L’Afrique est le continent le plus exposé aux différentes formes d’insécurité alimentaire. Sur les 688 millions de personnes sous-alimentées dans le monde, près de 296,2 millions vivent en Afrique. Le taux d’insécurité alimentaire y avoisine 60%, contre moins de 30% à l’échelle mondiale. Le continent africain demeure également fortement dépendant des importations alimentaires, une situation aux lourdes conséquences financières, puisqu’il dépense chaque année près de 100 milliards de dollars pour l’achat de produits alimentaires.
Par ailleurs, l’agriculture africaine fait face à des difficultés structurelles majeures qui l’empêchent d’assurer pleinement sa fonction nourricière. Les sécheresses, les inondations et la désertification constituent des entraves importantes à la réalisation de la sécurité alimentaire dans de nombreux pays africains. À cela s’ajoutent l’instabilité politique née des conflits armés, des coups d’État successifs et l’ingérence des puissances étrangères, qui créent un climat défavorable au développement agricole et à la sécurité alimentaire. Il en résulte un processus de dégradation continue qui fragilise les États africains face aux répercussions des crises internationales.
Sous l’impulsion de la vision de Sa Majesté le roi Mohammed VI en faveur de la coopération Sud-Sud, le Maroc a lancé un ensemble de projets et d’initiatives visant à promouvoir la sécurité alimentaire en Afrique. L’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine (AAA ou 3A) et l’Initiative pour la soutenabilité, la Stabilité et la sécurité en Afrique (SSS ou 3S) s’inscrivent pleinement dans cette dynamique.
Lancée par le Maroc lors de la COP22 organisée à Marrakech en 2016, l’initiative AAA vise à atténuer les effets du changement climatique sur l’agriculture et, par conséquent, à lutter contre l’insécurité alimentaire en Afrique. Pour ce faire, des solutions concrètes sont mises en œuvre pour améliorer la gestion des sols, optimiser l’utilisation de l’eau agricole et réduire les risques liés au climat. À ce jour, 38 pays africains ont rejoint cette initiative, ce qui témoigne de sa pertinence, de son efficacité et de son attractivité.
Dans le même esprit que l’initiative AAA, et toujours sous l’impulsion du Maroc, l’initiative 3S se veut une approche intégrée face aux multiples défis auxquels sont confrontés les pays africains les plus vulnérables aux aléas climatiques. Elle vise essentiellement à renforcer la résilience à travers la mise en place de systèmes d’alerte précoce contre les catastrophes naturelles, la réduction des flux migratoires par la création d’opportunités d’emploi, ainsi que la restauration des terres dégradées.
Un autre projet pionnier mérite également d’être souligné: l’initiative royale pour l’Afrique atlantique, annoncée en novembre 2023. Celle-ci vise à offrir aux pays du Sahel — le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad — un accès à la façade atlantique du Maroc. Dans un contexte géopolitique instable, un projet aussi ambitieux est susceptible de générer des retombées économiques significatives pour ces pays sahéliens enclavés. En matière de sécurité alimentaire, l’initiative atlantique favoriserait la construction de corridors commerciaux et d’infrastructures de transport, facilitant ainsi les échanges d’import-export. Le port de Dakhla, actuellement en cours de construction, est appelé à jouer un rôle stratégique dans le renforcement des liens commerciaux et logistiques entre le Maroc et les pays du Sahel.
Pour contribuer aux équilibres alimentaires du continent africain, le Royaume du Maroc dispose d’atouts considérables dans les domaines de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Après la Chine, il est le deuxième producteur mondial de phosphate, avec une production estimée à 40 millions de tonnes en 2023, et détient les plus importantes réserves mondiales de cette ressource stratégique. Le phosphate, utilisé dans la fabrication des engrais, est un élément essentiel de la sécurité alimentaire mondiale. Conscient de ses responsabilités envers le continent auquel il appartient, le Maroc fournit régulièrement des intrants agricoles aux pays africains afin d’améliorer leur productivité et de réduire leur dépendance aux marchés internationaux des produits alimentaires.
Dans un contexte mondial et régional marqué par un assombrissement croissant des perspectives en matière de sécurité alimentaire, les réponses unilatérales et les efforts non coordonnés montrent rapidement leurs limites. En revanche, les solutions élaborées collectivement s’avèrent efficaces pour relever le défi alimentaire. C’est dans cette optique que le Maroc déploie une véritable stratégie de coopération Sud-Sud, visant à renforcer la souveraineté alimentaire des pays africains et à permettre à l’Afrique de se nourrir par elle-même.







