Dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, les équilibres du tourisme international pourraient être bouleversés. Fermetures d’espaces aériens, perturbations du transport aérien, hausse possible des coûts énergétiques et effets psychologiques sur les voyageurs sont autant de facteurs susceptibles d’influencer les flux touristiques. Dans un entretien accordé à Finances News Hebdo, Zoubir Bouhoute, expert et chercheur en tourisme, analyse les risques et opportunités que cette conjoncture géopolitique pourrait créer pour le Maroc.
Selon Zoubir Bouhoute, «si le conflit au Moyen-Orient venait à s’intensifier ou à se prolonger, ses effets pourraient se répercuter sur le tourisme mondial de manière significative, y compris sur des destinations géographiquement éloignées comme le Maroc. Les récents affrontements ont provoqué des fermetures d’espaces aériens et des perturbations massives dans le transport aérien: des hubs internationaux comme Dubaï, Abu Dhabi et Doha ont suspendu ou limité leurs opérations, laissant des centaines de milliers de passagers bloqués, provoquant des annulations et des retards importants pour les vols entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique». Il rappelle que «l’industrie du tourisme fonctionne sur la base de la confiance des voyageurs. Lorsque des tensions géopolitiques s’exacerbent dans une région du monde, même si elles n’affectent pas directement la sécurité physique d’autres pays, cela peut entamer la confiance des voyageurs internationaux et entraîner un recul des réservations vers des destinations perçues, à tort ou à raison, comme situées dans la même zone ou psychologiquement associées».
Le chercheur souligne que le Maroc pourrait être touché par un effet de perception: «même si le Maroc est éloigné des zones de combat et n’a fait l’objet d’aucune alerte officielle de sécurité, des messages médiatiques généralisant le Moyen-Orient comme une région instable peuvent influencer négativement la perception nationale ou internationale. Cette dynamique psychologique est renforcée quand les médias ou certains analystes simplifient les descriptions géopolitiques, ce qui peut réduire l’attractivité perçue de destinations touristiques en Afrique du Nord, même si elles restent sûres et stables».
Pour contrer cet effet, Zoubir Bouhoute recommande une communication proactive internationale très claire et spécifique à travers des messages publics cohérents sur les plateformes officielles de tourisme, des campagnes d’information dans les marchés clés, et des coopérations institutionnelles pour assurer que les messages de sécurité et d’ouverture du Maroc soient diffusés de manière ciblée, en évitant les généralisations.
Il ajoute que cette communication doit non seulement affirmer la réalité objective de la sécurité au Maroc, comme l’a confirmé récemment une mise à jour des conseils de voyage, mais aussi contextualiser la logique géographique pour que les voyageurs comprennent intuitivement que le Royaume n’est pas impliqué dans le conflit.
Sur le plan des opportunités, Zoubir Bouhoute estime que dans un environnement régional instable, certaines destinations peuvent bénéficier d’un effet de substitution, où les voyageurs redirigent leur intérêt vers des pays considérés comme plus sûrs, stables et accessibles. Le Maroc, en particulier, est déjà l’un des principaux marchés touristiques de la zone Afrique du Nord, affichant une croissance substantielle avant même les tensions actuelles, avec des données récentes montrant qu’il figurait parmi les trois pays à la plus forte croissance de fréquentation touristique internationale au premier semestre 2025, selon des publications de l’Organisation mondiale du tourisme.
Il précise que cette opportunité ne se concrétiserait pleinement que si des conditions économiques spécifiques sont réunies. Pour lui il s’agit d’abord de maintenir une accessibilité aérienne renforcée, notamment via divers pôles de connexion, tarifs compétitifs et accords de routes aériennes. Deuxièmement, investir dans des campagnes marketing internationales ciblées visant les marchés qui hésitent devant les tensions régionales. À titre d’exemple, la tenue prévue de Gitex Africa à Marrakech au mois d’avril représente un signal particulièrement fort. La confirmation et le déroulement normal d’un événement technologique d’envergure mondiale démontrent que le Maroc demeure un espace sécurisé, organisé et pleinement opérationnel, malgré un contexte géopolitique tendu dans certaines parties du Moyen-Orient.
Concernant l’impact de la hausse des coûts énergétiques, il rappelle qu’un prolongement du conflit au Moyen-Orient a des répercussions bien au-delà de la zone géographique. Historiquement, les tensions dans cette région influent directement sur les cours du pétrole et des carburants. Lorsque les prix du pétrole augmentent, cela se répercute rapidement sur le coût du kérosène, qui représente une part importante des dépenses des compagnies aériennes. Des hausses durables du prix de l’énergie peuvent faire augmenter les coûts d’exploitation des vols long-courrier, ce qui conduit à une hausse des tarifs des billets d’avion et à une réduction de la demande de voyages internationaux.
Pour le Maroc, «cette flambée des coûts pourrait diminuer sa compétitivité relative par rapport à des destinations méditerranéennes proches, accessibles par des trajets moins coûteux ou via des liaisons terrestres ou maritimes», conclut l’expert.








