En 2025, le Maroc confirme la montée en puissance de son écosystème de propriété industrielle et commerciale. Selon les données publiées par l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), 32 091 demandes de marques ont été enregistrées au cours de l’année. Ce volume représente une progression de 1,6% par rapport à 2024 et, surtout, une hausse marquée de 15,5% comparée à 2023. «Ces chiffres prouvent que la propriété intellectuelle s’impose progressivement comme un levier stratégique pour les entreprises marocaines», relève le quotidien Les Inspirations Eco du 2 mars.
Les marques nationales constituent désormais 68% de l’ensemble des dépôts, en progression de 2% sur un an. Cette domination des acteurs locaux reflète une prise de conscience accrue de l’importance de protéger les signes distinctifs, de consolider son identité sur le marché et de sécuriser ses parts de marché face à une concurrence de plus en plus structurée. Les entreprises et les entrepreneurs marocains semblent intégrer davantage la propriété intellectuelle dans leur stratégie de développement, que ce soit pour valoriser leur image, attirer des partenaires ou préparer une expansion à l’international.
L’analyse sectorielle des dépôts de marques révèle des tendances significatives. L’industrie chimique, notamment à travers les produits d’hygiène et les détergents, arrive en tête avec 21% des demandes. Elle est suivie par les services de publicité et de gestion des affaires commerciales, qui concentrent 17% des dépôts, puis par les produits pharmaceutiques avec 15%. «Cette répartition met en lumière la structure productive du pays, marquée à la fois par un tissu industriel actif et par un secteur tertiaire dynamique, particulièrement dans les services liés à l’accompagnement des entreprises», précise Les Inspirations Eco.
Sur le terrain des brevets d’invention, l’année 2025 enregistre 2 983 demandes, soit une hausse de 2% en un an. Mais l’évolution la plus remarquable concerne les dépôts d’origine marocaine, qui progressent de 34%. Cette augmentation spectaculaire témoigne d’un intérêt croissant pour la protection des innovations locales. Elle traduit également une maturation de l’écosystème de recherche et développement, où la valorisation des résultats scientifiques devient un enjeu central.
Les universités occupent une place prépondérante dans cette dynamique. Elles représentent 64% des dépôts de brevets d’origine marocaine, loin devant les personnes physiques (18%) et les entreprises (15%). Ce déséquilibre souligne le rôle déterminant de la recherche académique dans la production d’innovations, mais il pose aussi la question du transfert technologique. La capacité des entreprises à transformer ces découvertes en applications industrielles et commerciales demeure un défi majeur pour renforcer la compétitivité nationale. Du point de vue sectoriel, les produits pharmaceutiques dominent les dépôts de brevets avec 23%, suivis de la biotechnologie (11%) et de la chimie fine organique (9%), confirmant l’importance stratégique des sciences du vivant.
Le dynamisme se manifeste également dans le domaine des dessins et modèles industriels. En 2025, 6 194 dépôts ont été enregistrés, dont 82% émanent de déposants marocains, en hausse de 5% par rapport à l’année précédente. Les emballages représentent à eux seuls 50% des demandes, illustrant le poids du marketing et de la différenciation visuelle dans un marché concurrentiel où l’apparence joue un rôle décisif. D’autres catégories, telles que les articles de bureau, le matériel pour artistes ou d’enseignement, les articles d’habillement et de mercerie ainsi que les articles de construction, se partagent chacune 6% des dépôts.
La vitalité entrepreneuriale complète ce tableau. L’OMPIC a délivré 138 388 noms commerciaux en 2025, en hausse de 9%, tandis que le nombre total d’entreprises créées a progressé de 14,6% pour atteindre 109 644 unités. Ces chiffres montrent que la dynamique entrepreneuriale ne s’est pas essoufflée après la pandémie de Covid-19. «Au contraire, elle semble s’être consolidée, portée par un environnement plus favorable et par une volonté accrue d’entreprendre»,note Les Inspirations Eco.
Cette performance globale se reflète également dans le positionnement international du Maroc. Le pays occupe la 57e place mondiale à l’Indice mondial de l’innovation, gagnant neuf rangs, et se classe premier en Afrique et dans le monde arabe pour la troisième année consécutive. Malgré ces avancées, des défis subsistent. La faible part des entreprises dans les dépôts de brevets révèle un besoin de sensibilisation et d’accompagnement, en particulier pour les PME. De même, la forte concentration des dessins et modèles industriels sur les emballages interroge sur la diversification de la création design, notamment dans les secteurs à plus forte valeur ajoutée. Les progrès sont indéniables, mais la consolidation d’un écosystème innovant et équilibré reste un chantier prioritaire.








