Les autoroutes de l’eau ou le pari stratégique à l’épreuve des inondations

مشاهد من سد المسيرة ثاني أكبر سد في المغرب بعد ارتفاع نسبة ملئه إلى 8,5% (13 يناير2026)

Le barrage Al Massira.

Revue de presseAlors que le royaume mise sur l’interconnexion des bassins hydrauliques pour garantir sa sécurité en eau, les récentes inondations dans le Nord ont brutalement remis sur le devant de la scène l’efficacité de ces mégaprojets. Entre la perte de millions de mètres cubes rejetés dans la mer et les régions assoiffées, un paradoxe frappant émerge, appelant à une évaluation rigoureuse de ces investissements stratégiques. Cet article est une revue de presse tirée d’un éditorial d’Al Akhbar.

Le 13/02/2026 à 21h01

Les connexions entre les bassins hydrauliques du royaume peuvent être considérées, à juste titre, comme de véritables «autoroutes de l’eau», dont l’importance rivalise avec celles qui assurent la fluidité du transport des personnes et des marchandises. Bien plus que de simples infrastructures de transfert, elles incarnent des enjeux profonds, touchant à la sécurité hydrique des Marocains, à la protection contre les inondations, à l’adaptation aux changements climatiques et à la durabilité des ressources naturelles.

Le Maroc, et plus particulièrement la région du Nord, a enregistré ces dernières années un excédent significatif de ses ressources hydriques, grâce à des précipitations abondantes, comme le souligne l’éditorialiste d’Al Akhbar de ce week-end (14 et 15 février). Mais cet excédent, bien que bénéfique pour le stockage, s’est trop souvent transformé en source de périls, engendrant des inondations dévastatrices, à l’image de celle de Ksar El Kebir. Ces crues ont causé d’énormes dégâts, contraint au délestage des barrages et entraîné le rejet de quantités considérables d’eau dans la mer, sans valorisation effective. Cette situation crée un paradoxe saisissant avec les régions qui, simultanément, endurent une grave pénurie d’eau potable et d’irrigation à cause de la sècheresse.

Face à ces défis, les projets de liaison entre les bassins ont été érigés en choix stratégique pour optimiser l’exploitation de ces excédents, les rationaliser et instaurer une forme de solidarité hydrique entre les territoires. Cependant, la récurrence des inondations dans le Nord et le gaspillage d’importantes quantités d’eau ont ravivé le débat sur le bilan de ces mégaprojets, leur efficacité réelle et la mesure dans laquelle les objectifs fixés ont été atteints, souligne l’éditorialiste.

Ces catastrophes remettent également au premier plan la question du respect, par les entreprises adjudicataires de ces marchés publics colossaux, de leurs engagements et des clauses des cahiers des charges. Parmi celles-ci, l’anticipation des risques naturels et la limitation des pertes sont cruciales. L’opinion publique réclame aujourd’hui un bilan transparent de ces investissements et une évaluation de leur impact tangible sur le terrain, que ce soit en matière de renforcement du stockage hydrique, de réduction des risques d’inondation ou de soutien aux régions frappées par la sécheresse.

Les autoroutes de l’eau ne sont pas de simples chantiers techniques. Ce sont des projets souverains où se croisent les enjeux de développement, la justice spatiale et la protection contre les catastrophes naturelles, note l’éditorialiste d’Al Akhbar. Leur succès reste intrinsèquement lié à une évaluation objective et périodique, à une gouvernance rigoureuse et à un impératif de responsabilité et de reddition des comptes, loin des surenchères électorales et des polémiques stériles.

Par Hassan Benadad
Le 13/02/2026 à 21h01