Santé: le CESE pointe le retard du Maroc dans l’organisation du soin à autrui

Abdelkader Amara, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). (Y.Mannan/Le360)

Le 28/01/2026 à 18h57

VidéoLongtemps relégué à la sphère familiale et largement assumé par les femmes, le soin à autrui reste insuffisamment structuré et reconnu au Maroc. Dans un avis rendu public à Rabat, le Conseil économique, social et environnemental appelle l’État à se doter d’une véritable stratégie nationale pour répondre à des besoins sociaux devenus critiques.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle l’Exécutif à se doter d’une véritable économie du soin à autrui, estimant que celle-ci demeure insuffisante aussi bien dans les secteurs public que privé.

Le CESE a organisé, mercredi 28 janvier 2026, à son siège à Rabat, une rencontre consacrée à la présentation des grandes lignes de son avis intitulé «Reconnaître et organiser l’économie du soin à autrui au Maroc: enjeux et perspectives». À cette occasion, le président du Conseil, Abdelkader Amara, a souligné que la question du soin à autrui revêt une importance stratégique croissante, à la lumière des profondes mutations démographiques et sociétales que connaît le Royaume.

Il a relevé que «les structures et services de prise en charge relevant des secteurs public et privé demeurent insuffisants pour répondre de manière adéquate à ces besoins». L’offre existante reste, selon lui, «limitée et inégalement répartie sur le territoire, tandis que les programmes sectoriels destinés notamment aux enfants, aux personnes âgées, aux femmes et aux personnes en situation de handicap restent fragmentés, centrés sur la réponse institutionnelle ou sanitaire, en l’absence de services professionnels coordonnés pour la prise en charge du soin à autrui».

Cette situation se traduit, a-t-il ajouté, par une prise en charge reposant «largement sur les solidarités familiales, en dépit de leurs fragilités». Longtemps invisible, insuffisamment reconnu et faiblement structuré, ce travail est majoritairement assuré par les femmes, rappelle le CESE. Une réalité qui engendre des coûts sociaux et économiques considérables: renforcement des inégalités entre les sexes, fragilisation des parcours professionnels et réduction de la participation des femmes à la vie économique, sociale et politique.

À cet égard, Abdelkader Amara a rappelé que, selon le Haut-commissariat au plan (2014), «l’intégration du travail non rémunéré dans les comptes économiques ferait croître le PIB national de 19%, dont 16% seraient imputables aux femmes». C’est dans ce contexte que l’économie du soin à autrui prend toute sa dimension. Elle regroupe «l’ensemble des activités, rémunérées ou non, formelles ou informelles, qui accompagnent et soutiennent les personnes dépendantes ou vulnérables (enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap ou toute personne nécessitant un appui dans la vie quotidienne)». Elle combine à la fois services professionnels, dispositifs institutionnels et solidarités familiale et communautaire.

De son côté, Zahra Zaoui, membre du Conseil et rapporteure de l’avis, a mis en avant le potentiel de cette économie pour le développement humain, social et économique du Maroc. Selon elle, l’économie du soin pourrait renforcer la cohérence des politiques publiques grâce à des approches intégrées, soutenir le développement territorial par des services de proximité accessibles à tous et créer des emplois durables, notamment au profit des femmes et des jeunes, dans des domaines tels que l’aide à domicile, la garde d’enfants ou l’accompagnement des personnes âgées et en situation de handicap.

Mme Zaoui a enfin insisté sur la nécessité de doter le Maroc «d’une stratégie nationale du soin à autrui, structurée et intégrée». Une stratégie qui viserait, a-t-elle conclu, à «reconnaître pleinement la valeur économique et sociale du soin, à professionnaliser les métiers du secteur et à améliorer la qualité des services, tout en soutenant la solidarité familiale et en répartissant plus équitablement les responsabilités entre familles, État, collectivités, professionnels et société civile».

À mesure que les solidarités traditionnelles s’effritent et que les besoins sociaux s’accroissent, le soin à autrui ne peut plus rester un angle mort des politiques publiques. L’enjeu n’est plus seulement social ou sanitaire: il est économique, territorial et profondément politique.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 28/01/2026 à 18h57