Tensions régionales au Moyen-Orient et hausse des prix: comment ne pas céder à la panique

Tensions géopolitiques et volatilité du pétrole: les prix des carburants restent sous surveillance.

Les tensions régionales au Moyen-Orient où près de 20% du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, alimentent l’incertitude sur les marchés de l’énergie. Cependant, les autorités marocaines mettent en avant les instruments de stabilisation macroéconomique. Pour les associations de consommateurs, la vigilance reste toutefois de mise car la perception d’une crise peut, à elle seule, déclencher des tensions sur les prix, alerte la Fédération marocaine des droits du consommateur.

Le 08/03/2026 à 10h20

L’escalade militaire au Moyen-Orient ravive un spectre familier pour les économies importatrices d’énergie: celui d’une répercussion rapide des tensions géopolitiques sur les prix à la consommation. Dans un pays comme le Maroc, fortement dépendant des importations d’hydrocarbures, toute perturbation durable des flux pétroliers internationaux pourrait se répercuter sur les coûts de production, les prix de transport et, in fine, le panier de consommation des ménages.

Cette perspective alimente déjà les inquiétudes de certains acteurs de la société civile. Dans un entretien avec Le360, Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), reconnaît que la conjoncture internationale crée un climat d’incertitude susceptible d’influencer l’évolution des prix. «Oui, la situation actuelle au Moyen-Orient fait effectivement craindre une possible hausse de certains prix», souligne-t-il.

Pour autant, le responsable associatif appelle à relativiser l’ampleur du risque immédiat. Selon lui, l’économie marocaine a déjà traversé plusieurs épisodes de turbulences internationales sans que les marchés domestiques ne connaissent de déséquilibres majeurs. «Le Maroc a l’habitude de gérer ce type de crises. Lors de la pandémie de Covid-19 ou encore lors des perturbations logistiques liées aux bateaux de conteneurs, de nombreuses inquiétudes avaient émergé. Pourtant, le gouvernement a su gérer ces périodes de tension économique afin de maintenir les prix à des niveaux relativement stables», rappelle Bouazza Kherrati.

Au cœur des préoccupations figure le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique reliant le golfe Persique aux marchés mondiaux. Environ un cinquième de l’approvisionnement pétrolier mondial y transite quotidiennement. Toute perturbation durable de cette route énergétique pourrait provoquer une hausse rapide des cours du brut, avec des effets de diffusion sur l’ensemble des chaînes de valeur.

Consommation et psychologie des marchés: le facteur souvent sous-estimé

«Si la situation venait à s’aggraver, il est probable que les prix de l’énergie évoluent», reconnaît Bouazza Kherrati. Toutefois, ajoute-t-il, «le Maroc dispose de plusieurs leviers et de ressources lui permettant d’amortir ces chocs et de limiter une flambée des prix».

Cette lecture prudente rejoint celle exprimée au niveau gouvernemental. Interrogée sur RFI, la ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah Alaoui, a insisté sur la nécessité d’une anticipation permanente face aux crises géopolitiques susceptibles d’affecter les marchés de l’énergie. «En tant que ministre de l’Économie et des Finances, il est essentiel de rester extrêmement attentive à ce qui se passe, car notre responsabilité est d’anticiper et de gérer les éventuels impacts de cette crise sur notre pays, sur les populations et sur notre économie», a-t-elle affirmé.

La ministre rappelle que les différentes crises récentes – pandémie, tensions logistiques ou volatilité des marchés énergétiques – ont contribué à renforcer les outils de gestion macroéconomique du Royaume. «Le Maroc a démontré la résilience de son économie face aux crises. Nous disposons aujourd’hui de réserves d’hydrocarbures et de réserves de change», a-t-elle expliqué.

Ces marges de sécurité sont complétées, selon elle, par un ensemble de politiques publiques destinées à amortir les chocs externes. «Nous avons un ensemble d’outils qui permettent d’atténuer les effets des crises sur les populations», a souligné Nadia Fettah, évoquant implicitement les mécanismes de suivi des marchés, les dispositifs de compensation ciblée et les politiques de stabilisation budgétaire.

Si la dimension géopolitique domine le débat, Bouazza Kherrati insiste toutefois sur un facteur souvent sous-estimé: le comportement des consommateurs eux-mêmes. Selon lui, les tensions sur les prix peuvent parfois être amplifiées par des réactions collectives liées à la crainte d’une pénurie ou d’une flambée imminente.

«Le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans la conjoncture internationale. Il se situe aussi dans le comportement des consommateurs», explique-t-il. «Très souvent, lorsque survient une crise ou qu’une tension apparaît à l’extérieur du pays, les consommateurs réagissent par crainte d’une hausse imminente. Cette inquiétude peut provoquer des comportements de stockage ou d’achats massifs.»

Or, ces réactions sont elles-mêmes susceptibles de générer des tensions artificielles sur les marchés. «Lorsque de nombreux consommateurs se ruent simultanément vers certains produits pour constituer des provisions, la demande augmente brusquement. Cette pression peut créer les conditions d’une hausse des prix, voire d’une pénurie artificielle», prévient le président de la FMDC.

Autrement dit, la perception de la crise peut parfois produire les effets économiques que l’on redoute. Cette dimension psychologique des marchés devient particulièrement sensible à l’approche du mois de Ramadan, période traditionnellement marquée par une hausse de la consommation alimentaire.

C’est précisément pour prévenir ce type de phénomène que l’association a intensifié ses campagnes de sensibilisation. «Nous avons mené plusieurs actions pour encourager les citoyens à adopter un comportement responsable et à éviter les achats excessifs qui pourraient déséquilibrer le marché», explique Bouazza Kherrati.

Dans l’immédiat, les signaux observés sur les marchés domestiques restent relativement stables. «Il existe aujourd’hui une tension psychologique liée à la situation internationale et il est possible que certains prix connaissent de légères fluctuations. Cependant, les autorités marocaines disposent des mécanismes nécessaires pour surveiller les marchés et contenir d’éventuelles hausses», estime-t-il.

Souveraineté industrielle, le débat relancé autour de la Samir

Le débat s’inscrit toutefois dans une réflexion plus large sur la structure du marché énergétique national. Dans ce contexte, le Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole a récemment relancé l’appel à la remise en activité de la Samir, la raffinerie de Mohammedia à l’arrêt depuis 2015. Le collectif plaide également pour une révision du système de libéralisation des prix des carburants, estimant que la dépendance aux importations de produits raffinés expose davantage le pays aux chocs internationaux.

Selon le Front, une nouvelle flambée des cours du brut pourrait se traduire par une hausse significative du prix du gasoil, certains scénarios évoquant la possibilité d’un litre dépassant les 15 dirhams en cas de tensions prolongées sur les marchés pétroliers.

Dans ce contexte, la question centrale demeure celle de la confiance dans la capacité des institutions à maintenir l’équilibre des marchés. «Les consommateurs doivent éviter de céder à la panique et comprendre que, pour l’instant, rien n’indique une flambée généralisée des prix», insiste Bouazza Kherrati. «Les marchés restent globalement approvisionnés et les prix se maintiennent à des niveaux relativement stables.»

Pour la Fédération marocaine des droits du consommateur, la pédagogie économique reste ainsi un levier essentiel pour accompagner les citoyens dans un environnement international marqué par une forte incertitude. «Notre objectif est double: encourager un comportement responsable sur les marchés et renforcer la confiance dans les politiques publiques mises en place pour garantir l’approvisionnement et la stabilité des prix», conclut Bouazza Kherrati.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 08/03/2026 à 10h20