Il y a des images qui valent tous les discours. Des instants où une nation se révèle, non pas dans ce qu’elle proclame, mais dans ce qu’elle incarne.
Le soir de l’ouverture de la CAN au Maroc, alors que notre pays traverse depuis des années une sécheresse sévère, la pluie est tombée au moment même du coup d’envoi, donné par le Prince. Ce n’était ni un détail météorologique, ni un décor de circonstance. C’était un symbole puissant, profondément marocain.
Dans un pays où l’eau est bénédiction, attente et espérance, cette pluie a rappelé une vérité simple: les épreuves ne se contournent pas, elles s’assument. Et le leadership, le vrai, ne se vit jamais à distance du réel. Sous la pluie, sans artifice, ce geste a parlé au peuple bien plus fort que n’importe quel discours. Il a dit la proximité. Il a dit la confiance. Il a dit la continuité.
À cet instant précis, le football a cessé d’être un sport. Il est devenu un acte de cohésion nationale.
Cette CAN n’est pas un hasard. Elle est l’aboutissement d’une cohérence rare, patiemment construite, souvent critiquée, mais toujours assumée: une vision royale de long terme, un projet footballistique structuré, un leadership fédéral stable, un encadrement technique exigeant, une équipe disciplinée et un peuple au rendez-vous.
Le Maroc a fait le job. Sans arrogance. Sans provocation. Avec méthode, dignité et responsabilité.
La finale, le Maroc l’a perdue. C’est le sport. Et le sport connaît la victoire comme la défaite.
Mais ce qui restera, ce ne sont pas les 90 minutes. Ce sont les conditions dans lesquelles cette finale a failli basculer dans l’indigne.
Lorsque l’entraîneur du Sénégal demande à son équipe de quitter le terrain après un penalty sifflé pour le Maroc — un penalty que les images confirment sans aucune ambiguïté — ce n’est plus du football.
C’est une humiliation infligée à l’Afrique elle-même. Une remise en cause de l’arbitrage, des règles et de l’esprit du jeu. J’espère que pour cela, la CAF et la FIFA séviront comme il se doit car les 1,5 milliard d’africains méritent justice pour les dégâts infligés à leur dignité.
«Nous avons perdu un match. Mais nous avons gagné ce que personne ne pourra nous enlever: notre place dans le monde, notre capacité à transformer le pays, et la preuve qu’il est possible de hisser une compétition africaine — comme nos infrastructures — au niveau des standards internationaux les plus exigeants.»
— Jamal Belahrach
Lorsque, dans la foulée, quelques supporters tentent d’envahir le terrain et s’en prennent aux stewards et aux agents de sécurité, ce n’est pas une émotion populaire. C’est le chaos, conséquence directe d’un signal irresponsable envoyé depuis le banc.
Soyons clairs, justes et responsables: ce n’est pas le Sénégal. Ce n’est pas le peuple sénégalais, peuple frère, peuple digne, peuple de valeurs et de football. C’est le comportement d’un seul homme, prisonnier de son ego, qui a sali l’image d’un collectif et fait payer à tout un continent une lourde facture symbolique.
Ce scénario n’a pas commencé à la finale. Il avait été amorcé dès l’arrivée, par une communication victimaire et infondée: plaintes sur l’accueil, la sécurité, le terrain d’entraînement. De la foutaise. La CAF avait tout prévu. C’est le staff qui a refusé.
Ce n’était pas un problème d’organisation. C’était un problème de posture.
Heureusement, un autre Sénégalais, Sadio Mané, a incarné ce que l’Afrique produit de meilleur: sagesse, responsabilité, leadership. C’est lui qui est allé demander à ses coéquipiers de revenir jouer. Un geste simple, mais immense qui le fait entrer dans l’histoire du football africain.
Et c’est peut-être là le plus douloureux dans cette séquence: le Maroc a organisé la meilleure CAN de l’histoire, sur tous les plans — infrastructures, sécurité, fluidité, hospitalité, image internationale — et la page se referme sur des images qui renvoient notre continent à des réflexes de tiers-monde, alors que l’Afrique doit précisément s’en affranchir.
Je suis triste. Non pas à cause de la défaite. Mais parce que l’Afrique mérite mieux que cela. Parce qu’un continent jeune, ambitieux, regardé par le monde, ne peut plus se permettre que des comportements égocentrés ruinent des années d’efforts collectifs.
Le Maroc, lui, a été élégant jusqu’au bout. Au rendez-vous. Digne dans la victoire comme dans la défaite.
Nous avons perdu un match. Mais nous avons gagné ce que personne ne pourra nous enlever: notre place dans le monde, notre capacité à transformer le pays, et la preuve qu’il est possible de hisser une compétition africaine — comme nos infrastructures — au niveau des standards internationaux les plus exigeants.
Que l’on soit jalousé, pourquoi pas?
Mais un peu de fierté continentale, de responsabilité et d’ambition collective nous ferait du bien à tous. Pour sortir enfin de la posture victimaire et offrir aux générations futures une Afrique à la hauteur de leurs rêves.
Le Maroc a montré le chemin.
À nous tous, Africains, d’être dignes de ce que nous prétendons devenir.






