Pourquoi la défense aérienne saoudienne est-elle en difficulté face aux Houthis?

Cette capture d'écran, tirée d'images de vidéosurveillance diffusées par le ministère saoudien des Médias le 11 octobre 2026, montre l'instant où l'aéroport international du roi Khaled, à Ryad, a été touché par une frappe houthie le 10 octobre 2026. Cette frappe, la plus meurtrière sur le sol saoudien depuis plus d'une décennie, a tué 12 personnes à l'aéroport international de Riyad et en a blessé des centaines.

L’intensité et la répétition des frappes houthies nécessitent, côté saoudien, de faire usage de nombreux intercepteurs, dont la disponibilité est limitée à l’échelle mondiale, alors que débute la saison des grands congrès, dont le Congrès mondial du pétrole, qui s’est ouvert hier.

Le 12/10/2026 à 07h35

Les récentes frappes des Houthis contre l’Arabie saoudite, dont celle de samedi contre l’aéroport de Ryad qui a fait 13 morts, ont mis en évidence les lacunes défensives du royaume, qui investit pourtant des sommes considérables dans des équipements de pointe. Ces attaques de missiles et de drones des combattants houthis ont également écorné la réputation de stabilité de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut.

- Ryad est-il incapable d’empêcher les attaques ?

Les Saoudiens ont intercepté des attaques à travers tout le pays, mais plusieurs frappes, notamment celles visant des installations énergétiques et l’aéroport de Ryad, sont passées à travers la défense aérienne saoudienne. L’intensité et la répétition des frappes houthies nécessitent, côté saoudien, de faire usage de nombreux intercepteurs, dont la disponibilité est limitée à l’échelle mondiale.

«Même un système multicouche combinant Patriot, THAAD (système de défense antimissile à haute altitude, NDLR), avions de chasse et autres capteurs ne peut pas créer un dôme imperméable au-dessus d’un pays de la taille de l’Arabie saoudite», qui s’étend sur environ 2,2 millions de kilomètres carrés (environ quatre fois la France), souligne Andreas Krieg, du King’s College de Londres.

L’aéroport international de Ryad est par ailleurs l’un des plus étendus au monde, couvrant 225 kilomètres carrés, soit plus de deux fois la superficie de Paris, à environ 35 kilomètres du centre-ville. L’Arabie saoudite doit «défendre en permanence Ryad, les aéroports, les installations pétrolières, les bases militaires, les villes saintes et une quantité d’infrastructures critiques», pointe l’analyste.

Or, le pays dispose de capacités militaro-industrielles limitées, comptant sur une importante présence de formateurs et de troupes étrangères pour renforcer sa défense. Le royaume a aussi beaucoup dépensé pour importer des armes de pointe, principalement auprès d’entreprises américaines, britanniques et françaises. Ces achats sont devenus un élément déterminant de la politique de défense saoudienne, et un levier diplomatique destiné à s’attirer les faveurs de ses alliés.

- Pourquoi les Houthis intensifient-ils leurs attaques ?

Bien que les défenses saoudiennes interceptent bon nombre d’attaques, «les Houthis n’ont pas besoin de percer le système à chaque fois» pour atteindre leurs objectifs, rappelle Andreas Krieg : il leur suffit de réussir quelques frappes, ponctuellement. Et les attaques répétées contre l’aéroport de Ryad démontrent qu’ils «conservent la capacité de mener des attaques répétées de longue portée», souligne-t-il.

Pour Thomas Juneau, analyste en sécurité à l’Université d’Ottawa, les Houthis cherchent à «changer la donne» et modifier les équilibres régionaux à leur profit. Alors que les avions de combat saoudiens frappent l’aéroport de Sanaa, contrôlé par les Houthis, les combattants pro-iraniens veulent «faire subir à l’Arabie saoudite ce qu’elle leur fait subir», estime-t-il.

Leurs missiles et drones menacent depuis des années leurs voisins du Golfe, riches en pétrole, et ont récemment atteint jusqu’à Israël. En ciblant des infrastructures saoudiennes essentielles, les Houthis envoient le message que «le prix pour conclure la paix ne cesse d’augmenter», juge M. Juneau. «Et pour l’Arabie saoudite, c’est un désastre absolu, car le royaume tente de se désengager du conflit yéménite depuis plusieurs années».

- Qu’en disent les autorités saoudiennes ?

«L’aéroport revêt une importance capitale» car il est au cœur du plan Vision 2030 porté par le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui vise à faire de Ryad un pôle majeur pour le tourisme, les événements internationaux et les entreprises multinationales, explique Andreas Krieg. «Et les Houthis l’ont bien compris».

Ainsi, les attaques répétées contre l’aéroport de Ryad n’entament pas nécessairement la puissance militaire saoudienne, mais elles engendrent un coût, économique et psychologique, bien supérieurs aux dégâts matériels. L’attaque de samedi contre l’aéroport est la plus meurtrière qu’ait connue le royaume depuis un attentat-suicide survenu en 2015. Et elle est intervenue à la veille du lancement de la saison des grands congrès, et notamment du Congrès mondial du pétrole, qui s’est ouvert à Ryad dimanche.

Par le passé, les autorités informaient ponctuellement les citoyens, en cas d’attaques imminentes, par le biais d’alertes diffusées par SMS. Mais ces avertissements ont récemment cessé, suscitant l’inquiétude de nombreux citoyens. Samedi, dans le contexte de frappes houthies sur des infrastructures du pays, des missions diplomatiques ont déploré le manque d’informations régulières de la part des autorités saoudiennes.

Plusieurs ambassades ont conseillé à leurs ressortissants d’éviter l’aéroport de Ryad, quelques heures avant que les autorités saoudiennes ne publient leur première déclaration officielle.

Par Le360 (avec AFP)
Le 12/10/2026 à 07h35