Loi martiale en Corée du Sud: l’ex-Premier ministre Han Duck-soo condamné à 23 ans de prison

Han Duck-soo, ex-Premier ministre de la République de Corée, condamné à 23 ans de prison.

Un tribunal de Séoul a condamné mercredi à 23 ans de prison l’ex-Premier ministre sud-coréen Han Duck-soo, pour son implication dans la tentative ratée d’imposition de la loi martiale dans le pays en décembre 2024.

Le 21/01/2026 à 07h58

Cette peine est très supérieure aux réquisitions du parquet, qui avait requis 15 ans de prison.

L’accusé «a manqué jusqu’au bout à son devoir et à sa responsabilité en tant que Premier ministre» en ne s’opposant pas au décret par lequel le président conservateur Yoon Suk Yeol avait suspendu le pouvoir civil dans le «but de renverser l’ordre constitutionnel» en Corée du Sud, a estimé dans son verdict le juge Lee Jin-gwan, du tribunal du district central de Séoul.

M. Han qui comparaissait libre, a reçu l’ordre de se présenter immédiatement en prison pour commencer à purger sa peine.

Han Duck-soo, 76 ans, était le Premier ministre du président Yoon quand ce dernier avait sidéré les Sud-Coréens le soir du 3 décembre 2024, en annonçant par surprise l’instauration de la loi martiale et en envoyant l’armée au Parlement pour le museler.

M. Yoon avait fait marche arrière quelques heures plus tard, un nombre suffisant de députés ayant réussi à se faufiler dans l’hémicycle cerné par les soldats pour voter la suspension de son décret. Jugé séparément pour «insurrection», l’ex-chef de l’Etat a vu le parquet requérir la peine de mort contre lui. Le tribunal doit rendre son verdict le 19 février.

«L’accusé est considéré comme ayant joué un rôle important dans les actes insurrectionnels de Yoon et d’autres», a déclaré le juge Lee lors d’une audience retransmise en direct à la télévision.

Il a souligné que si M. Han «avait fait part de ses inquiétudes à Yoon» au sujet de la loi martiale, il «ne s’y était pas explicitement opposé» et n’avait pas exhorté les autres membres du gouvernement à faire échec au coup de force présidentiel.

«Coup d’Etat de palais»

«L’accusé (...) avait le devoir, en tant que Premier ministre, de respecter la Constitution et les lois et de tout mettre en œuvre pour faire respecter et appliquer la Constitution», a poursuivi le magistrat. «Néanmoins, convaincu que l’insurrection du 3 décembre pouvait réussir, il a finalement tourné le dos à ces devoirs et responsabilités et a choisi d’y prendre part», a-t-il ajouté.

Le juge a qualifié l’instauration de la loi martiale d’«insurrection venue d’en haut» et de «coup d’Etat de palais».

Au cours de son procès, Han Duck-soo s’était déclaré innocent, affirmant qu’il n’avait jamais soutenu ni facilité cette tentative d’auto-coup d’Etat par son chef.

M. Yoon avait justifié la loi martiale, une mesure sans précédent en Corée du Sud depuis les dictatures militaires des années 1980, par le fait que le Parlement contrôlé par l’opposition bloquait le budget et mettait en échec toutes ses initiatives.

Dans son allocution télévisée du 3 décembre au soir, il avait affirmé agir pour protéger le pays des «forces communistes nord-coréennes» et «éliminer les éléments hostiles à l’Etat».

Han Duck-soo avait été automatiquement désigné président par intérim après la suspension de M. Yoon par l’Assemblée nationale le 14 décembre. Il avait lui-même été suspendu le 27 décembre par les députés, qui l’accusaient d’entraver les procédures lancées contre M. Yoon, puis rétabli dans ses fonctions par la Cour constitutionnelle en mars 2025.

Il avait ensuite démissionné en mai, dans le dessein de se présenter à l’élection présidentielle anticipée de juin déclenchée par la destitution définitive de M. Yoon. Mais il n’avait jamais été investi par son parti.

Par le360 (avec AFP)
Le 21/01/2026 à 07h58