Info lue dans Le360: 20 ans de prison ferme et de lourdes indemnités civiles: tel est le verdict prononcé par la Cour d’appel de Fès à l’encontre du psychiatre poursuivi pour exploitation sexuelle de ses patientes. Ce lundi soir, la chambre criminelle a condamné six autres co-prévenus à des peines allant jusqu’à 6 ans de prison ferme, mettant fin à ce dossier de traite d’êtres humains et de trafic de stupéfiants.
L’être humain est capable de tout. C’est ce qui le différencie des animaux. Ceci est une banalité. Pourtant chaque fois qu’on apprend qu’un individu a été condamné par la justice pour avoir abusé des enfants ou des malades mentaux en état de faiblesse, on se surprend à être étonné. C’est qu’on oublie vite que, contrairement aux animaux les plus féroces, l’homme est porteur en ses gènes du Mal. Certains le maîtrisent, d’autres l’exercent en toute liberté et impunité. Ils y trouvent même une satisfaction.
Il est des animaux plus féroces que d’autres, mais ils agissent avec brutalité quand ils sont affamés. Leur férocité n’est jamais pensée, structurée, intentionnelle.
Si le Mal est en nous, faisons en sorte de le combattre à la racine, dès l’enfance, dès l’école primaire. On sait que des enfants peuvent être méchants entre eux. On se dit: Ce sont des enfants, innocents, ils grandiront et deviendront des adultes raisonnables.
Un roman «Sa Majesté des mouches» (1954) du britannique William Golding (1913-1993, Prix Nobel de littérature en 1983), nous apprend à travers une fable comment certains sont nés pour faire le mal, d’autres sont là pour le subir. Des enfants se retrouvent dans une brousse après un crash d’avion. Ils sont survivants, seuls dans un lieu hostile. Très vite le groupe s’organise comme une société avec des forts et des faibles, des méchants et des paumés, des dominants et des victimes.
Ce roman qui faisait partie du courant postmoderniste, eut un immense succès. Il fut adapté au cinéma sous le titre «L’île oubliée».
Je me souviens de la première fois que j’ai lu ce roman, j’étais abasourdi par le réalisme des situations. Quelque chose de surprenant fonctionne chez tout individu en des moments limites. C’est le cas pour ces naufragés.
Tout dépend de l’éducation. C’est en principe la base et le fondement d’une société normale, équilibrée, humaine.
«On ne compte plus les pédo-criminels qui, sortis de prison, ont récidivé. Le Mal n’abdique pas. Il vaut mieux le savoir et rester vigilant. »
— Tahar Ben Jelloun
Quand on cherche pourquoi un individu commet un délit grave, on remonte dans son histoire et on découvre que son éducation n’avait pas été bien faite ou bien la racine du Mal, la «soif du Mal» ont été plus fortes que la morale et la raison.
Ainsi, le psychiatre de Fès qui vient d’être condamné à 20 ans de prison ferme pour avoir exploité sexuellement ses patientes en état de faiblesse et de vulnérabilité, est en principe un homme qui a fait des études, qui a reçu une bonne éducation et qui aurait cédé à des désirs malsains tout en sachant ce qu’il faisait. Ni les valeurs de l’islam, ni le serment d’Hippocrate n’eurent d’influence bénéfique sur sa vie.
Il portait en lui le Mal au même titre que ses diplômes de médecine. Ces deux réalités ont coexisté en lui depuis toujours. Son comportement est tout simplement dégueulasse. Entre le pédo-criminel et le criminel s’en prenant à des adultes non consentants — pire encore, à des adultes qui lui avaient fait confiance et avaient ouvert leurs cœurs et leurs blessures dans l’espoir d’être soignés — il n’y a aucune différence dans l’échelle de la gravité et du drame.
La prison est ce qu’il mérite, encore faut-il le soigner, car même enfermé et privé de liberté, l’exercice du Mal sera d’une façon ou d’une autre à l’œuvre. Une fois sa dette payée à la société, il sera libéré physiquement, mais sera-t-il libéré de lui-même et de ses démons?
La racine du mal est dans le néant, dans l’immense vide de sa propre vie, dans la médiocrité quotidienne dont la prise de conscience fait mal et peut, dans certains cas, pousser l’homme à agir afin de nier ou de sortir de ce néant qui l’obsède et le diminue.
Désapprendre le mal par l’éducation, par l’apprentissage des valeurs et principes. Lorsqu’une personne chute dans le malheur, elle est conseillée de remonter aux origines. On dit en arabe: ma’andou la dine wala mella (Il est sans foi ni loi).
Le Mal défie la pensée. Il se banalise et devient une seconde nature.
Nietzsche dit qu’on «n’attaque pas seulement pour faire du mal à quelqu’un, pour le vaincre, mais peut-être aussi pour le seul plaisir de prendre conscience de sa force». Je repense à l’individu en prison à Fès. Que va-t-il faire à présent de la conscience de sa force? Il en pèsera le poids, en mesurera les conséquences, et sera obligé de se plier à la loi de la privation de toute liberté, y compris celle de penser. Il n’ira pas loin dans ses réflexions et devra maîtriser ses désirs vicieux et malsains. Il est déjà victime de lui-même. Sa vie a été interrompue, mise entre parenthèses. Je ne connais pas son âge, mais dans vingt ans, il sortira de la prison diminué, vidé de son humanité et probablement sans remords ni regrets. En général, les criminels n’aiment pas les excuses et surtout, ne font pas de morale. Comme dit Spinoza: «Tout être tend à persévérer dans son être», autrement dit, personne ne change. Il peut faire illusion, mais le fond, la profondeur de son être, ne varie pas tellement. C’est un constat terriblement vrai, hélas. On ne compte plus les pédo-criminels qui, sortis de prison, ont récidivé. Le Mal n’abdique pas. Il vaut mieux le savoir et rester vigilant.






