À l’arrivée du mois de Ramadan, une série de métiers saisonniers émerge, animant les rues et les marchés avant de disparaître avec le retour au rythme habituel de la vie quotidienne. Ces activités connaissent un véritable essor dans les quartiers populaires et résidentiels, où les habitants conservent les traditions du ramadan et consomment abondamment les produits et services typiques de ce mois. Pour de nombreux jeunes et femmes, Ramadan devient ainsi une occasion de travail et de gain, remplaçant la routine du sommeil et de la paresse par une opportunité de revenus, souvent significative surtout durant les premiers jours, lorsque la consommation est à son pic, indique le quotidien Assabah de ce lundi 9 mars.
À Casablanca, certains marchés populaires connaissent une animation particulière pendant Ramadan. Des quartiers comme Derb Ghallef voient apparaître de nouvelles professions. On y trouve la vente de jus naturels prêts à consommer, de feuilles de pastilla utilisées pour préparer les spécialités de cette période, ainsi que de différents types de chebakia et de dattes. Les pains et pâtisseries traditionnels tels que le baghrir, le batbout, rezzat el qadi ou le msemen sous diverses formes constituent également des sources de revenus importantes pour ceux qui les proposent à la vente. Dans ces marchés, les femmes jouent un rôle central. Beaucoup préparent leurs produits à la maison avant de les vendre aux clients, qu’il s’agisse de fonctionnaires, de célibataires ou de familles qui préfèrent acheter plutôt que de passer du temps à cuisiner.
Dans une visite récente du marché de Derb Ghallef, une femme d’une cinquantaine d’années était assise plusieurs heures avant l’heure de l’iftar devant une petite table, présentant un assortiment de pâtisseries comme le baghrir, le batbout ou le msemen farci, a-t-on pu lire dans Assabah. Elle explique que le fait de préparer ses produits chez elle puis de les vendre sur place lui permet de réaliser un bon bénéfice, surtout par rapport aux jours ordinaires, car la demande augmente fortement pendant Ramadan. Non loin de là, une autre femme occupait un coin dans une boulangerie, vendant des chebakia fines et de qualité supérieure au prix de 100 dirhams le kilogramme. Elle souligne qu’elle confectionne ces chebakia chez elle et n’utilise la boulangerie que comme point de vente.
Les jeunes aussi, profitent du dynamisme de ce mois. Alors que certains suspendent leur activité, d’autres tirent parti de l’augmentation de la consommation pour gagner de l’argent, même à travers des métiers simples. Sur les marchés populaires, on observe des jeunes vendant du jus naturel, très prisé par les jeûneurs, en particulier le jus d’orange. Ils achètent des quantités importantes de fruits, les pressent à l’aide de pressoirs rudimentaires et vendent le litre jusqu’à 20 dirhams, réalisant ainsi un bénéfice d’environ 10 dirhams par litre, surtout après la baisse des prix des oranges. D’autres jeunes se spécialisent dans la fabrication et la vente de feuilles de pastilla. Certains préparent la pâte, d’autres la cuisent sur des plats chauds. Ces feuilles sont très recherchées, car elles permettent aux familles de préparer des briouates ou des «cigares» farcis de chair de poulet, de poisson ou d’autres ingrédients, des plats typiques du Ramadan. Ainsi, Ramadan ne se limite pas à un mois de jeûne et de spiritualité. Il devient également une période de créativité et d’ingéniosité économique, où femmes et jeunes transforment leur savoir-faire culinaire et leur énergie en source de revenus, contribuant à l’animation des marchés et au maintien d’une tradition vivante au cœur des quartiers populaires de Casablanca.








