Affaire Omar Radi: Amnesty impitoyable envers la plaignante qui l’accuse de viol

Omar Radi. . DR

«Dépêchez-vous pour la libération du journaliste Omar Radi». C’est le mot d’ordre lancé hier par Amnesty International sur sa page Facebook. Pour atteindre cet objet, l’organisme droit-de-lhommiste invite à submerger de missives le bureau du chef du gouvernement.

Le 10/09/2020 à 15h19

C’est un drôle d’appel qu’a lancé Amnesty International via ses réseaux sociaux, dans l’espoir de contraindre les autorités marocaines à libérer Omar Radi.

Pour faire pression sur les autorités marocaines et influer sur le cours de la justice du pays, l'ONG invite donc les internautes à écrire directement au chef du gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani. Et pour faciliter la tâche de ceux-ci, l’organisme va même jusqu’à partager un modèle de lettre préétabli. Une démarche pour le moins surprenante. Les soutiens de Omar Radi ne sont-ils pas en mesure d’exprimer eux-mêmes leur opinion sur ce sujet?

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Posted by Amnesty International Morocco on Wednesday, September 9, 2020

Amnesty mentionne aussi un numéro de fax et le compte Twitter du chef du gouvernement afin de lui envoyer cette lettre "personnalisée" et en fait si peu personnelle.

Toutefois, force est de constater qu’Amnesty International a appris de certaines de ses erreurs, en n’omettant pas cette fois-ci de mentionner l’adresse de la Primature à Rabat, où le fameux rapport où cet organisme accuse, sans preuves, le Maroc d’avoir espionné le téléphone de Omar Radi n’a jamais été envoyé. Amnesty, qui dispose pourtant d’un bureau à Rabat, avait en effet choisi un envoi par fax qu’elle affirme n’avoir pas réussi à effectuer.

La victime présumée de viol reléguée au rang de menteuseDans cette lettre, l’organisme «exprime son inquiétude» pour le journaliste, exposé «au harcèlement juridique des autorités du pays».

Actuellement incarcéré, dans l’attente de son procès, dont l'ouverture est prévue le 22 septembre, Omar Radi est accusé de porter atteinte «à la sécurité nationale en se fondant sur l'accusation de recevoir de l'argent provenant de sources liées aux services de renseignement étrangers», rappelle Amnesty, qui affirme savoir «que les fonds transférés de l'étranger étaient en fait des dons de recherche offerts dans le cadre d'un programme de bourses de presse et de consultation libres (… )». Des preuves de ces affirmations? L’avenir nous le dira peut-être, mais entre-temps, Amnesty persiste et signe dans ses allégations, sans jamais partager ses fameuses preuves.

Puis l'ONG de revenir sur l’autre chef d’accusation dont fait l’objet Omar Radi, le viol.

«Une femme a prétendu avoir été agressée le 12 juillet 2020, ce qu’a nié Omar, affirmant avoir eu des relations sexuelles consenties avec elle», annonce Amnesty, choisissant encore une fois de soutenir l’accusé, coûte que coûte, et sans preuves, au détriment de la présumée victime.

Amnesty semble tempérer ses ardeurs dans un premier temps en rappelant que «l'agression sexuelle est considérée comme un crime grave et, par conséquent, toute accusation d'avoir commis cet acte, si c'est vrai, nécessite une enquête et une poursuite en justice». Mais cette objectivité de façade ne dure que l’espace de quelques lignes.

Admettant tout d’abord ne pas être compétente pour se prononcer dans les deux affaires qui impliquent Omar Radi, l'ONG «Amnesty International n'(étant) pas en mesure de vérifier leur véracité», l’organisme note «avec inquiétude» que «l'ONU a constaté dans un autre cas que l'éditeur d'un journal de l'opposition (Taoufik Bouachrine, Ndlr) a été accusé de viol et a été arbitrairement arrêté dans le cadre de ce qui a abouti à un harcèlement judiciaire qui ne repose sur aucun motif sauf son travail de journaliste d’investigation».

Après cette référence à un journaliste accusé non pas d’une, mais de plusieurs agressions sexuelles contre ses salariées, Amnesty exhorte «les autorités marocaines à abandonner l'accusation concernant la “sécurité nationale“ contre Omar Radi».

Autrement dit, pour cet organisme qui entend défendre les droits de l’homme à travers le monde, le supposé viol de la plaignante est l’objet de toutes les suspicions. La façon dont Amnesty parle de la plaignante, dans l'affaire du viol présumé dont se serait rendu coupable Omar Radi, est intimidante, volontairement humiliante, et lui enlève le droit de demander justice. Le reste, consistant à demander l’ouverture «d’une enquête impartiale et approfondie», pour examiner les fondements de l’accusation de viol n’est qu’une façade, histoire de faire bonne figure.

Par Leïla Driss
Le 10/09/2020 à 15h19