Dans un précédent article, nous avons relayé la position de la FENIP qui, par la voix de son président Hassan Sentissi, s’est vivement opposée à la suspension des exportations de sardines, mettant en garde contre ses conséquences économiques et sociales, en particulier dans les provinces du Sud.
Face aux critiques formulées par la FENIP, le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime défend une décision qu’il qualifie de «conjoncturelle, proportionnée et fondée sur des données objectives».
«L’interdiction concerne exclusivement la sardine (Sardina pilchardus), sous ses formes fraîche, réfrigérée ou congelée. Aucune autre espèce halieutique n’est concernée par cette suspension, qui reste strictement temporaire et limitée à une période de douze mois», nous confie une source autorisée au département de tutelle.
Contrairement aux affirmations de la FENIP, le secrétariat d’État assure que la décision n’a pas été prise de manière unilatérale. Des échanges auraient été engagés en amont avec les professionnels du secteur, parallèlement à des efforts visant à instaurer des partenariats entre les industries de congélation et de conserve. Objectif affiché: garantir des débouchés structurés sur le marché local avant l’entrée en vigueur de la mesure.
La même source estime par ailleurs que la suspension des exportations de sardines ne constitue pas une contrainte pour l’ensemble de la filière. Armateurs, marins pêcheurs, mareyeurs et autres industries de transformation ne seraient pas pénalisés. Au contraire, dit-elle, la mesure devrait contribuer à maintenir la dynamique de la pêcherie pélagique tout en renforçant l’approvisionnement du marché national et de l’industrie de conserve.
Des chiffres contestés par l’administration
Sur le volet économique et social, le secrétariat d’État remet en question plusieurs données avancées par la FENIP. Selon les chiffres officiels, l’industrie de congélation des petits pélagiques compte environ 100 unités à l’échelle nationale, dont 23 à Laâyoune, loin des 120 unités et 35 implantations à Laâyoune évoquées par la Fédération.
Le nombre d’emplois serait également surestimé. L’administration l’estime à environ 13.200 postes, contre 50.000 annoncés par la FENIP. Les données de la CNSS pour 2024 font même état de 9.280 emplois déclarés dans ce segment.
S’agissant des exportations, leur valeur aurait atteint 3,12 milliards de dirhams en 2025, et non 4,5 milliards. La part de la sardine représenterait 23% de ces exportations, loin des 60% avancés par la FENIP.
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Le secrétariat d’État met en avant une évolution structurelle du secteur, marquée par une diversification croissante des exportations. En valeur, la part de la sardine dans les exportations de petits pélagiques congelés est passée de 70% en 2020 à 23% en 2025. En volume, elle a reculé de 72% à 24% sur la même période.
À l’inverse, les autres espèces, notamment le maquereau et le chinchard, occupent désormais une place dominante. En 2025, la structure des exportations en valeur se répartissait entre le maquereau (46%), le chinchard (23%), la sardine (23%) et les anchois et la sardinelle (8%). Une configuration qui, selon le gouvernement, illustre la capacité d’adaptation de l’outil industriel national.
Dans un contexte de baisse des débarquements liée aux effets du changement climatique, le gouvernement insiste sur le rôle stratégique des ports du Sud. Les flux issus des ports compris entre Agadir et Dakhla représenteraient plus de 30% de l’offre nationale, constituant un levier essentiel pour renforcer l’approvisionnement du marché intérieur et stabiliser les prix.
Les opportunités offertes par le marché local et par l’industrie de conserve devraient, selon le secrétariat d’État, compenser largement les volumes auparavant destinés à l’export. L’objectif affiché est double: préserver la sécurité alimentaire et maintenir la paix sociale, tout en favorisant une exploitation durable de la ressource.
Tout en défendant sa décision, le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime réaffirme son engagement en faveur d’un dialogue permanent avec les organisations professionnelles. Il assure vouloir suivre de près l’évolution de la ressource halieutique et adapter, si nécessaire, les mesures de gestion, dans le respect des équilibres économiques, sociaux et environnementaux du secteur.
Une position qui vise à rassurer sur le caractère non structurel de la suspension des exportations de sardines, mais qui ne dissipe pas totalement les inquiétudes exprimées par une partie des industriels, notamment dans les provinces du Sud.







