sardine, poisson incontournable des foyers marocains, se vend désormais à prix d’or. Cette semaine, le kilo atteint entre 40 et 50 dirhams, alors qu’il se négociait habituellement entre 15 et 20 dirhams. Une flambée qui n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe de plusieurs facteurs convergents.

La rareté se traduit immédiatement sur le terrain. Moukhtar, vendeur sur place, décrit un quotidien tendu: «Le poisson est peu abondant ces jours-ci, et cela se répercute directement sur le prix. Nous l’avons acheté à 600 dirhams le carton et il nous est impossible de le vendre aux consommateurs sans créer de tensions.» Aujourd’hui, seuls quelques commerçants disposent encore de sardines et chacun ne peut proposer qu’une seule boîte, accentuant la pression sur le marché.

Cette situation s’explique en partie par la période de repos biologique imposée depuis le début de l’année sur les côtes sud, destinée à protéger les stocks de sardines et autres petits pélagiques. Pour Moukhtar, cette pause est une nécessité: «Si cette période n’est pas respectée, les poissons disparaîtront certainement de la mer

Le marché subit directement les conséquences de cette rareté. Fouzia, une autre vendeuse, confirme: «Le marché reste tendu, les prix augmentent rapidement et ne redescendent pas facilement. Les consommateurs modestes sont les plus touchés, car la sardine est un aliment de base pour eux. Même avec la suspension des exportations de sardines congelées, le kilo atteint ici 40 à 50 dirhams

La logique économique complique encore la situation. Mohamed, commerçant au marché central, explique: «Le prix des cartons atteint entre 700 et 780 dirhams en gros. Nous sommes donc contraints de vendre le kilo autour de 38 à 40 dirhams, alors qu’en temps normal, il ne dépasse pas 15 à 20. Certains grossistes coordonnent leurs prix lorsque l’offre diminue et que la demande augmente, notamment à Casablanca.»

À cette dynamique s’ajoutent des contraintes logistiques. L’arrivée des sardines se limite à quelques camions par jour, renforçant la pression sur le marché. Certains grossistes profitent de cette rareté pour maintenir les prix élevés, tandis que les commerçants doivent jongler entre approvisionnement et pouvoir d’achat des consommateurs.

Comme le résume Abdelilah, président de l’association des commerçants au marché central. «À Casablanca et Mohammedia, la sardine arrive en petites quantités, et même quand elle est disponible un jour ou deux, il suffit de quelques camions pour créer un effet de pression sur le marché. La responsabilité incombe surtout à la régulation et à la surveillance du marché, plus qu’aux vendeurs.»

Il alerte également sur une problématique souvent négligée: la commercialisation du poisson d’élevage sur les marchés marocains. «Une distinction claire sépare le poisson frais du surgelé, tout comme les produits conformes de ceux dont la date de péremption est dépassée. Force est de constater que ces standards de qualité et de sécurité ne sont pas systématiquement respectés au sein des marchés municipaux», souligne-t-il.

Entre contraintes biologiques et tensions commerciales, la flambée des prix au marché central de Casablanca illustre la difficulté de gestion des ressources halieutiques. Pour garantir la pérennité de la sardine en tant que ressource durable et base de l’alimentation nationale, le Maroc doit impérativement conjuguer protection des stocks, maîtrise des volumes et encadrement rigoureux des circuits de vente.

Par Najwa Targhi et Sifeddine Belghiti
Le 21/01/2026 à 14h30