Des troupes au sol en Iran?

Mustapha Tossa.

ChroniqueC’est le scénario du pire, une hypothèse jugée improbable qui hante pourtant tous les esprits: l’obligation pour Washington de déployer des troupes au sol pour démanteler le régime iranien. Les experts sont unanimes. Des frappes aériennes, aussi massives et dévastatrices soient-elles, ne suffiront jamais à éradiquer le pouvoir en place. Si elles peuvent l’affaiblir, le paralyser ou neutraliser temporairement sa capacité de nuisance, elles ne parviendront jamais à le rayer de la carte.

Le 14/03/2026 à 17h00

Devant cette impasse stratégique, l’hypothèse de troupes au sol commence à s’imposer dans tous les esprits comme l’incontournable et inévitable solution pour trancher cette guerre. Or, si une telle opération semble théoriquement réalisable à la lumière de la récente expérience américaine en Irak, elle s’avère en réalité impossible à mettre en œuvre. Cette impuissance militaire s’explique par une multitude de facteurs structurels.

L’une des causes majeures réside dans la posture politique et la psychologie de Donald Trump. Le locataire de la Maison Blanche peine à justifier auprès d’une opinion publique hostile la nécessité d’envoyer des soldats sur le front iranien. Cette offensive est profondément impopulaire aux États-Unis, au point de fracturer la base électorale de Donald Trump. Ses partisans, les «MAGA», vivent une profonde remise en question. Leur champion, élu sur la promesse de mettre fin aux guerres lointaines, a non seulement déclenché un nouveau conflit, mais pourrait désormais exiger que la jeunesse américaine se sacrifie sur le sol iranien.

Cette hypothèse est d’autant plus improbable que Donald Trump vit une séquence électorale politiquement sensible. À la veille des élections de mi-mandat, qui renouvelleront une large part des sièges au Congrès, le président joue gros. Il risque de perdre la confortable majorité dont il dispose s’il implique l’Amérique, de manière terrestre, dans une aventure militaire par définition et forcément meurtrière.

«Plus la menace iranienne s’éternise, plus ses répercussions sur l’économie mondiale s’accentuent, offrant au régime de Téhéran l’opportunité de revendiquer une forme de victoire»

Face à l’impossibilité politique d’engager des troupes américaines au sol, les stratèges de la Maison-Blanche ont envisagé de jouer la «carte kurde». L’idée consistait à mobiliser les Kurdes d’Iran, épaulés par ceux d’Irak, de Syrie et de Turquie, pour constituer une force capable de marcher sur les centres de commandement iraniens. En théorie, cette progression terrestre, soutenue par des bombardements massifs, pourrait s’avérer efficace. Cependant, ce plan se heurte à des obstacles majeurs. Sa mise en œuvre nécessite un temps considérable et une adhésion totale des populations kurdes. Surtout, elle se bute au veto d’Ankara, qui voit dans l’émergence d’un noyau de pouvoir kurde une menace directe pour la sécurité de la Turquie.

Or Donald Trump a peu de temps. Cette guerre doit être close dans les plus brefs délais. Qu’il s’agisse d’un déploiement de troupes américaines, de forces kurdes ou même, scénario plus qu’improbable, d’une coalition sous mandat international, toute intervention au sol exige des délais de préparation incompatibles avec l’urgence actuelle. Aucune de ces options ne peut atteindre rapidement l’efficacité nécessaire pour renverser le régime iranien.

Le facteur temps est décisif dans cette guerre. Plus la menace iranienne s’éternise, plus ses répercussions sur l’économie mondiale s’accentuent, offrant au régime de Téhéran l’opportunité de revendiquer une forme de victoire. Qu’importe pour lui que l’infrastructure du pays soit complètement détruite, l’essentiel est que la «république islamique» avec ses multiples bras armés soit encore debout.

Pour Donald Trump, la désillusion est réelle. Entré dans ce conflit avec le scénario vénézuélien pour seul horizon, où l’on imaginait qu’il suffirait de décapiter le régime pour que le peuple s’empare du pouvoir, le président américain se heurte à une réalité plus complexe. Il a beau revendiquer des succès militaires, tant que le pouvoir iranien conserve une capacité d’action et de nuisance, Washington aura du mal à considérer que la guerre est véritablement gagnée.

Le risque d’un enlisement politique et militaire en Iran commence à préoccuper l’administration Trump. À Washington, certains redoutent que le conflit débouche sur une impasse face à un régime qui, même affaibli, pourrait conserver une capacité de nuisance importante. Dans ce contexte, la perspective d’un accord paraît s’éloigner. Les exigences formulées par Téhéran pour un cessez-le-feu et la réouverture du détroit d’Ormuz sont jugées difficilement acceptables par les responsables américains. En évoquant notamment le démantèlement des bases américaines dans le Golfe, l’Iran avance des conditions que Washington considère, à ce stade, incompatibles avec une reprise du dialogue.

Et l’Amérique de Donald Trump se trouve prise dans un gigantesque piège. Incapable d’arrêter la guerre sous peine de donner l’impression de capituler. Incapable d’envisager un compromis face au maximalisme des exigences iraniennes. Washington semble prise dans la toile visqueuse de Téhéran. Ni victoire possible ni compromis envisageable.

Par Mustapha Tossa
Le 14/03/2026 à 17h00