Face à Donald Trump, le Danemark et le Groenland se serrent les coudes, malgré un passé complexe

Des maisons bordant le littoral sont illuminées par les premières lueurs du jour qui percent les collines enneigées de Nuuk, au Groenland, le 22 janvier 2026. (Photo de Jonathan NACKSTRAND / AFP). AFP or licensors

Les ambitions de Donald Trump ont poussé les dirigeants danois et groenlandais à afficher un front uni sur la scène internationale, reléguant momentanément au second plan le travail mémoriel douloureux entrepris par la puissance de tutelle et l’île arctique.

Le 24/01/2026 à 06h59

«Les Groenlandais ont encore beaucoup de griefs à l’égard du Danemark, à qui ils reprochent de ne pas être capable de reconsidérer son passé colonial», note Ulrik Pram Gad, chercheur au Danish Institute for International Studies (DIIS), auprès de l’AFP.

«Mais les pressions exercées par Trump ont incité la grande majorité des forces politiques qui composent le gouvernement de coalition à mettre de côté, pour l’instant, les préparatifs en vue de l’indépendance qui a toujours été un projet à long terme», ajoute-t-il.

Les principaux partis groenlandais souhaitent l’indépendance, mais divergents sur la feuille de route. La pression américaine les a convaincus de former une coalition en mars 2025.

Seul le parti Naleraq, partisan d’une indépendance rapide, est dans l’opposition.

«Le soutien clair de l’Europe» face aux ambitions de Donald Trump «a facilité cette décision (de temporiser sur l’indépendance, ndlr), dans la mesure où la relation avec le Danemark semble beaucoup moins étouffante lorsque d’autres pays s’associent» au Groenland, relève le chercheur.

Au plus fort du tumulte, le Premier ministre du Groenland Jens-Frederik Nielsen a souligné qu’à choisir entre les Etats-Unis et le Danemark, son gouvernement choisirait le Danemark.

Depuis son retour au pouvoir l’an dernier, Donald Trump martèle vouloir «acquérir» le Groenland pour freiner, selon lui, les avancées russes et chinoises en Arctique.

Passé colonial

Devant l’unité des Européens, qui ont notamment envoyé une mission militaire de reconnaissance au Groenland, Trump a retiré ses menaces et annoncé un «cadre d’accord» négocié avec le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, dont les détails ne sont pas connus.

Copenhague a cependant rappelé que seuls le Danemark et le Groenland pouvaient prendre les décisions qui les concernent.

Depuis un mois, les deux parties ont parlé d’une seule voix à chaque rendez-vous diplomatique.

Le 14 janvier, la ministre groenlandaise des Affaires étrangères Vivian Motzfeldt était à Washington avec son homologue danois Lars Løkke Rasmussen pour y rencontrer le vice-président JD Vance et le secrétaire d’Etat Marco Rubio.

Le 19, elle était à Bruxelles, pour une réunion avec Mark Rutte, cette fois en compagnie du ministre danois de la Défense Troels Lund Poulsen.

Ce front uni masque les séquelles du passé colonial qui lie le Groenland, immense territoire peuplé aujourd’hui d’environ 57.000 habitants, au Danemark.

Colonie danoise à partir du début du 18ème siècle, l’île arctique devient en 1953 département danois, partie intégrante de la «Communauté du Royaume du Danemark». S’ensuit une période marquée par une politique d’assimilation forcée. En 1979, le territoire devient autonome, un statut renforcé en 2009.

«C’est une longue histoire. Elle est passée par différentes étapes. Toute relation coloniale est une relation de domination et des injustices ont été commises», rappelle Astrid Andersen, spécialiste des relations dano-groenlandaises au DIIS.

Stérilisations forcées

Le passif est lourd, à commencer par une expérience visant à créer une élite danophone.

En 1951, 22 enfants inuits avaient été envoyés au Danemark, arrachés à leur famille et empêchés de parler le groenlandais. En 2021, les six Inuits encore en vie ont obtenu chacun 250.000 couronnes (environ 33.500 euros) de dédommagement.

Par la suite, à partir des années 1960 et pendant plus de trois décennies, une campagne visant à réduire la natalité a été orchestrée par le Danemark à travers l’immense île arctique.

Plusieurs milliers de femmes et d’adolescentes - au moins 4.000 - ont subi la pose, sans leur consentement, d’un stérilet. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a présenté ses excuses à ces femmes, dont près de la moitié n’a pu avoir d’enfants, l’an dernier.

Elles peuvent désormais demander une indemnisation.

Les relations ont aussi été ternies par l’utilisation par les services sociaux danois de tests psychologiques contestés pour évaluer les compétences parentales des mères groenlandaises.

Une étude de 2022 a montré qu’au Danemark, les enfants nés de parents groenlandais présentaient cinq à sept fois plus de risques d’être placés que des enfants nés de parents danois. Depuis l’an dernier, ces tests ne doivent plus être utilisés.

Pour Mme Andersen, les discussions entamées ces dernières années autour de ces sujets sont, en ce moment, «mises entre parenthèses».

«Cette année, la pression exercée par Trump s’est considérablement intensifiée (...) L’adversaire commun actuel est Trump et nous devons en quelque sorte faire face à cette situation d’ensemble», dit-elle.

Par Le360 (avec AFP)
Le 24/01/2026 à 06h59