L’ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier, termine brillamment sa carrière ainsi que son séjour au Maroc. Nommé Directeur général de l’Agence française de développement (AFD) au dernier Conseil des ministres, l’ambassadeur à Rabat entame ainsi une nouvelle carrière de banquier ou plutôt revient à ses premières amours.
Surtout, il est ainsi promu à 64 ans, à la suite de son beau parcours et de sa réussite à Rabat. En effet, arrivé au Maroc en décembre 2022, en pleine brouille franco-marocaine, il aura réussi à inverser la situation: les premiers mois passés à Rabat, alors qu’il n’avait pu remettre ses lettres de créances qu’à l’automne 2023, furent particulièrement difficiles pour lui. Et ceux qui, comme moi, ont exercé des hautes fonctions diplomatiques, savent que dans ces pays –particulièrement au Maroc comme en Algérie–, tout est affaire de subtilité et de nuances. On sait parfaitement faire savoir comment le représentant de la France, surtout lorsqu’il s’agit de l’ancienne puissance coloniale, doit être traité. On sait envoyer des signaux que seuls les initiés savent décrypter. Un mot de trop, un silence, une sortie publique, une anecdote rapportée, le tout dans un contexte tendu entre les deux capitales peuvent être rapidement interprétés, commentés, dénaturés et donc exploités. Tout est question de subtilité. J’en sais quelque chose, pour ce qui concerne l’Algérie.
«L’appui de la France dans cette reconnaissance était important pour le Maroc, après celui de l’Espagne puis des États-Unis, car (...) il a eu un effet d’entraînement sur les autres pays européens»
— Xavier Driencourt, diplomate et homme d'État de la République française.
Et dans ce contexte compliqué, le mérite de Christophe Lecourtier est d’avoir patiemment tissé les liens entre Paris et Rabat sans se décourager. La visite du Président de la République au printemps 2025 a été la preuve de cette réussite diplomatique.
J’ai eu l’occasion de croiser, à plusieurs reprises dans ma carrière, le futur directeur général de l’AFD: à la DREE (ex-direction des Relations économiques extérieures au ministère des Finances), où il a commencé sa carrière, puis lorsqu’il a dirigé le cabinet de Christine Lagarde, elle-même alors ministre chargée du Commerce extérieur; en Australie enfin où, comme Inspecteur général des Postes diplomatiques, je l’ai inspecté en 2015; puis évidemment dans ses fonctions d’ambassadeur au Maroc. Entre temps, il avait été (brièvement) ambassadeur à Belgrade, puis directeur général de «Business France». Avec l’AFD, organisme où il succède à Rémy Rioux, dix ans durant à la tête de l’Agence, il renoue en quelque sorte avec les questions d’aide au développement et de coopération en Afrique. À un moment où l’APD est critiquée, alors même que les crédits qui sont dédiés à l’aide au développement et surtout alors que les métiers et les méthodes de l’Agence sont contestés, c’est un ultime défi pour son nouveau patron.
Au Maroc, l’ambassadeur Lecourtier restera celui qui, non seulement aura inversé la relation détestable qui s’était installée entre Paris et Rabat, mais surtout comme le promoteur de la reconnaissance par la France du plan marocain au Sahara occidental. L’appui de la France dans cette reconnaissance était important pour le Maroc, après celui de l’Espagne puis des États-Unis, car non seulement, cet appui venait de l’ancienne puissance coloniale mais il a eu un effet d’entraînement sur les autres pays européens. On mesure bien aujourd’hui les conséquences en cascade de ce retournement, non seulement avec l’Algérie, mais plus directement avec les discussions et négociations entamées à Madrid puis poursuivies à Washington à propos du plan marocain.
En diplomatie, c’est la continuité qui compte et qui paie. Le successeur de Christophe Lecourtier à Rabat (ou sa successeure, car on parle d’une femme) devra à son tour reprendre le fil des échanges et inscrire son action dans la continuité.





