La CGEM n'a toujours pas avalé la récente hausse du SMIG. Outre sa première réaction incendiaire contre cette augmentation, la voilà qui ressort ses griffes, à travers une interview à Al Massae, à paraître ce mardi 13 mai, de son vice-président Salaheddine Kadmiri, non seulement contre cette revalorisation du SMIG, mais contre toutes les imperfections de la politique économique de l'Exécutif. Evoquant la récente augmentation du SMIG, Kadmiri avance que le patronat n'a pas été informé des "détails" relatifs à cette hausse. Et de préciser: "le gouvernement nous a demandé notre avis et nous lui avons franchement dit que la conjoncture n'est pas propice. Toute hausse du SMIG impactera négativement la compétitivité des entreprises". "Nous avons respecté la décision du gouvernement, mais il est de notre droit de faire part à l'opinion publique de l'impact et des conséquences qui découleront de cette hausse", explique le vice-président de la CGEM.
Le moral des patrons en berne
Qu'en est-il du moral des patrons? "Le gouvernement doit comprendre que la conjoncture économique ne pardonne pas. Lorsque nous affirmons que 42% des patrons d'entreprises estiment que la conjoncture économique n'est pas satisfaisante, cela veut dire que les autres 58% pensent que la situation était auparavant meilleure", affirme Kadmiri dans cette interview-fleuve. "Le baromètre récent que nous avons commandé pour dresser un tableau de la situation des entreprises est fiable et l'interprétation de ses résultats est libre", ajoute-t-il. A la question de savoir si la situation économique actuelle est vraiment alarmiste, le bras droit de la patronne de la CGEM estime qu'il existe de "grandes difficultés". "La crise internationale a eu des impacts sur le Maroc, sachant que la croissance en Europe n'a pas dépassé le taux de 0,5%. Les entreprises du Vieux Continent se sont lancées dans une compétitivité et une concurrence qui a gêné nos entreprises", relève-t-il. "Quant au climat des affaires, ajoute Kadmiri, "je pense que la principale problématique réside dans le fait que le rythme avec lequel agit le gouvernement pour appliquer les mesures prises conjointement ne permet pas de réaliser des progrès. Les neufs objectifs stratégiques que s'est fixé un programme diversifié et commun n'ont pas été réalisés". Et de rappeler que ces objectifs concernent des "mécanismes liés au règlement des contentieux, la simplification des procédures relatives au foncier, l'amélioration de la coordination au sujet des réformes, la facilité d'accès aux crédits et au financement et l'amélioration des services publics".
Où sont passées les recommandations des assises de la fiscalité?
Pour le vice-président de la CGEM, des "entreprises sont dans l'impasse en raison des retards accumulés dans ce sens par le gouvernement. Le temps économique est tellement rapide qu'il diffère du temps politique. Une des mesures importantes qui n'a pas été réalisée concerne les recommandations et réformes issues des assises sur la fiscalité". "Il y a des mesures à entreprendre qui ne nécessitent aucune dépense budgétaire de la part du gouvernement", estime Kadmiri, reconnaissant au passage que les banques "ne jouent pas le jeu" face à la crise. "Malgré la crise, les banques devraient s'engager dans le risque (...). L'industrie est le secteur le plus affecté par la situation économique". Selon Salaheddine Kadmiri, deux autres problèmes clouent au sol l'économie. "Il s'agit de la grande ouverture de l'économie nationale sur l'étranger et l'absence de mesures d'accompagnement pour la protéger. Et de dénoncer la lenteur du gouvernement à prendre des décisions pour faire face à ce déséquilibre.
Une chose est sûre : les relations entre le patronat et le gouvernement ne sont plus au beau fixe. Cette hausse du SMIG n'arrange en rien les choses. Le fait que le vice-président de la CGEM, connu par sa discrétion et sa retenue, sorte sur les colonnes d'un quotidien arabophone avec autant d'agressivité en dit long sur la colère de la confédération des entreprises. Du côté du gouvernement, on ne semble pas accorder beaucoup d'importance aux réactions du patronat.




