Quel cessez-le-feu pour quelles recompositions?

Mustapha Tossa.

ChroniqueLa cessation des hostilités entre Américains, Israéliens et Iraniens n’est pas pour demain, tant les divergences d’approche entre les protagonistes s’avèrent profondes et presque irréconciliables. Les premiers exigent une capitulation sans condition du régime iranien sur au moins trois objectifs de guerre: le nucléaire, le balistique et les proxys régionaux. Les seconds réclament, en contrepartie, le démantèlement des bases américaines, l’instauration d’un péage permanent et évolutif au niveau du détroit d’Ormuz, ainsi que des sommes colossales en réparation des destructions de guerre.

Le 06/04/2026 à 16h00

Et c’est parce que ces deux visions semblent irréconciliables que toute tentative de médiations entre les protagonistes semble pour le moment aussi vaine qu’inutile. Et pourtant, le monde assiste à deux récits totalement contradictoires sur le cours de ces négociations. D’un côté, Donald Trump annonce à qui veut l’entendre que son administration mène des négociations productives avec une partie du régime iranien qu’il refuse par une forme de pudeur artificielle de nommer. De l’autre côté, le régime iranien nie avec force être en discussion directe avec Washington. À peine consent-il à dire qu’il reçoit et transmet des messages indirects par des médiateurs tiers comme le Pakistan.

Donald Trump s’est donné encore deux à trois semaines pour clôturer cette guerre. Ce qui ramènera ce qu’il nomme «une excursion» à soixante jours au delà desquels il devra demander le feu vert du Congrès pour poursuivre ce qui est devenu une vrai guerre régionale. Donald Trump pense certainement que pendant cette période qui reste, il est en capacité de porter au régime iranien des coups si durs qu’il finira par lever le drapeau blanc et se rende à l’évidence de sa défaite.

De l’autre côté, le régime iranien estime qu’en maintenant une riposte, même sporadique, et en exerçant un contrôle hermétique sur le détroit d’Ormuz, il parviendra non seulement à galvaniser ses foules et ses soutiens internationaux, mais également à mettre en échec la théorie de la guerre éclair espérée par Donald Trump. Une telle stratégie transformerait cette mésaventure militaire en un véritable bourbier. Dans cette configuration, la victoire ne se mesurera pas au nombre de personnalités ou de structures détruites, mais plutôt à la capacité de tenir dans la durée et de gérer les conséquences économiques et sociales du conflit.

«Ce qui est certain, c’est que ces pays du Golfe ne resteront pas passifs devant une situation qui a exposé au monde l’étendue de leurs fragilités et de leurs dépendances»

—  Mustapha Tossa

Mais quelle que soit l’issue de cette guerre, dans laquelle il n’est pas exclu que Donald Trump puisse s’exprimer un jour prochain devant le monde sous l’étendard «Mission accomplie», de nombreuses recompositions s’avéreront indispensables. Il s’agira alors de déclarer une victoire unilatérale pour clore ce conflit et permettre au monde de passer à la séquence suivante.

Ce qui changera inévitablement concerne les rapports de l’Amérique avec ses alliés traditionnels. Ainsi, les relations de la Maison Blanche avec les pays européens se trouvent au bord de la rupture. Donald Trump ne parvient pas à leur pardonner ce qu’il qualifie de lâchage en rase campagne. Il leur avait demandé, au nom de la traditionnelle alliance atlantique, de s’engager de manière offensive à ses côtés contre le régime iranien. Les Européens lui ont opposé un refus aussi net que poli: «Cette guerre n’est pas la nôtre. Il relève de votre responsabilité exclusive de réparer ce que vous avez cassé.» Cette défiance laissera des traces dans une relation déjà abîmée et tendue, suite à la guerre commerciale lancée par Trump à destination du Vieux Continent.

La seconde remise en cause entre Donald Trump et ses alliés concerne sa relation avec l’Alliance atlantique (OTAN). Le président américain avait sollicité l’implication de l’organisation dans ce conflit, mais la réponse de l’Alliance fut pour lui un véritable camouflet. Amer et déçu, il menace désormais de s’en retirer. Déjà, lors de son premier mandat, son conseiller à la sécurité nationale de l’époque, John Bolton, avait révélé que Trump caressait l’idée de quitter l’Alliance. Aujourd’hui, constatant son absence d’implication dans ses desseins militaires, il est fort plausible que Donald Trump décide de claquer la porte.

Le troisième front sur lequel il faut s’attendre à des remous et à des recompositions est celui des pays du Golfe. Cette guerre a mis en lumière la fragilité de leur sécurité face au péril iranien, tout en révélant l’insuffisance du parapluie américain pour les protéger. De ce conflit naîtra l’impérieuse nécessité, pour ces États, de refondre l’ensemble de leurs doctrines de défense et de leurs alliances militaires. L’exclusivité sécuritaire américaine aura sans nul doute subi un revers majeur dans la région. Quelles pistes privilégier pour ne plus subir cette vulnérabilité? Relancer l’idée d’un «OTAN arabe» sur de nouvelles bases de solidarité? Diversifier les partenariats de défense avec des puissances capables d’apporter des garanties inédites? Ce qui est certain, c’est que ces pays du Golfe ne resteront pas passifs devant une situation qui a exposé au monde l’étendue de leurs fragilités et de leurs dépendances.

Par Mustapha Tossa
Le 06/04/2026 à 16h00