Alors que se rapproche la présentation du projet de loi encadrant la profession d’avocat devant le Parlement, prévue après l’ouverture de la session législative de printemps vendredi prochain, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a relancé la polémique en adressant de vives critiques aux avocats, les accusant notamment de «collusion» et de «manquement à leur devoir d’assistance à la justice», indique Al Akhbar dans son édition de ce lundi 6 avril.
Dans une réponse écrite à une question parlementaire, le ministre a assuré que son département avait conçu ce projet de loi «selon une approche participative, associant étroitement l’Association des barreaux du Maroc, ainsi que les bâtonniers à toutes les étapes du processus». Il a précisé que le texte avait été conçu en conformité avec les dispositions constitutionnelles et les principes des droits humains, notamment en ce qui concerne le droit à la défense, pilier fondamental d’un procès équitable. Le ministre a également mis en avant le rôle central des avocats dans le fonctionnement de la justice, leur contribution à la protection des droits des justiciables et leur participation au renforcement de l’État de droit.
Selon lui, ce projet constitue une avancée juridique majeure visant à consolider la place de la profession d’avocat au sein du système judiciaire, grâce à plusieurs nouveautés destinées à moderniser l’exercice du métier, renforcer les garanties de la défense et encadrer les procédures disciplinaires dans le respect des principes d’un procès équitable, relate Al Akhbar. Il a insisté sur le fait que le dialogue était resté ouvert tout au long de l’élaboration du texte, rappelant la mise en place d’une commission mixte ayant abouti à une version consensuelle du projet, finalisée en novembre 2025 avant d’être transmise au gouvernement, puis adoptée en Conseil gouvernemental début janvier 2026.
Malgré ce processus, le ministère indique avoir reçu fin décembre 2025 une lettre de l’Association des barreaux exprimant des «inquiétudes» sur certains aspects du projet, jugés «contraires aux fondements de la profession» et s’écartant, selon elle, des «conclusions de la commission conjointe». L’organisation avait alors demandé le retrait du texte et la reprise des discussions. Le ministère avait par la suite répondu que le processus d’adoption du projet de loi au Parlement constituait justement une opportunité pour enrichir et amender le projet.
Abdellatif Ouahbi a par ailleurs regretté que les avocats n’aient pas formalisé leurs désaccords par des propositions écrites, préférant selon lui recourir à une grève totale et à l’absence lors de certaines audiences dans les tribunaux du pays. Une attitude qu’il a qualifiée de refus d’assistance à la justice, évoquant même une forme de collusion interdite par la législation encadrant la profession. Dans un tournant notable, l’Association des barreaux a finalement annoncé en février 2026 son retour à la table des négociations, avec la mise en place d’une nouvelle commission sous l’égide du chef du gouvernement. Une première réunion s’est tenue le 13 février, et les avocats ont été appelés à reprendre leurs activités dès le 16 février.
Le ministère de la Justice s’est félicité de la fin du mouvement de grève et du retour au dialogue, réaffirmant sa volonté de rester ouvert aux propositions susceptibles d’améliorer le texte. Il a également réitéré son intention de soumettre rapidement le projet de loi au Parlement, où il devra faire l’objet d’un débat approfondi, dans l’objectif d’en faire un levier central de la réforme du système judiciaire.




