Des images d’arbres abattus et de troncs entassés ont récemment circulé sur les réseaux sociaux, semant l’inquiétude et alimentant les rumeurs d’un abattage massif dans la forêt de la Maâmora. Les photos ont fait le tour des groupes WhatsApp et des fils d’actualité: des arbres couchés, des engins au milieu des sous-bois, des troncs alignés en bordure de route.
Pour beaucoup d’internautes, le verdict est immédiat. La Maâmora est en train d’être «massacrée». Mais à y regarder de plus près, et surtout à aller sur le terrain, une tout autre réalité se dessine.
Des arbres tombés, pas abattus
Youssef Guerouani, chef de la zone de développement du territoire forestier de Salé par intérim à l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), apporte un premier éclairage sans ambiguïté. «Les dernières intempéries ont provoqué la chute d’environ 500 arbres», explique-t-il. «Nous avons contacté l’entreprise qui a remporté l’appel d’offres pour les travaux de sylviculture. Elle se charge de récolter les arbres tombés afin d’éviter les maladies parasitaires et de sécuriser l’espace, très fréquenté par les familles le week-end.»
Loin d’un abattage anarchique, il s’agit donc d’opérations d’entretien courantes et planifiées. «Chaque année, nous réalisons ces travaux pour nettoyer la forêt, la protéger des parasites liés aux arbres morts et éliminer tout risque de contamination du patrimoine forestier», précise le responsable. Les troncs récupérés sont ensuite acheminés vers le dépôt de Sidi Amira, où ils sont mis en vente aux enchères publiques, conformément à la réglementation en vigueur.
Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord mesurer ce que représente la Maâmora. Avec ses 132.000 hectares, dont près de 70.000 de chêne-liège, elle est considérée comme la plus vaste subéraie continue au monde et la première forêt de chêne-liège du bassin méditerranéen. Un titre qui impose des responsabilités.
«La forêt de la Maâmora est l’un des patrimoines forestiers les plus importants du Maroc», rappelle Hind Malki, ingénieure-chef au Centre de génie forestier de Kénitra. «Elle joue un rôle économique majeur, comme pourvoyeuse de liège pour les marchés marocain et international mais aussi un rôle écologique et social fondamental: régulation du climat local, protection des sols et accueil d’une biodiversité exceptionnelle.»
Pourtant, ce patrimoine est aujourd’hui fragilisé. La pression humaine, le vieillissement des peuplements de chêne-liège et les effets des changements climatiques font peser des menaces sérieuses sur son avenir. La forêt ne se «massacre» pas, elle se bat pour survivre.
Un programme de régénération massif
C’est dans ce contexte qu’a été lancée la stratégie nationale «Forêts du Maroc 2020-2030», faisant de la Maâmora un chantier prioritaire. Objectif: restaurer 20.000 hectares d’ici à 2030. Depuis le lancement effectif du programme en 2022, les résultats sont déjà tangibles.
Hind Malki égrène les chiffres: en 2023, des plantations ont été réalisées sur près de 953 hectares. En 2024, la reconstitution du chêne-liège a couvert 2.125 hectares, auxquels s’ajoutent 271 hectares de reboisement. En 2025, les opérations de régénération ont englobé 1.416 hectares supplémentaires. Au total, depuis 2022, ce sont 7.238 hectares qui ont déjà été reboisés ou régénérés sur l’ensemble de la forêt.
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La méthode, elle, est précise et rigoureuse. «Après le lancement des appels d’offres, on installe une clôture autour du périmètre pour protéger les jeunes plants du cheptel et des passages humains», détaille l’ingénieure. «Vient ensuite la préparation du sol, mécaniquement sur les terrains dégagés, manuellement sous les zones à accès difficile. On place ensuite quatre glands par plateau après traitement phytosanitaire pour garantir un bon taux de réussite.»
La numérisation est également venue renforcer l’efficacité du suivi. Une plateforme numérique permet désormais de tracer les interventions sur le terrain, de proposer des zones d’action et d’affiner la prise de décision grâce à des données précises.
Une gestion participative
Au-delà des chiffres, c’est toute une philosophie de gestion durable et participative qui est à l’œuvre. L’ANEF associe à ses actions des chercheurs, des associations de la société civile et surtout les communautés locales. Dans la forêt de la Maâmora, 24 associations représentant 2.650 éleveurs sont rémunérées pour surveiller 13.400 hectares de jeunes plantations. Un mécanisme de compensation des mises en défens a également été mis en place pour inciter les populations usagères à respecter le domaine pastoral.
«Il ne s’agit pas seulement de préserver la biodiversité, mais aussi de donner une valeur économique et sociale à la forêt», résume l’ANEF. Les rumeurs d’abattage massif qui ont enflammé les réseaux sociaux ces dernières semaines se heurtent donc à une réalité bien différente: celle d’une forêt certes blessée par le temps, le climat et la pression humaine, mais activement soignée par des centaines de professionnels et de riverains mobilisés pour la sauvegarder. La Maâmora n’est pas en train de mourir. Elle est en train de renaître.








