Près de 5.000 pharmaciens d’officine ont répondu à l’appel de leur Confédération en organisant, ce jeudi à Rabat, un sit-in de protestation contre les recommandations du Conseil de la concurrence préconisant une transformation du modèle officinal, notamment à travers l’ouverture du capital des pharmacies aux non-professionnels. Conduits par Mohamed Lahbabi, président de la Confédération des syndicats de pharmaciens du Maroc (CSPM), les manifestants, venus de différentes régions du Royaume, ont exprimé leur rejet d’une réforme jugée incompatible avec l’indépendance professionnelle et la mission de santé publique des officines. «Recommandations catastrophiques», «la santé n’est pas à vendre, etc.», ont scandé les protestataires devant le siège du Conseil.
Pour rappel, le Conseil de la concurrence préconise une réforme structurelle du secteur pharmaceutique, incluant l’ouverture du capital des officines à des investisseurs non pharmaciens, ainsi qu’une dérégulation des horaires d’ouverture. L’objectif affiché est de dynamiser la concurrence, d’améliorer l’accès au médicament et d’adapter l’organisation du réseau officinal aux évolutions du marché.
«Ou bien on ouvre le capital des pharmacies, ou bien on stoppe temporairement la sortie de nouveaux diplômés durant deux à trois ans afin de réguler le marché et rouvrir graduellement les vannes. C’est la réforme ou la stagnation», avait déclaré Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, en présentant les orientations de l’institution.
Le Maroc compte aujourd’hui plus de 15.000 pharmaciens d’officine. Le chiffre d’affaires du réseau officinal est estimé à près de 13 milliards de dirhams, sur un volume global d’environ 25 milliards de dirhams pour l’ensemble de la chaîne du médicament, incluant l’industrie pharmaceutique, les grossistes-répartiteurs et la distribution.
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S’exprimant au nom de ses adhérents, la CSPM affirme rejeter toute «atteinte à l’indépendance de la profession», réitère son «attachement au modèle pharmaceutique citoyen» et se dit «disposée à recourir à toutes les formes de protestation légitimes pour défendre la profession».
Selon Mohamed Lahbabi, l’avis du Conseil de la concurrence «risque de fragiliser l’équilibre du secteur au profit d’acteurs financiers». Il estime que l’ouverture du capital pourrait favoriser une concentration économique au détriment du maillage territorial actuel. «Au lieu de renforcer la concurrence, cette recommandation pourrait conduire à une concentration du marché entre les mains d’opérateurs disposant d’importantes capacités d’investissement», a-t-il déclaré.
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Le président de la CSPM met également en garde contre les effets potentiels sur la répartition géographique des officines. Selon lui, une libéralisation du capital pourrait accélérer la concentration des pharmacies dans les zones à forte rentabilité commerciale, au détriment des territoires moins attractifs, aujourd’hui couverts par le réseau officinal.
Mohamed Lahbabi considère enfin que l’ouverture du capital risque de modifier la nature même de l’activité officinale en renforçant sa dimension commerciale. En conclusion, le président de la CSPM a averti que la profession entend poursuivre sa mobilisation pour défendre le modèle actuel d’exercice pharmaceutique.




