14 points gagnés par le Maroc en IA: la stratégie dévoilée par Amal El Fallah Seghrouchni

Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration.

Lors des questions orales à la Chambre des représentants, la ministre déléguée Amal El Fallah Seghrouchni a présenté la stratégie nationale, affirmant la volonté du Royaume de transformer l’Intelligence artificielle en levier de développement humain. Fort de progrès tangibles dans l’indice mondial de préparation des gouvernements à cette nouvelle technologie, le Maroc confirme sa montée en puissance et pose les bases d’une Intelligence artificielle «Made in Morocco». Les détails.

Le 27/01/2026 à 10h35

Lors de la séance des questions orales, tenue ce lundi à la Chambre des représentants, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a levé le voile sur les grandes orientations du Maroc en matière d’Intelligence artificielle (IA), un chantier désormais érigé en levier stratégique de la transformation numérique et du développement humain.

«Notre objectif n’est pas seulement d’adopter l’IA, mais de la maîtriser, de la produire, et d’en faire un levier de transformation socio-économique durable», a déclaré la ministre devant les députés.

D’emblée, elle a mis en avant des indicateurs chiffrés pour étayer cette orientation, rappelant que le Maroc a gagné 14 points dans l’indice mondial de préparation des gouvernements à l’IA en 2025, se hissant à la 87ème place à l’échelle internationale et à la 8ème place au niveau du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Une progression qui, selon elle, reflète une dynamique réelle des réformes engagées sur les plans institutionnel et opérationnel.

Amal El Fallah Seghrouchni a précisé que cette montée en puissance repose sur des décisions structurantes, au premier rang desquelles figure la mise en place d’une direction générale dédiée à l’IA et aux technologies émergentes, chargée d’élaborer et de piloter la politique publique nationale dans ce domaine stratégique.

Le Maroc leader régional de l’IA

Elle a également annoncé le lancement d’un pôle numérique régional arabo-africain consacré à l’IA et aux sciences des données, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement, à l’occasion de la 80ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, tenue à New York en septembre 2025.

Ce pôle, a expliqué la ministre, ambitionne de faire du Maroc une plateforme régionale de référence pour l’innovation et le développement de solutions numériques durables dans des secteurs clés tels que la santé, les énergies renouvelables, l’éducation numérique, la cybersécurité et les services financiers digitaux.

Elle a souligné que le ministère est désormais engagé dans la phase opérationnelle, avec l’affectation d’un siège permanent au sein du département et l’achèvement progressif des procédures organisationnelles et techniques, en vue d’un lancement effectif dans les prochains mois.

Sur le volet des compétences, la ministre a insisté sur l’importance de l’investissement dans le capital humain, annonçant le déploiement de deux programmes nationaux de formation aux compétences numériques et à l’Intelligence artificielle au profit des jeunes âgés de 8 à 18 ans.

Le premier concerne les jeunes issus des structures de la Fédération royale marocaine de football, tandis que le second porte sur des ateliers de formation organisés dans les maisons de jeunes. Lancées simultanément dans les douze régions du Royaume en octobre 2025, ces initiatives ont déjà permis à plus de 740 enfants de bénéficier de formations dans le domaine du numérique et de l’IA.

La ministre est également revenue sur les Assises nationales de l’Intelligence artificielle, organisées sous le Haut Patronage du roi Mohammed VI, qui ont débouché sur des recommandations majeures visant à intégrer l’IA au cœur de l’action publique.

Parmi les axes prioritaires, la ministre a mis en avant l’amélioration tangible de la qualité des services publics, l’optimisation stratégique des ressources essentielles, ainsi que la création de centres de données ultra-performants, capables de soutenir des calculs et des analyses à grande échelle. Elle a également insisté sur l’ambition nationale de passer de l’importation à la production de solutions intelligentes, positionnant l’intelligence artificielle comme un moteur direct de la croissance et de la compétitivité économique du Royaume.

Sur le plan législatif, des dispositions spécifiques à l’IA seront intégrées dans le projet de loi sur l’administration numérique, afin de garantir la sécurité des systèmes d’information et la protection des données personnelles.

Pour donner corps à cette vision, le programme stratégique national «AI Made in Morocco» a été lancé, structurant le développement de l’Intelligence artificielle et de la science des données au Maroc. Ce programme repose notamment sur les Jazari Institutes, conçus comme de véritables accélérateurs de transformation numérique, capables de moderniser durablement l’administration publique.

Ces structures auront pour mission de développer la recherche scientifique, l’innovation technologique et le déploiement de solutions d’IA, tout en garantissant l’interopérabilité des services publics à l’échelle nationale.

La ministre a également annoncé la signature de plusieurs conventions de partenariat, dont un accord portant sur la création d’un laboratoire de recherche et développement dédié à l’IA générative, conclu avec un partenaire international de premier plan.

Amal El Fallah Seghrouchni a martelé que le Maroc fait de l’éthique et de la sécurité les piliers de son Intelligence artificielle. Grâce à la mise en place de la Commission nationale pour la culture numérique et la protection des enfants en ligne, le Royaume veille à ce que l’IA éclaire, protège et accompagne ses citoyens. Le cadre juridique est renforcé afin de traquer la cybercriminalité sous toutes ses formes, de la diffamation à l’escroquerie, affirmant que l’IA ne sera pas un simple outil technologique, mais un levier de sécurité, de transparence et de modernisation pour l’ensemble du pays.

Par Najwa Targhi
Le 27/01/2026 à 10h35