Médicaments: le Conseil de la concurrence révèle des dysfonctionnements structurels

Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence.

Revue de presseLes membres du Conseil de la concurrence, qui viennent de rendre public leur avis annuel, se disent préoccupés par la branche de l’activité pharmaceutique. Quelques grandes officines s’accaparent les traitements les plus onéreux, des milliers de pharmacies pâtissent d’une fragilité économique structurelle et la consommation de médicaments par habitant reste en-dessous des standards internationaux. C’est pourquoi l’institution que préside Ahmed Rahhou appelle à une refonte structurelle du modèle de distribution de cette filière. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 11/03/2026 à 18h41

À propos des dysfonctionnements du marché pharmaceutique marocain, Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, a commenté des données qu’il a qualifiées d’«inquiétantes», au cours d’un point de presse hier, mardi 10 mars, à Rabat. Son analyse révèle une anomalie majeure dans la distribution des médicaments les plus onéreux, dont ceux dédiés aux maladies chroniques et contre les cancers.

Selon les conclusions du Conseil, un nombre restreint de grandes pharmacies s’accaparent ces médications qui permettent d’importantes plus-values, relaie Al Akhbar de ce jeudi 12 mars. Selon Ahmed Rahhou, cette situation est due à ce qu’il qualifie de «facteur de confiance», de longue date, entre les grossistes-distributeurs, et ces officines qu’ils privilégient. Cette situation de fait entraîne de facto l’exclusion des autres pharmacies de la vente de ces traitements, ce qui les prive d’une source de revenus supplémentaires, pourtant substantielle.

Pour casser cette dynamique d’exclusivité, et y remédier, le Conseil de la concurrence préconise une réflexion approfondie sur l’adoption de nouveaux modèles organisationnels. Ses membres suggèrent de «s’inspirer d’une expérience française, qui se fonde sur l’intégration des petites officines à des groupements ou des centrales d’achat». Ce modèle permettrait d’assurer une répartition plus équitable des médicaments dans l’ensemble du territoire.

Les membres du Conseil de la concurrence ont livré un descriptif exhaustif du paysage pharmaceutique national, qui révèle leur fragilité économique latente. Il y a, actuellement, 14.134 pharmacies pour 14 191 pharmaciens, soit une densité de 38,4 officines pour 100.000 habitants. Mais derrière ce qui paraît à première vue une évaluation estimable, se cache une réalité nettement moins reluisante: en effet, aujourd’hui, près de 4.000 officines sont menacées de faillite dans l’ensemble du pays. Une situation inquiétante, qui s’explique par de fortes pressions financières, et une faiblesse chronique de consommation de médicaments par les habitants.

Dans leur avis annuel, les membres du Conseil indiquent que le modèle économique actuel repose quasi-exclusivement sur des marges commerciales appliquée au prix fixé par le fabricant, en l’absence d’un système clair de rémunération pour les autres services pharmaceutiques: les consultations de santé, le suivi ou la prévention des maladies. Cette faiblesse de la consommation de médicaments est d’ailleurs patente, quand des comparaisons avec d’autres pays sont établies.

Selon des données de 2024, la dépense moyenne annuelle de médicaments par habitant au Maroc s’établit à 640 dirhams, un montant qui stagne d’ailleurs depuis plusieurs années, et qui reste très inférieur à la consommation de médicaments en Tunisie (les Tunisiens ont dépensé en moyenne 1.200 dirhams en médicaments en 2024). Le Royaume se retrouve, par ailleurs, confronté à un écart abyssal avec des moyennes de différents pays de l’UE: en 2024, les Portugais ont en moyenne consommé l’équivalent de 4 200 dirhams de médicaments, quand les Belges ont dépensé l’équivalent de 5 000 dirhams (pour les Français, cette moyenne s’établit en 2024 à l’équivalent de 5 500 dirhams, et pour les Allemands, elle est de 8.000 dirhams).

Pour les membres du Conseil de la concurrence, ces indicateurs reflètent «les défis structurels profonds auxquels est confronté le marché des médicaments au Maroc», indique Al Akhbar, qui relaie un appel du Conseil à «initier des réformes organisationnelles et économiques en urgence, pour garantir l’équilibre de cette filière, préserver le maillage territorial des officines et permettre d’améliorer l’accès des habitants à des soins de qualité».

Par Hassan Benadad
Le 11/03/2026 à 18h41