Dès les premières heures de la soirée de jeudi, le quartier de Fès el-Bali s’est transformé en un véritable souk à ciel ouvert, où les senteurs de musc et d’oud se mêlaient aux effluves sucrés des pâtisseries fraîchement préparées. Dans cette effervescence typique de la veille de l’Aïd, chaque ruelle racontait une histoire, celle d’une ville profondément attachée à ses traditions.
Au fil des allées étroites, les échoppes de parfums ne désemplissaient pas. Devant des vitrines débordant de fioles et de mélanges odorants, les clients prenaient le temps de choisir, humant, comparant, échangeant. Ici, le «bkhour» n’est pas un simple produit: il incarne un véritable rituel, celui d’embaumer la maison pour accueillir les invités et marquer symboliquement l’entrée dans la fête.
À deux pas de Bab Moulay Idriss, Khalil, vendeur de parfums, observe le flux incessant des visiteurs. «L’affluence reste toujours très forte la veille de l’Aïd. Les familles tiennent à cette habitude de se parfumer et d’embaumer leurs maisons», déclare-t-il. Et d’ajouter: «Nous recevons également de nombreux Marocains du monde, ainsi que des touristes venus spécialement acheter ces produits traditionnels».
Dans son échoppe, la «serghina» est préparée avec minutie. Mélange subtil de musc pur, d’«oud al qmari» et d’eau de fleur d’oranger, relevé d’un soupçon d’oud royal et de safran, elle dégage une fragrance capiteuse et envoûtante. «Chaque ingrédient est ajouté avec soin pour obtenir une senteur unique. C’est ce qui fait toute la différence et attire les clients», explique le vendeur.
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Plus loin, les pâtisseries traditionnelles attirent elles aussi une foule importante. Cornes de gazelle, briouates au miel, «ghriba»... les plateaux se remplissent à mesure que les clients défilent. Les discussions s’entremêlent, les commandes s’accélèrent, et les artisans s’activent pour répondre à la demande croissante.
«La veille de l’Aïd est notre période la plus importante. La demande est bien plus forte que le reste de l’année, mais au-delà du commerce, c’est surtout une question de tradition», confie un commerçant.
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Car à Fès en particulier, consommer ne se résume pas à un acte d’achat. Derrière chaque sachet de «bkhour» ou chaque boîte de gâteaux se cache une mémoire collective, un attachement profond aux rites qui façonnent l’identité de la ville. La visite de la médina, tout comme le passage par le mausolée de Moulay Idriss II, reste pour beaucoup indissociable de ces préparatifs, entre quête de bénédiction et fidélité aux coutumes. Ainsi, la médina retrouve toute sa vitalité, offrant une scène vivante où se mêlent gestes ancestraux et joie collective.








