Loi incriminant le Polisario au Sénat américain: les adhésions à l’initiative de Ted Cruz lancées

Les sénateurs républicains Ted Cruz et David McCormick.

Les sénateurs républicains Ted Cruz et David McCormick.

Le ralliement, lundi 23 mars 2026, du sénateur républicain David McCormick à la proposition de loi portée depuis le 13 mars par l’influent Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott inaugure la montée en puissance d’une initiative visant à classer le Front Polisario comme organisation terroriste et inscrit progressivement le dossier comme un enjeu stratégique à Washington.

Le 25/03/2026 à 08h06

Le processus législatif engagé au Sénat américain pour classer le Front Polisario comme organisation terroriste étrangère (FTO) se consolide. Lundi 23 mars 2026, le sénateur républicain David McCormick a officiellement apporté son soutien à la proposition de loi initiée quelques jours plus tôt par ses collègues Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott, renforçant ainsi une dynamique déjà perceptible au Capitole.

Déposée le 13 mars 2026, cette initiative, baptisée Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026, vise à enclencher un mécanisme institutionnel susceptible d’aboutir à une désignation formelle du mouvement séparatiste comme organisation terroriste. Le texte s’inscrit dans un contexte de préoccupations croissantes à Washington quant à l’expansion de l’influence iranienne dans des zones stratégiques, notamment en Afrique du Nord et au Sahel.

David McCormick, figure influente du Parti républicain et ancien président-directeur général de Bridgewater Associates, l’un des plus grands fonds d’investissements au monde, entre 2020 et 2022, rejoint ainsi une initiative portée par des poids lourds du Sénat. Son ralliement intervient à peine dix jours après la présentation du texte, illustrant la rapidité avec laquelle cette proposition fédère, notamment au sein du camp conservateur.

Au cœur du dispositif législatif figure une obligation faite au secrétaire d’État américain: si une coopération entre le Front Polisario et des organisations soutenues par l’Iran, déjà inscrites sur les listes terroristes américaines, est établie, la désignation devra être enclenchée. Le texte prévoit également la production d’un rapport détaillé portant sur des domaines sensibles tels que les opérations militaires conjointes, les transferts d’armes, y compris les drones et leurs composants, ou encore les activités de renseignement.

Dans un communiqué accompagnant le dépôt du projet, Ted Cruz a formulé des accusations particulièrement directes. «Le régime iranien tente de transformer le Front Polisario en équivalent des Houthis en Afrique de l’Ouest et de l’utiliser pour affaiblir la sécurité nationale des États-Unis et de nos alliés. Le Front Polisario travaille avec des groupes terroristes iraniens, reçoit des drones du Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) et transporte des armes dans la région pour le compte du régime iranien», a déclaré le sénateur texan.

Selon les promoteurs du texte, une telle désignation permettrait de mobiliser l’ensemble de l’arsenal juridique américain en matière de lutte contre le terrorisme. Elle entraînerait notamment des sanctions lourdes: exclusion du système financier international, restrictions de déplacement et gel des ressources. «Ce projet de loi garantira que les sanctions antiterroristes les plus puissantes des États-Unis puissent être utilisées pour contrer ces menaces», soulignent ses initiateurs.

Cette initiative législative s’inscrit dans la continuité d’un positionnement exprimé dès le 3 février 2026. Lors d’auditions sénatoriales consacrées à la sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, Ted Cruz avait déjà évoqué la nécessité d’une action législative ciblant le Polisario. «Les activités terroristes au Sahel sont également le fait du Polisario, ce qui constitue une lacune importante dans notre stratégie antiterroriste», avait-il affirmé, avant d’ajouter: «L’Iran tente de transformer le Polisario en une sorte de Houthis de l’Afrique de l’Ouest, une force proxy capable de mener une guerre pour menacer la stabilité régionale et faire pression sur les partenaires des États-Unis».

Au cours de cette même audition, le sénateur avait insisté sur les implications opérationnelles de ces liens présumés. «Chaque fois que l’Iran souhaite exercer une influence, le Polisario collabore avec des groupes terroristes iraniens», avait-il déclaré, évoquant notamment l’accès à des drones fournis par les Gardiens de la révolution et des transferts d’armes vers des groupes jihadistes actifs au Sahel. À l’issue des discussions, il avait annoncé la couleur. «Je pense que le Polisario devrait être désigné comme un groupe terroriste, et j’ai préparé un projet de loi à cet effet, s’il ne change pas de comportement», avait promis Ted Cruz, très proche du président Donald Trump. Un engagement désormais concrétisé.

Bien avant cette dynamique au Sénat, la Chambre des représentants connaît une mobilisation similaire. Une proposition de loi déposée le 24 juin 2025 par les représentants Joe Wilson et Jimmy Panetta poursuit un objectif analogue. Initialement soutenue par six parlementaires, elle a progressivement gagné en traction, portant à dix le nombre total de cosignataires.

Cette progression rapide témoigne de la formation d’un consensus croissant autour de la question. L’élargissement du soutien politique, tant au Sénat qu’à la Chambre, suggère que le débat sur une éventuelle désignation du Front Polisario comme organisation terroriste va s’imposer durablement dans l’agenda américain. Tout est de savoir comment va réagir la milice séparatiste et son protecteur, l’Algérie.

Par Tarik Qattab
Le 25/03/2026 à 08h06