Maroc–Israël: une alliance militaire désormais stratégique

Le ministre de la Défense israélien, Benny Gantz et le ministre chargé de l’administration de la Défense nationale, Abdellatif Loudiyi, échangent les parapheurs lors de la signature de l'accord de défense entre le Maroc et Israël, le 24 novembre 2021. 

Lors de la signature d’un accord de défense entre le Maroc et Israël en 2024. . Twitter / Benny Gantz

Revue de presseNourrie par des intérêts sécuritaires convergents et recentrée sur la question du Sahara, la relation marocco-israélienne, structurée autour de la défense aérienne, des drones et du transfert technologique, s’impose aujourd’hui comme un pilier pragmatique de la stratégie de défense du Royaume. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 18/01/2026 à 18h44

Début janvier, Israël a fait savoir qu’une troisième réunion de la commission militaire conjointe avec le Maroc s’était tenue à Tel-Aviv, débouchant sur l’adoption d’un programme de travail militaire pour l’année 2026. L’annonce, relayée par la partie israélienne, a été marquée côté marocain par une retenue conforme à la ligne suivie par les autorités sur les questions de défense, traditionnellement tenues à distance du débat public, relève le magazine Jeune Afrique dans une analyse dédiée.

Pour l’État hébreu, cette rencontre marque une nouvelle étape dans l’approfondissement des relations sécuritaires bilatérales. Elle s’inscrit dans la continuité de la reprise diplomatique intervenue en 2020, puis de la signature, en 2021, d’un accord de coopération militaire inédit entre les deux pays. Depuis, les échanges se sont densifiés, à un rythme soutenu, sans jamais être accompagnés d’une mise en scène politique côté marocain.

Ce silence n’est ni fortuit, ni dicté par les circonstances, a-t-on pu lire dans Jeune Afrique. Derrière la discrétion officielle, la coopération militaire maroco-israélienne a atteint un niveau avancé, structuré et pleinement fonctionnel. Citant Abdelhamid Harifi, analyste militaire et administrateur du forum FAR-Maroc, le magazine décrit une relation fondée sur le pragmatisme plutôt que sur l’idéologie, portée par la volonté partagée de hisser cette coopération à un niveau stratégique et durable, autour de menaces largement communes, qu’elles soient asymétriques ou conventionnelles.

L’expert souligne également l’atout que représentent les capacités industrielles israéliennes: les technologies développées par Israël, éprouvées dans des contextes de conflits similaires, présentent des coûts jugés maîtrisés et surtout des délais de livraison courts, parfois quasi-immédiats. Un avantage décisif face à certains fournisseurs occidentaux, dont les processus s’étendent souvent sur plusieurs années entre la conclusion des contrats et la livraison effective des équipements.

La défense aérienne figure au cœur de cette coopération. Citant des sources israéliennes, Jeune Afrique rappelle que Maroc a récemment déployé sur son territoire le système de défense anti-aérienne Barak MX, acquis en 2022 pour un montant estimé à 500 millions de dollars. Ce dispositif est conçu pour intercepter missiles, drones et autres menaces aériennes. Rabat a également procédé à l’achat de 36 pièces d’artillerie ATMOS 2000, produites par le groupe Elbit Systems, et prévoit l’acquisition de drones de longue portée Harop et Harpy, spécialisés dans les frappes de précision et la neutralisation de systèmes radar.

Au-delà des équipements, la coopération revêt aussio une dimension industrielle. Le Maroc a engagé des projets d’implantation de sites de production et d’assemblage de drones en partenariat avec des entreprises israéliennes. Ces initiatives ouvrent la voie à un transfert technologique partiel et à une montée en compétence locale, renforçant l’autonomie industrielle du Royaume dans un secteur stratégique.

Sur le plan opérationnel, cette collaboration s’est également matérialisée lors du dernier exercice multinational African Lion, organisé avec les États-Unis. Des unités de l’armée israélienne y ont participé aux côtés des Forces armées royales, notamment sur des volets liés à la robotique et aux technologies autonomes. Pour Israël, ces coopérations constituent à la fois un débouché industriel majeur et un point d’ancrage durable en Afrique du Nord. Pour le Maroc, elles représentent un gain capacitaire rapide, difficilement accessible par d’autres canaux, et un moyen de se positionner à un niveau technologique régional supérieur sans dépendre exclusivement des fournisseurs occidentaux traditionnels.

Le déploiement du système Barak MX dans les provinces du Sud répond à une lecture précise des risques sécuritaires, a-t-on encore pu lire dans Jeune Afrique. La banalisation des drones armés, la multiplication d’actions indirectes et la possibilité de frappes symboliques visant des zones sensibles, sans franchir le seuil d’un affrontement conventionnel, redessinent les menaces au Sahara. Le Front Polisario ne dispose ni de missiles balistiques ni de capacités lourdes comparables à celles d’un État, mais la diffusion de technologies permettant des actions à distance, combinée à l’implication indirecte d’acteurs extérieurs, modifie progressivement l’équation sécuritaire dans la région.

Dans ce contexte, la défense aérienne est devenue un outil central de la doctrine marocaine. Elle permet de protéger sans attaquer, de dissuader sans provoquer et de verrouiller l’espace aérien tout en évitant une escalade directe avec l’Algérie. Rabat redoute moins un conflit ouvert qu’une montée graduelle des tensions, marquée par des actions indirectes et une pression sécuritaire diffuse, écrit Jeune Afrique.

Le Maroc s’insère dans cette architecture régionale sans en adopter l’ensemble des moteurs stratégiques. Là où Washington, Tel-Aviv ou Abou Dhabi font de la menace iranienne une priorité, Rabat mobilise cet axe de coopération comme un levier au service de sa propre sécurité nationale. Défense aérienne, supériorité technologique et dissuasion graduée répondent à un objectif central: sécuriser le Sahara et maîtriser le rapport de force avec l’Algérie. La coopération militaire avec Israël apparaît ainsi comme un choix pragmatique, assumé et strictement aligné sur les intérêts territoriaux et stratégiques du Royaume.

Par La Rédaction
Le 18/01/2026 à 18h44