Nous les femmes, vous les hommes

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naamane Guessous.

ChroniqueElle parle avec le cœur. Il répond avec la tête. Elle attend une avalanche de mots doux qui enlacent. Il livre un raisonnement clair, structuré, presque académique.

Le 13/02/2026 à 11h03

Et elle est convaincue que «Lui, il ne comprend rien à l’amour. Ou: il ne m’aime pas vraiment».

C’est ainsi que naissent la déception et la frustration. Le doute, l’amertume, parfois la rancune. Et voilà comment des conflits majeurs surgissent… à partir de presque rien. Juste une incompréhension. Deux langages affectifs qui se croisent sans jamais vraiment se rencontrer.

Car non, hommes et femmes ne parlent pas la même langue émotionnelle. Ils parlent deux dialectes voisins, cousins peut-être, qui refusent obstinément de se traduire.

Prenons une scène banale, universelle.

Elle, peinée, amoureuse: «Chéri, tu vas me manquer… Un mois sans te sentir, sans me blottir dans le creux de ton cou, c’est long.»

Lui, droit, rationnel, convaincu de rassurer: «Mais non, ça passera vite. Ce n’est qu’un mois.»

Dans la tête d’Elle: «Il ne m’aime pas. Il veut profiter de mon absence pour s’éclater.»

Dans la tête de Lui: «Je veux la rassurer. Lui dire que tout ira bien.»

Mais. On ne rassure pas une femme amoureuse avec des délais et des statistiques. On la rassure avec des mots. Des images. Des émotions partagées.

Monsieur, une règle d’or: quand une femme te dit tu vas me manquer, ne rationalise pas. Reste sur le même étage émotionnel. Soupire. Cherche tes mots. Bégaye un peu, ça sera touchant. Et dis, en la serrant fort: «Comment je vais faire sans toi? Tu vas me manquer encore plus.» Une phrase vivante. Et elle touche juste.

Soyons honnêtes: vous avez du mal, Vous les hommes, avec les mots d’amour. Votre culture vous a appris qu’un homme ne doit pas montrer sa vulnérabilité, et qu’aimer profondément frôle la faiblesse. Bon, rendons quand même justice à Internet: cœurs rouges, flammes palpitantes, smileys amoureux, en un clic, vous aimez. C’est pratique. Mais cela ne remplace pas les mots.

«Oui, nous les femmes, avons besoin de ces mots et de ces gestes. C’est notre carburant émotionnel. Mais vous aussi, Messieurs, même si vous faites semblant de vous en passer»

—  Soumaya Naamane Guessous

Et puis il y a la question fatidique, qui vous crispe: «Tu m’aimes?»

Vos réponses frôlent parfois l’agacement: «Pourquoi je t’ai épousée alors? Je ne vais pas te le répéter tous les jours. Tu ne me fais pas confiance! Elle, intérieurement: Si. Mais j’ai besoin de l’entendre.»

Vous vous plaignez ensuite. Vous soutenez que les femmes sont ingrates, éternellement assoiffées de mots d’amour, insatiables. Leurs sollicitations vous dérangent, vous fatiguent, vous énervent parfois. Mais franchement, si c’est le prix de votre bonheur, si ces mots font plaisir, si cela adoucit la relation, pourquoi ne pas user, en abuser? Vous ne payez tout de même pas d’impôts dessus. C’est gratuit. Et ça peut apporter gros. La relation devient plus fluide, plus légère, plus harmonieuse. Allez, Messieurs: soyez généreux par le verbe.

Ajoutons une autre scène, tout aussi fréquente.

Elle rentre d’une journée longue, lourde, stressante. Elle se plaint. Messieurs, surtout ne minimisez pas, ne comparez pas, et surtout ne lancez pas ce terrible: «Fatiguée? T’as porté des pierres?» Ce qu’elle cherche n’est ni un jugement ni une solution immédiate. C’est de la compassion. Parfois, un simple «je te comprends» suffit. Encore mieux: «Repose-toi, je m’occupe du reste.»

Et puis il y a la tendresse du quotidien. La vraie. Celle qui ne se programme pas. «Moi, j’attends de lui des gestes d’amour tout au long de la journée. Des mots doux. Des caresses furtives. Des bisous pris au vol pendant que je traverse la maison de la salle à manger à la cuisine, épuisée, suante, lessivée par le travail, les devoirs des enfants, la préparation du dîner.»

«Un petit bisou dans ma course folle, juste pour me booster. Une caresse pendant qu’on mange. Un contact, quoi. Walou. Ces gestes-là, il ne les a qu’au lit. Tard. Il fantasme sur mon corps. Moi, mon unique fantasme s’appelle dormir. Lui, en revanche, a eu le temps, le calme et l’énergie d’élaborer un autre programme, nettement plus exotique.»

Messieurs, les femmes vous reprochent de ne pas comprendre qu’une nuit érotique se prépare toute la journée. Les bisous de l’après-midi sont les intérêts de la nuit. Les caresses du matin sont des placements à long terme. La tendresse est un investissement.

Et parlons maladie. Quand vous vous êtes malades, nous vous chouchoutons, nous vous maternons et vous appréciez: «Ça va mon chéri? Tu veux quelque chose?»

Quand nous nous sommes malades? Vous êtes dérangés. «Prends tes médicaments. Tu seras sur pied quand?»

Tout est logique. Calculé. Prévisionnel. Et franchement… énervant.

N’oublions pas le tagine. Quand elle vous sert un plat, ce n’est pas juste de la nourriture. C’est du temps. De la fatigue. De l’amour. Alors s’il manque un peu de sel, choisissez bien vos mots: «Il est délicieux, peut-être juste un peu plus de sel la prochaine fois.» Et non des mots et des gestes explosifs pour exprimer votre contrariété. Dire «merci», ce n’est pas un détail. C’est un investissement affectif à haut rendement. Aidez-la à préparer le tagine, ce serait encore plus gratifiant pour vous.

Conclusion? Les mots d’amour ne s’usent pas. Ils se multiplient quand on les partage. Avec maladresse parfois. Avec humour souvent. Mais toujours avec sincérité.

Oui, nous les femmes, avons besoin de ces mots et de ces gestes. C’est notre carburant émotionnel. Mais vous aussi, Messieurs, même si vous faites semblant de vous en passer.

Alors faisons un effort de part et d’autre. Chassons l’orgueil. Misons sur la tendresse.

L’amour ne commence pas dans le lit. Il y arrive. Une nuit érotique se tisse à deux mains.

Les gestes tendres sont ses prémices. Les mots doux en sont la musique. La complicité en est la lumière.

Messieurs, retenez ceci: le désir féminin n’est pas un interrupteur. C’est une braise. Elle s’alimente de considération, d’écoute, de gratitude, de caresses discrètes.

Et quand la tendresse circule, l’érotisme suit naturellement. Intensément. Généreusement.

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 13/02/2026 à 11h03