Le philosophe Michel Foucault, l’auteur de «Les Mots et les choses», de «Surveiller et punir», avait commis une grave erreur. Il n’était pas le seul. Avant lui, J.P. Sartre lui aussi s’était trompé dans le domaine de la politique. Mais Michel Foucault avait été tellement enthousiaste pour la révolution des ayatollahs qu’il alla jusqu’à publier des articles élogieux sur Khomeiny, alors réfugié à Neauphle-le-Château, près de Paris. Il voyait en ce vieillard charismatique l’homme providentiel qui allait apporter au peuple iranien liberté et démocratie. Il faut dire qu’à l’époque, le Chah laissait faire sa police spéciale, la Savak, qui torturait les opposants. Foucault s’était rendu en Iran en septembre et novembre 1978 en tant que reporter du Corriere della sera (quotidien de Milan). Voici ce qu’il écrivait dans l’un de ses articles:
«Quel sens, pour les hommes qui habitent [la terre d’Iran], à rechercher au prix même de leur vie cette chose dont nous avons, nous autres, oublié la possibilité depuis la Renaissance et les grandes crises du christianisme: une spiritualité politique. J’entends déjà des Français qui rient, mais je sais qu’ils ont tort».
Avec le temps, personne n’a envie de rire. L’échec des religieux iraniens est doublé d’une férocité dans la répression. Aujourd’hui, deux grandes puissances font la guerre à ce régime. Sans respecter le droit international, elles ont déclenché une guerre terrible aux conséquences tragiques. Elles ont réussi à tuer le guide suprême, Ali Khamenei ainsi que nombre de hauts responsables du gouvernement et de l’armée. Et après? Le régime abject est toujours là.
Aucun régime politique, quelle que soit son idéologie, n’a le droit de continuer d’exister après avoir tué de la manière la plus brutale plus de trente mille personnes, des jeunes en particulier. Cela eut lieu à Téhéran, en particulier les 8 et 9 janvier 2026. Des centaines de jeunes gens furent pendus, sans procès ni justice. Leur crime: avoir manifesté pour la liberté.
Quelques jours après son installation à la tête de l’État iranien, l’ayatollah Khomeiny s’est mis à exécuter tous ceux qu’il soupçonnait d’être des opposants. Les malheureux n’eurent même pas le temps de protester. Parmi eux figuraient des intellectuels qui l’avaient accompagné dans l’avion du retour en Iran.
Le régime venait de préciser son choix pour une dictature au nom d’un chiisme au programme anti-sunnite et carrément vengeur.
«C’est au peuple iranien, qui a tant souffert de la brutalité de ce régime de décider ce qu’il veut et comment réaliser une sortie heureuse de cet enfer.»
— Tahar Ben Jelloun
Aucun régime politique qui prétend tirer sa légitimité de la religion, n’a le droit de poursuivre la répression des manifestants pacifiques.
Le régime iranien sévit en toute impunité depuis 1979, date du retour de France de l’Ayatollah Khomeiny.
Il y eut huit ans d’une guerre absurde et inutile déclenchée par Saddam Hussein, poussé et encouragé par les États du Golfe qui pensaient affaiblir à jamais le voisin ennemi. Erreur sur toute la ligne. Saddam en paiera la facture et l’Irak sera envahi par G.W. Bush après avoir dissous l’armée et la police de ce pays. Résultat, chaos et terrorisme dirigé par Daech. Quant à Saddam, humilié, trompé par l’Amérique, abandonné par les monarchies du Golfe, il sera pendu.
Pendant ce temps-là, l’Iran met tous ses efforts dans la préparation de l’arme nucléaire. Chose que ni l’Amérique et encore moins Israël ne pouvaient tolérer. La guerre qui a repris cette semaine a été décidée parce que les dirigeants iraniens ont toujours refusé de renoncer au programme nucléaire.
Une exilée iranienne en France s’est exprimée ce dimanche sur les ondes de Franceinfo disant «aucun citoyen ne se réjouit de voir son pays attaqué par des armées étrangères; mais, moi en tant qu’iranienne, je suis satisfaite d’assister à la chute d’un régime impopulaire et criminel grâce aux armées américaine et israélienne».
Aussi bien l’Amérique qu’Israël ne sont pas intervenus en Iran pour venger les milliers de morts du mois de janvier. Il ne faut pas se faire d’illusions. Ils ont attaqué l’Iran pour protéger leurs propres intérêts, voire, pour Israël, son existence. Cela a été dit. Mais si, dans le même temps, le peuple iranien se voit débarrassé d’un régime criminel, alors les propos de la dame exilée prennent tout leur sens.
Mais la guerre ne fait que commencer. La mort du chef suprême, l’ayatollah Khamenei, ne signifie pas la chute du régime, lequel est solidement structuré, défendu par les milices des Gardiens de la Révolution, qui sont plus importantes que l’armée régulière.
Ces Gardiens, qui seraient au nombre de deux cent mille hommes sont fanatisés et se battront jusqu’au bout.
Régime impopulaire, certes, mais apparemment bien installé. La suite des événements nous dira s’ils résisteront.
Encore une fois, je tiens à rappeler combien le Maroc a eu raison de rompre tout lien avec le régime iranien, lequel avait choisi d’apporter son soutien à notre voisin de l’Est et, entre autres, d’assurer l’entraînement d’éléments du Polisario. Hormis le Pakistan et l’Irak, il n’a pas reçu de soutien réel. Affaibli depuis le 7 octobre 2023, ce régime, profondément contesté, va résister. Jusqu’à quand? C’est au peuple iranien, qui a tant souffert de la brutalité de ce régime de décider ce qu’il veut et comment réaliser une sortie heureuse de cet enfer.





