Casablanca: enquête sur la démolition controversée d’une villa classée

Revue de presseUne enquête du ministère de l’Intérieur va permettre de déterminer les circonstances de la démolition d’une villa classée située dans le quartier des Hôpitaux à Casablanca. Les premiers éléments de cette enquête ont conduit à la suspension de deux élus locaux, soupçonnés de corruption, de falsification de documents et de démolition illégale d’un bâtiment protégé. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 15/03/2026 à 18h58

Les services du ministère de l’Intérieur mènent une enquête approfondie afin d’identifier l’ensemble des membres d’un réseau soupçonné d’être impliqué dans des faits de corruption liés à la démolition d’une villa enregistrée au patrimoine architectural, rue Salim Cherkaoui, dans le quartier des Hôpitaux, relevant de l’arrondissement du Maârif à Casablanca. Le dossier devrait être transmis au parquet à l’issue des investigations, indique le quotidien Assabah de ce lundi 16 mars. Les premières investigations ont déjà conduit à la mise à l’écart du pacha du Maârif, qui est aussi le chef du troisième district urbain, ainsi que du caïd de l’annexe administrative d’Anoual. Tous deux ont été suspendus de leurs fonctions et réaffectés provisoirement à la préfecture d’Anfa. L’enquête évoque également de possibles infractions liées à des faits de corruption financière et administrative, dont des soupçons de versements de pots-de-vin importants et de falsification de documents administratifs.

Le propriétaire de la villa, qui est aussi le président d’une commune de la région Casablanca-Settat et membre d’un parti de la majorité, aurait sollicité l’appui d’un employé communal, de certains élus, ainsi que des deux représentants de l’autorité locale impliqués dans l’affaire, écrit Assabah. Tous auraient été informés que le bâtiment figurait parmi les constructions classées au patrimoine urbain, selon les documents d’urbanisme et le plan d’aménagement de l’arrondissement du Maârif, ce qui interdit sa démolition.

Selon les sources du quotidien, le propriétaire et les personnes impliquées dans cette affaire savaient également que les services compétents de l’arrondissement avaient délivré, fin 2025, une autorisation visant uniquement à consolider et renforcer la structure du bâtiment, qui était alors occupé. Cette autorisation prévoyait des travaux de renforcement, conformes aux procédures en vigueur, sous une supervision technique spécialisée et sur la base d’une expertise rigoureuse.

Le propriétaire et les représentants de l’autorité auraient toutefois fait croire aux habitants qu’une décision officielle de démolition avait été prise par l’arrondissement, en application de la législation sur les bâtiments menaçant ruine. Les occupants auraient ainsi été contraints de quitter les lieux, une démarche qui pourrait être assimilée à une falsification de faits et de documents officiels, ce qui est passible de sanctions pénales, souligne Assabah.

Les investigations évoquent également une manipulation du contenu de l’autorisation initiale et l’établissement de procès-verbaux après la démolition, considérés comme une altération des faits. Ces actes auraient entraîné des dommages à la fois pour le bâtiment, totalement détruit, et pour les habitants, contraints d’évacuer après avoir été amenés à croire à une décision administrative inexistante.

Les personnes concernées auraient fait appel à une société privée liée contractuellement à l’organisme public chargé de la démolition des bâtiments menaçant ruine. L’opération a eu lieu tard dans la soirée, vers 22 heures, et se serait poursuivie pendant plus de cinq heures jusqu’aux premières heures de l’aube, aboutissant à la destruction complète de la villa. Or, en principe, les autorités locales ne sont compétentes que pour contrôler la légalité et la conformité des travaux. Dans cette affaire, elles auraient dépassé ce cadre en intervenant directement dans l’opération, agissant de fait comme un promoteur immobilier et une entreprise de démolition afin de faciliter le projet de reconstruction d’un immeuble de grande hauteur sur le terrain, susceptible de générer des profits importants.

L’intervention rapide de la préfecture d’arrondissements d’Anfa aurait été déclenchée après la réception d’une lettre de protestation et de demande d’intervention urgente signée par les riverains. Cette démarche aurait permis l’adoption de mesures préventives, dont la suspension des responsables impliqués dans l’attente des résultats de l’enquête. Les investigations du ministère de l’Intérieur devraient aboutir à la transmission du dossier au parquet pour des poursuites judiciaires.

L’intervention de la Brigade nationale de la police judiciaire est également envisagée, au regard de la gravité des irrégularités présumées. Cette affaire s’inscrit dans le cadre des directives strictes du ministère de l’Intérieur visant à lutter contre les infractions liées à l’urbanisme et à empêcher toute appropriation illégale de titres fonciers.

Par La Rédaction
Le 15/03/2026 à 18h58