Un récent sondage d’opinion met en lumière les positions des jeunes Marocains sur la question de l’héritage, un sujet qui monopolise le débat public ces derniers mois, notamment dans le contexte de la réforme en cours du Code de la famille. Alors que cette réforme est perçue par certains observateurs comme s’inscrivant davantage dans une logique de continuité et de préservation de l’existant, la question de l’égalité successorale demeure l’un des points les plus sensibles et les plus clivants, relève le quotidien Assabah dans son édition du weekend du 21-22 février.
L’enquête, réalisée par le quotidien L’Economiste (groupe Ecomédia auquel appartient Assabah) en partenariat avec Sunergia, révèle une nette majorité opposée à l’égalité dans l’héritage. À la question «Êtes-vous pour ou contre l’égalité en matière d’héritage?», 77% des jeunes interrogés se sont déclarés contre, 18% se sont dits favorables, tandis que 6% ont affirmé ne pas se sentir concernés par le sujet. Ces chiffres traduisent un attachement marqué au cadre traditionnel en vigueur, malgré l’intensité des débats publics et médiatiques.
Le quotidien souligne que l’héritage reste l’un des dossiers les plus explosifs de la réforme du Code de la famille. Il s’agit, selon le journal, d’un enjeu central, capable de cristalliser les tensions et d’attiser les émotions, tant la question touche aux fondements religieux, culturels et sociaux de la société marocaine. Loin d’être un simple débat juridique, le sujet s’inscrit dans une confrontation plus large entre visions conservatrices et aspirations modernistes.
L’étude met également en évidence un clivage territorial significatif. Les jeunes vivant en milieu urbain se montrent, dans l’ensemble, plus ouverts à l’idée de changement et évoquent plus volontiers l’égalité des droits entre hommes et femmes. À l’inverse, dans les zones rurales, l’attachement aux traditions religieuses demeure prédominant. Pour nombre d’entre eux, les règles successorales relèvent d’un principe religieux intangible, fondé sur le respect des préceptes de l’islam, et ne sauraient être modifiées, lit-on dans Assabah.
Cependant, malgré ces nuances entre villes et campagnes, la tendance générale reste largement défavorable à l’égalité successorale, que l’on soit en milieu urbain ou rural. Le sondage indique que 77% des jeunes, tous territoires confondus, s’y opposent. Plus surprenant encore pour certains observateurs, une large majorité de femmes partage cette position: 75% des répondantes se déclarent contre l’égalité en matière d’héritage, soit près des trois quarts des femmes interrogées.
L’analyse par tranches d’âge montre que le soutien le plus élevé à une réforme dans le sens d’une plus grande égalité se retrouve chez les 25-30 ans. Néanmoins, même dans cette catégorie, la proportion des partisans ne dépasse pas 21%, ce qui confirme le caractère minoritaire de cette opinion. L’étude souligne également des disparités selon les catégories socioprofessionnelles. Les opposants les plus nombreux à l’égalité successorale appartiennent aux catégories sociales D et E, avec un taux atteignant 80%. Le même niveau d’opposition est observé parmi les personnes se définissant comme conservatrices. À l’inverse, les profils qualifiés d’«ouverts» restent majoritairement réticents, bien que dans une moindre mesure, avec 68% d’opposition.
Au-delà des chiffres, le sondage donne la parole à plusieurs participants. Parmi eux, un acteur associatif affirme son soutien à l’égalité dans l’héritage «au nom de la modernité, de la justice sociale et de l’autonomie des femmes». Ce témoignage illustre l’existence d’un courant favorable à une révision du cadre actuel, qui inscrit la question successorale dans une perspective plus large de droits et d’émancipation.
Ce débat, qui dépasse le strict cadre juridique, s’impose ainsi comme un révélateur des tensions qui traversent la jeunesse marocaine. Entre fidélité aux référents religieux, revendications d’égalité et aspirations à la modernité, la question de l’héritage apparaît comme l’un des baromètres les plus sensibles de l’évolution des mentalités au Maroc.








