Le pari de Moulay Hafid Elalamy sur le rachat de Société générale Maroc semble porter ses fruits. Depuis la finalisation de la cession le 3 décembre 2024, Saham Bank, le nouveau nom de l’établissement, affiche des résultats financiers solides et a reçu la reconnaissance des agences de notation internationales, avec un BB attribué par Fitch Ratings et un BA1 par Moody’s pour sa note à long terme. Les partenaires financiers internationaux, comme l’IFC, branche privée de la Banque mondiale, et la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd), ont également confirmé leur confiance, consolidant la crédibilité de la banque dans un contexte de pleine indépendance vis-à-vis de son ancien actionnaire français.
Malgré le changement de propriété, Saham Bank maintient sa position de quatrième banque du pays en termes de produit net bancaire (PNB), franchissant pour la première fois le seuil des 6 milliards de dirhams. Elle reste derrière le trio de tête composé d’Attijariwafa Bank, de la Banque Centrale Populaire et de Bank of Africa, mais devance CIH Bank, qui a enregistré 5,4 milliards de dirhams de PNB. Dans un communiqué relayé par le magazine Jeune Afrique, la banque a souligné que la séparation d’avec Société générale France et l’autonomisation réussie en 2025 avaient agi comme un moteur d’efficacité et de flexibilité opérationnelle, améliorant ainsi la performance globale.
La transition entre anciens et nouveaux actionnaires s’est déroulée de manière harmonieuse, sans heurts sur le plan comptable. Le symbole le plus marquant de cette dynamique est la hausse spectaculaire du résultat net consolidé, qui a atteint 1,7 milliard de dirhams, soit une progression de 117% par rapport à 2024. Cette dernière année avait été marquée par un résultat net consolidé particulièrement faible, à 783 millions de dirhams, en raison de provisions élevées liées au programme d’autonomisation et d’un contrôle fiscal. Saham Bank estime que ces ajustements financiers ont eu un impact global de près de 800 millions de dirhams sur le résultat social, confirmant que le processus de cession s’est fait dans la transparence et avec un accord mutuel entre les deux parties, a-t-on pu lire dans Jeune Afrique.
En retirant ces éléments exceptionnels, le résultat net consolidé de 2024 s’établissait à environ 1,4 milliard de dirhams. La progression de 2025 resterait donc notable, à 21%, illustrant l’efficacité de la stratégie mise en place par Ahmed El Yacoubi, président du directoire, qui occupait déjà ce poste sous l’ère Société générale. La banque a réorienté sa politique commerciale, historiquement très prudente, et a relancé l’activité de crédit, qui était en recul de 0,36% en 2024, alors que les dépôts avaient augmenté de près de 9%. En 2025, les crédits ont progressé de 7,8% et les dépôts de 7,4%, signalant un rééquilibrage du portefeuille et une approche plus dynamique.
Cette stratégie vise à renforcer le rôle de la banque dans le financement de l’économie marocaine. Les encours du secteur financement spécialisé, comprenant les filiales de crédits à la consommation et de leasing, ont augmenté de 19%, écrit Jeune Afrique. Eqdom, filiale spécialisée dans le crédit à la consommation, a enregistré une croissance de son chiffre d’affaires de 9,3%, portée par des partenariats avec concessionnaires et distributeurs. Parallèlement, le lancement de la banque digitale nabD, entièrement en ligne, vise à séduire une clientèle plus jeune et connectée. Saham Paiements, filiale dédiée à la digitalisation des encaissements pour les commerçants, ambitionne également une croissance à deux chiffres, pour devenir un acteur majeur du paiement digital au Maroc.
La continuité de la direction a contribué à rassurer les multinationales. L’organigramme du directoire n’a pas été modifié: Ahmed El Yacoubi reste président, épaulé par François Marchal, directeur général en charge du Corporate & Investment Banking, et Jérôme Brun, directeur général adjoint, responsable des risques et de la finance. Cette stabilité, associée au passé politique de Moulay Hafid Elalamy, ancien ministre, renforce la confiance des investisseurs dans la solidité et la pérennité de la banque.
Par ailleurs, Saham Bank a adopté une politique prudente de placement de ses liquidités, multipliant par 3,7 sa détention de bons du Trésor entre 2024 et 2025. Cette approche combine patriotisme financier et stratégie prudente, permettant de sécuriser le capital réglementaire et de respecter les exigences de solvabilité définies par Bank Al-Maghrib selon les standards internationaux de Bâle, tout en opérant sans le soutien d’un grand groupe bancaire international. La prochaine étape pourrait être une entrée en Bourse, ouvrant la voie à une nouvelle phase de développement pour Saham Bank, indique Jeune Afrique. La banque n’a pas confirmé ce projet.




