Il est 17h30 passées lorsque les premiers invités arrivent par petits groupes. À l’entrée, les poignées de main se prolongent et les sourires sont francs. Certains ne se sont pas vus depuis un an, d’autres se croisent régulièrement mais tiennent à marquer leur présence à ce rendez-vous devenu incontournable du mois de Ramadan. Dans la salle, plusieurs tables ont été dressées avec soin. Sur chacune, des dattes, du lait et des gâteaux marocains. L’atmosphère est chaleureuse.
«On sent que le ftour sera à la fois convivial et chargé de sens», glisse Hamid Lafredi, président de l’association Génération Diaspora, venu célébrer le Ftour pluriel pour la première fois. Installé entre deux jeunes invités mis à l’honneur, il observe la salle qui se remplit peu à peu.
Pour lui, être présent ce soir relève presque de l’évidence. «Le ftour est un moment très important pour nous. Le partager dans cet esprit d’ouverture, avec des Marocains venus d’horizons différents et des amis d’autres pays, c’est fort», confie-t-il. À ses yeux, cette rencontre donne une image fidèle des liens qui unissent les Marocains établis en France et ailleurs, et ceux qui vivent au Royaume, «dans les deux sens», insiste-t-il, comme pour rappeler que l’attachement ne connaît pas de frontière.
Le Ftour pluriel tient sa seizième édition à Casablanca. L’événement, porté par les associations Marocains Pluriels et Salam Lekoulam, est devenu au fil des années un rendez-vous régulier du mois de Ramadan. «Ici, pas de protocole pesant ni de mise en scène. L’idée est simple, réunir autour de plusieurs tables des femmes et des hommes aux parcours variés pour partager un moment à la fois intime et public, ancré dans la tradition mais ouvert sur le monde», rappellent les co-présidentes de l’association Salam Lekoulam, Katia Bitton et Aalya Ghouli, à l’entrée, tout en accueillant les invités avec une attention presque familiale.
Elles prennent le temps d’échanger quelques mots avec chacun, de présenter ceux qui ne se connaissent pas encore et de veiller à ce que personne ne reste en retrait. «Le Maroc nous a appris à vivre ensemble naturellement», disent-elles, convaincues que cette évidence mérite d’être entretenue, surtout dans le contexte actuel.
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À 18h32, l’appel à la prière s’élève. Les conversations s’interrompent naturellement. Certains ferment les yeux, d’autres baissent la tête. Chacun rompt le jeûne à sa table. Une datte, une gorgée de lait et une harira partagée. Autour des tables, musulmans, juifs et chrétiens échangent des regards et des mots à voix basse. «Il n’y a pas de mise en scène particulière, juste un moment vécu collectivement», fait observer Ahmed Ghayat, président de Marocains Pluriels.
Peu à peu, l’ambiance se détend. Les discussions reprennent. À une table, un diplomate échange avec un jeune entrepreneur installé au Canada. À une autre, une artiste raconte son dernier projet à un représentant associatif venu de Paris. On parle de parcours, de mobilité et d’engagement. Le thème choisi cette année semble déjà irriguer les conversations.
La seizième édition du Ftour pluriel a en effet placé la jeunesse au centre de la soirée. «Une jeunesse aux mille horizons mais rattachée à une même identité marocaine», souligne Ahmed Ghayat dans une déclaration pour Le360. Sept jeunes Marocains, «s’illustrant à travers le monde», ont été sélectionnés pour être mis à l’honneur. Leurs domaines d’activité diffèrent, mais tous partagent un lien assumé avec leur pays d’origine.
Après le ftour, les regards se tournent vers l’espace réservé aux interventions. Ahmed Ghayat explique avoir souhaité «consacrer cette édition à ces jeunes qui, où qu’ils vivent, portent une part du Maroc avec eux». Selon lui, ils incarnent la diversité et le talent d’un pays capable de se projeter à l’international sans renier ses racines.
Un à un, les sept jeunes sont appelés. La salle applaudit avec chaleur. Certains ont parcouru des milliers de kilomètres pour être présents. D’autres vivent au Maroc mais travaillent à l’international. Chacun reçoit un médaillon symbolique du vivre ensemble. Les applaudissements redoublent lorsque leurs proches, parfois installés à quelques tables de distance, se lèvent pour prendre des photos. L’hymne national retentit ensuite. Les invités se lèvent spontanément. Le moment soude la salle autour d’un sentiment partagé.
Quand “tamaghrabit” rassemble... et mobilise
Parmi les personnalités présentes figure André Azoulay, conseiller du roi Mohammed VI et président fondateur de l’Association Essaouira Mogador. Lorsqu’il intervient, la salle se fait attentive.
«Dans un temps et un espace où fleurissent les illusions mortifères de l’exclusion et du déni de l’autre, un temps et un espace où tout autour de nous trop nombreuses sont les sociétés civiles gangrenées par le retour des archaïsmes et des extrémismes qu’à tort l’on avait cru définitivement disparus, le Maroc, fort du leadership pionner et éclairé du roi Mohammed VI, incarne à sa façon notre “tamaghrabit”, celle qui nous rassemble et nous mobilise pour porter haut et loin le consensus d’une Nation qui a le talent de faire de la richesse historique de toutes ses diversités le réacteur central de sa modernité sociale et contemporaine», explique-t-il.
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Poursuivant son intervention, il replace le Royaume dans le contexte mondial actuel. «Dans une communauté internationale plus que jamais en quête de repères, le Maroc s’enracine avec lucidité et détermination dans la consolidation et l’élargissement d’une réalité sociale et culturelle autrement plus exaltante où nous évoluons les uns et les autres, les uns avec les autres, dans l’écoute sereine et apaisée de tous les narratifs et dans le respect de l’histoire, de la spiritualité et de l’identité apaisée de chacun», poursuit-il.
Pour le conseiller du Roi, «ces mots ne sont pas ceux d’un exercice protocolaire convenu ni d’un plaidoyer de circonstance dont la seule ambition serait de faire valoir ou de promouvoir notre rendez-vous annuel du “Ftour pluriel”, un rendez-vous qui nous invite à prendre la juste mesure de cet art militant de tous les possibles désormais relayé avec volontarisme et conviction bien au-delà de nos frontières pour dire au plus grand nombre depuis une terre d’Islam, sans tabou ni faux-semblant, l’universalité de la Paix, de la résilience et de l’heureuse convergence de toutes nos diversités chez elles au Maroc».
La parole est alors donnée aux représentants des différentes confessions. Un imam, un rabbin et un prêtre s’expriment successivement devant l’assemblée. «Leur présence simultanée dans un même espace, à l’occasion d’une rupture du jeûne, en dit long sur l’esprit de la soirée. Et c’est only in Morocco... Only in Morocco!», lance Ahmed Ghayat.
À 20h45, le dîner est servi à table. Les invités changent parfois de place pour saluer une connaissance ou engager un nouvel échange. Les cartes de visite s’échangent discrètement. Les jeunes mis à l’honneur sont sollicités de toutes parts. Peu après, la soirée se conclut par une prestation musicale de Rita Soko.








