Washington et Caracas annoncent le rétablissement de leurs relations diplomatiques

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez et le président américain Donald Trump. AFP or licensors

Les États-Unis et le Venezuela vont rétablir des «relations diplomatiques» rompues en 2019, a annoncé jeudi le département d’État américain, tandis que Caracas a réagi en appelant à une relation fondée sur le «respect mutuel».

Le 06/03/2026 à 08h29

«Les États-Unis et les autorités intérimaires vénézuéliennes se sont mis d’accord pour rétablir des relations diplomatiques et consulaires» afin de «faciliter les efforts conjoints» en vue de la relance économique et de la réconciliation, indique un communiqué du département d’État, sans autre précision sur les modalités de cette reprise.

Peu après cette annonce, le gouvernement vénézuélien a confirmé l’ouverture de cette nouvelle phase diplomatique. Dans un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères, les autorités dirigées par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, à la tête du pays depuis la capture le 3 janvier de Nicolas Maduro lors d’une opération militaire américaine, ont affiché leur volonté d’engager un dialogue renouvelé avec Washington.

Le gouvernement dit ainsi «réaffirmer sa volonté d’avancer dans une nouvelle étape de dialogue constructif, fondée sur le respect mutuel, l’égalité souveraine des États et la coopération entre nos peuples» afin de bâtir une «relation positive et mutuellement bénéfique».

Cette annonce intervient dans un contexte de rapprochement progressif entre les deux pays, marqué notamment par la visite au Venezuela du ministre américain de l’Intérieur, Doug Burgum, qui clôturait jeudi un déplacement de deux jours à Caracas.

Connu pour sa proximité avec les milieux de l’industrie pétrolière et minière, Doug Burgum s’est montré particulièrement confiant quant aux perspectives économiques du pays sud-américain, riche en ressources naturelles.

Avant de quitter Caracas, le responsable américain a assuré que le Venezuela garantirait la sécurité des entreprises minières opérant sur son territoire. Il s’est également dit convaincu que la production pétrolière du pays allait connaître une progression significative dans les prochaines années, dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les marchés énergétiques en raison de la guerre au Moyen-Orient.

«Je suis donc très optimiste quant à un environnement dans lequel les investissements vont affluer, non seulement vers le pétrole et le gaz en mer, non seulement vers Caracas, mais aussi vers l’intérieur du pays, là où se trouvent réellement ces ressources considérables», a déclaré Doug Burgum à la presse.

Sous pression des États-Unis, les autorités vénézuéliennes ont engagé plusieurs réformes visant à rassurer les investisseurs internationaux. La présidente par intérim Delcy Rodriguez, qui a déjà reçu plusieurs responsables américains ces dernières semaines, a notamment procédé à une révision de la loi sur les hydrocarbures afin d’ouvrir davantage le secteur énergétique au privé.

Elle a également promulgué une amnistie destinée à permettre la libération de prisonniers politiques et annoncé une réforme du système judiciaire.

Dans le même esprit, le gouvernement a promis une révision du code minier. Delcy Rodriguez a précisé à Doug Burgum, qu’elle a rencontré mercredi, que l’Assemblée nationale examinerait ce texte dès lundi.

Le Venezuela dispose d’importantes ressources minières, notamment en or, diamant, bauxite et coltan, ainsi qu’en plusieurs minerais rares utilisés dans la fabrication d’équipements électroniques comme les ordinateurs et les téléphones portables.

L’exploitation de ces richesses est concentrée dans une vaste zone de 112.000 km² appelée Arc minier. Cette région reste toutefois instable, marquée par la présence de groupes armés, dont certaines guérillas et des réseaux criminels organisés.

Des organisations environnementales tirent également la sonnette d’alarme. L’ONG SOS Orinoco a ainsi signalé une réduction de 945.000 hectares de surface forestière depuis l’an 2000, sur la base d’analyses d’images satellitaires.

L’exploitation minière fait par ailleurs l’objet de nombreuses critiques en raison du manque de transparence entourant certaines activités dans cette région stratégique.

«Victoire»

Le ministre américain de l’Intérieur, également président du Conseil national pour la domination énergétique des États-Unis, s’est par ailleurs montré très confiant quant aux perspectives de production pétrolière du Venezuela après la réforme de la loi sur les hydrocarbures.

«Quels que soient les objectifs fixés pour 2026 en matière de production de pétrole et de gaz, je suis convaincu que le Venezuela va non seulement les atteindre mais même les dépasser», a-t-il affirmé.

Washington avait imposé des sanctions au secteur pétrolier et aurifère du Venezuela après la réélection contestée de Nicolas Maduro en 2018 à l’issue d’un scrutin boycotté par l’opposition.

Depuis la capture de l’ancien président, Donald Trump a repris le contrôle du secteur pétrolier vénézuélien tout en assouplissant partiellement les sanctions visant le pays.

La visite de Doug Burgum intervient deux semaines après celle du ministre américain de l’Énergie Chris Wright, qui s’était rendu sur plusieurs sites pétroliers.

Soulignant la proximité géographique entre les deux pays, Doug Burgum a mis en avant les avantages logistiques d’un renforcement des échanges énergétiques.

«Le Venezuela n’est qu’à quelques heures des États-Unis», a-t-il fait remarquer. «Il faut quatre jours à un pétrolier transportant du pétrole vénézuélien pour atteindre l’Amérique. Un pétrolier met parfois 40 jours pour arriver d’Asie. C’est une opportunité immense.»

Le responsable américain a également insisté sur les bénéfices potentiels pour les consommateurs.

«Les gens s’inquiètent des prix du pétrole et du gaz en Amérique. (...) Le Venezuela, avec les ressources dont il dispose, c’est incontestablement une énorme victoire pour le Venezuela, une énorme victoire pour l’Amérique», s’est-il félicité.

Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves pétrolières prouvées au monde, espère désormais augmenter sa production de brut de 18% d’ici 2026. Le pays a produit environ 1,2 million de barils par jour en 2025, après avoir atteint un plus bas historique d’environ 360.000 barils par jour en 2020, un niveau encore très éloigné des près de trois millions de barils extraits quotidiennement au début du siècle.

Par Le360 (avec AFP)
Le 06/03/2026 à 08h29