Le Maroc a, durant cette CAN, surpris tout le monde. Pas seulement par une organisation de calibre mondial, mais aussi par des infrastructures ultramodernes, des installations impeccables, un cadre soigné et une logistique d’un niveau rarement atteint sur le continent. Même l’accueil a été à la hauteur: un peuple chaleureux, disponible, et une atmosphère générale d’hospitalité qui marque les visiteurs. En clair, le Maroc a montré qu’il sait organiser, gérer et impressionner.
Et cela, sans surprise, a fait s’effondrer beaucoup de propagande. Car depuis des années, certains pays voisins investissent massivement dans la construction d’un récit hostile: un récit où le Maroc serait «surévalué», «fabriqué», ou «simple vitrine». Cette CAN a produit l’effet inverse: elle a mis la réalité à nu devant les peuples et exposé ceux qui entretenaient ce discours mensonger. Quand les faits deviennent visibles, quand les images circulent et que les gens comparent par eux-mêmes, il devient difficile de continuer à mentir sans se ridiculiser.
C’est là que naît la rage. Parce que certains ne supportent pas l’idée que le Maroc a pris de l’avance depuis longtemps. Et surtout, ils peinent à accepter une vérité simple: le problème n’est pas seulement matériel. Ce n’est pas uniquement une question de «moyens financiers». C’est une question de gestion, de vision et de capital symbolique. Autrement dit: même avec de l’argent, on ne rattrape pas un pays qui a construit une méthode, une discipline institutionnelle, une capacité d’organisation et une image solide. Et quand on ne peut pas atteindre cette réussite, on tente de la salir.
C’est exactement ce que certains voisins font. Ils cherchent le moindre détail, l’incident le plus banal, la petite faille, pour en faire un scandale médiatique. Non pas pour améliorer quoi que ce soit, mais pour abîmer l’image du Maroc. Dans leur logique, si le Maroc brille, eux apparaissent encore plus en retard. Alors, ils préfèrent casser le miroir plutôt que de s’y regarder.
De l’autre côté, il y a un phénomène qu’il ne faut pas minimiser: certaines critiques françaises sur la CAN ne relèvent pas seulement du football. On sent parfois un vieux réflexe, celui du dénigrement des ex-colonies. Comme si tout ce qui ne venait pas d’eux devait être tourné en ridicule, comme si l’excellence devait rester un monopole culturel, et que le Maroc ne pouvait réussir «que par accident». Ce n’est pas toujours explicite, mais le ton, le mépris et l’ironie trahissent parfois un imaginaire ancien qui refuse de mourir.
Et ce qui est dommage, c’est que certains Marocains tombent facilement dans le piège. Ils finissent par chercher l’approbation, par copier, par imiter, par croire que la langue et la culture françaises seraient forcément «plus classe», «plus intelligentes», «plus modernes». Ils entrent dans une logique d’infériorité symbolique, comme si la valeur ne pouvait venir que de l’extérieur. Alors qu’en réalité, nous n’avons rien à prouver. Ni à eux, ni à personne.
Mais le choc le plus profond, paradoxalement, ne vient pas de ces critiques attendues. Il vient d’ailleurs: du Sénégal.
Car, pour beaucoup de Marocains, le Sénégal n’est pas un pays comme les autres. Historiquement, les Marocains ont souvent considéré les Sénégalais comme l’un des peuples les plus proches du Maroc sur le plan spirituel, religieux, humain, politique et économique. Le Sénégal occupe une place privilégiée dans le cœur marocain. Et cela explique pourquoi la réaction de la fédération sénégalaise, et certaines déclarations de son sélectionneur, ont choqué plus que tout le reste. On passera sur la véritable honte dont se sont rendus coupables, en finale, une partie du staff technique, certains joueurs et des supporters sénégalais.
«Lorsque le sélectionneur sénégalais évoque la CHAN organisée en Algérie comme étant «meilleure», alors que cette CAN au Maroc était clairement au-dessus sur tous les plans, il envoie un message. Cette comparaison n’a pas été faite au hasard. Elle est symbolique, et elle dit beaucoup sur les intentions.»
— Abderrahman Boukhaffa
Ici, il ne s’agit pas seulement d’une rivalité sportive. C’est un symbole. Quand la critique vient d’un voisin jaloux, on en comprend l’intention. Mais lorsqu’elle émane d’un peuple que l’on perçoit comme un frère, la blessure est différente. Elle ressemble moins à une frustration passagère qu’à une rupture morale.
Et surtout, la manière dont cela a été fait interroge. Si les intentions étaient réellement constructives, s’il s’agissait de corriger un problème ou de clarifier une situation, rien n’était plus simple que de contacter les responsables marocains. Les canaux existent. L’accès est direct. Dans une compétition aussi organisée, tout se règle institutionnellement: on appelle, on signale, on demande, on discute. C’est la base du respect entre fédérations. Et l’on ne quitte pas une pelouse en pleine finale de la plus grande compétition sportive africaine.
Alors pourquoi le scandale? Pourquoi transformer un sujet réglable en polémique? Pourquoi choisir le spectacle au lieu de la solution?
C’est là que beaucoup de Marocains ont senti que ce n’était pas innocent. Ce n’était pas «une colère», mais une stratégie. Et lorsque le sélectionneur sénégalais évoque la CHAN organisée en Algérie comme étant «meilleure», alors que cette CAN au Maroc était clairement au-dessus sur tous les plans, il envoie un message. Cette comparaison n’a pas été faite au hasard. Elle est symbolique, et elle dit beaucoup sur les intentions.
Mais il y a un point plus profond que beaucoup n’avaient pas vu: le Sénégal change.
Oui, les liens historiques existent. Oui, la fraternité existe. Mais la réalité qui a échappé à plusieurs Marocains, c’est que le Sénégal d’aujourd’hui n’est pas forcément celui d’hier. Avec l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle élite populiste, on voit émerger un discours moins serein, plus émotionnel, plus calculateur. Et la jeunesse, elle aussi, n’a pas toujours la même relation à la spiritualité ni à l’histoire commune entre les deux peuples. Il y a une forme d’ignorance de cette mémoire, une distance nouvelle, parfois une relecture des alliances.
Le Marocain est souvent naïf sur ce point. Il croit que l’histoire suffit à protéger les relations, que «frère» est un statut éternel. Or, dans le monde réel, même la fraternité se renégocie. Et parfois, elle se teste dans les moments de tension.
Et pourtant, malgré tout cela, une vérité demeure: les Sénégalais ont toujours eu une place privilégiée chez les Marocains. La preuve, à Tanger, les Marocains ont encouragé le Sénégal avec ferveur, même contre l’Égypte. Ce n’était pas un calcul, mais un réflexe du cœur. C’est pourquoi certaines déclarations, perçues comme hostiles ou injustes, ont provoqué un choc légitime.
Au fond, cette CAN aura appris une leçon précieuse aux Marocains: dans ce monde, il n’y a que l’intérêt du Maroc qui prévaut.
Les émotions sont belles. La fraternité est noble. Mais la politique, le sport et les rapports de force obéissent à une logique plus dure: celle des intérêts. Respecter tout le monde, oui. Construire avec tout le monde, oui. Accueillir avec générosité, oui. Mais sans naïveté. Sans se laisser manipuler. Sans permettre à quiconque de profiter de notre bonne foi pour nous attaquer.
Le Maroc avance. Et il avancera encore. Mais désormais, avec une règle simple: le Maroc d’abord.









