Détroit d’Ormuz: le Golfe presse l’ONU d’autoriser l’usage de la force

Le détroit d’Ormuz.

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG) a appelé, jeudi à New York, l’ONU à donner son feu vert à l’usage de la force pour libérer le détroit d’Ormuz, avant un vote du Conseil de sécurité attendu prochainement sur ce dossier hautement explosif.

Le 03/04/2026 à 06h59

«L’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, empêchant les navires commerciaux et les pétroliers de passer et posant des conditions pour permettre le passage de certains», a dénoncé Jassem Al-Budaiwi au nom de cette organisation qui regroupe l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman.

«Nous appelons le Conseil de sécurité à prendre toutes ses responsabilités et à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les couloirs maritimes et assurer la poursuite en toute sécurité de la navigation internationale», a-t-il insisté.

Ces déclarations interviennent alors que les quinze membres du Conseil discutent depuis dix jours d’un projet de résolution porté par Bahreïn visant à autoriser l’usage de la force pour débloquer le détroit d’Ormuz, paralysé par l’Iran. L’enjeu dépasse largement le seul théâtre régional: il touche à la sécurité énergétique mondiale, à la liberté de navigation et à l’équilibre déjà précaire des rapports de force au Moyen-Orient.

Cette initiative, soutenue par les États-Unis, est loin de faire l’unanimité. Après de multiples révisions, la sixième et dernière version du texte, consultée jeudi par l’AFP, apparaît comme un compromis destiné à convaincre, en particulier, la France, la Russie et la Chine de lever leurs objections.

Le président français Emmanuel Macron s’était montré sceptique, jeudi matin, sur une opération militaire destinée à «libérer» le détroit, la jugeant «irréaliste». Paris redoute manifestement qu’une telle décision n’ouvre la voie à un engrenage militaire plus large, dans une région déjà profondément déstabilisée par l’escalade en cours.

Le dernier projet de résolution insiste désormais sur le fait que le Conseil autoriserait tout État ou coalition d’États à utiliser des moyens «défensifs» afin d’assurer la sécurité des navires. Cette précision sur la nature défensive du mandat ne figurait pas dans les premières versions du texte. Elle vise à rassurer les membres les plus réticents en encadrant, au moins sur le papier, les modalités d’une éventuelle intervention.

Il n’est toutefois pas certain que cet ajout suffise à convaincre la Russie et la Chine, toutes deux dotées d’un droit de veto. «Dans le contexte actuel, autoriser les États membres à utiliser la force reviendrait à légitimer l’utilisation illégale et indiscriminée de la force, ce qui mènerait inévitablement à une nouvelle escalade», a déclaré l’ambassadeur chinois Fu Cong. De son côté, la Russie, alliée de longue date de Téhéran, a dénoncé un texte «partial».

Tard jeudi soir, le vote, initialement annoncé pour vendredi matin, a finalement été reporté sine die, selon le nouveau programme du Conseil. Le fait que ce vendredi corresponde au Vendredi saint, jour férié à l’ONU, a été avancé pour justifier ce report, ont indiqué des sources diplomatiques à l’AFP. Un argument qui laisse sceptique, ce calendrier étant connu au moment même où le vote avait été inscrit à l’agenda.

Une adoption de la résolution reflèterait «l’unité de la communauté internationale pour faire face aux menaces contre l’une des voies maritimes les plus vitales pour le commerce mondial et la sécurité énergétique», a déclaré Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, ministre bahreïni des Affaires étrangères, alors que son pays assure la présidence tournante du Conseil de sécurité pour le mois d’avril.

Depuis le début du conflit, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines contre l’Iran, la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz par Téhéran, passage stratégique par lequel transite en temps normal près d’un cinquième du pétrole mondial ainsi qu’une part décisive du gaz naturel liquéfié, a provoqué une forte hausse des prix des hydrocarbures à l’échelle internationale. En arrière-plan, c’est toute l’économie mondiale qui retient son souffle, suspendue à l’issue de ce bras de fer diplomatique et militaire.

Par Le360 (avec AFP)
Le 03/04/2026 à 06h59