Nadia Fettah: «Accélérer les réformes pour une meilleure mobilisation des ressources domestiques en Afrique»

Lors d'une réunion de haut niveau, les ministres africains des Finances lancent la Déclaration de Tanger. (S.Kadry/Le360).

Le 02/04/2026 à 18h24

VidéoRéunis à Tanger sous l’impulsion de Nadia Fettah, les ministres africains des Finances et les représentants des principales institutions financières du continent ont examiné les leviers de renforcement de la mobilisation des ressources domestiques. Dans un contexte international incertain, marqué par la contraction des financements extérieurs, ils ont plaidé pour l’accélération des réformes, le recours à des mécanismes innovants et le renforcement de la coopération Sud-Sud, en vue de soutenir durablement le développement du continent.

Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, a présidé, le 1er avril 2026 à Tanger, une réunion ministérielle de haut niveau organisée par son département, en partenariat avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA-ONU). Placée sous le thème «La mobilisation des ressources domestiques: un levier clé pour le développement de l’Afrique», cette rencontre a réuni plusieurs responsables africains et experts du secteur.

Cette réunion s’est tenue en marge de la 58ème session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique de la CEA (COM58), organisée du 28 mars au 3 avril 2026 à Tanger.

Elle vise à renforcer la mobilisation des ressources domestiques sur le continent, à travers un dialogue politique de haut niveau, tout en promouvant des mécanismes opérationnels de coordination, de coopération Sud-Sud et de partage des bonnes pratiques.

Cette rencontre a réuni plusieurs ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique, ainsi que des représentants des principales institutions financières du continent.

Outre l’allocution de la ministre marocaine, la cérémonie d’ouverture a été marquée par les interventions de Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), et de Kevin Chika Urama, chef économiste et vice-président chargé de la gouvernance économique et de la gestion des connaissances au sein du groupe de la Banque africaine de développement.

Dans son discours inaugural, Nadia Fettah a mis en exergue le caractère stratégique de la thématique abordée, au regard des défis multiples auxquels font face les économies africaines dans un contexte international incertain, marqué par une succession de crises.

Elle a, à ce titre, souligné que la mobilisation des ressources domestiques constitue un levier essentiel de développement. Celle-ci permet de soutenir le financement des réformes et des projets structurants engagés par les pays africains, tout en limitant le recours à l’endettement et en préservant la viabilité des finances publiques ainsi que la stabilité macroéconomique.

Pour y parvenir, la ministre a insisté sur la mise en œuvre de réformes volontaristes visant à renforcer la souveraineté budgétaire et à stimuler l’investissement privé. Une telle dynamique permettrait de répondre aux défis structurels auxquels le continent africain est confronté, notamment sa vulnérabilité à la conjoncture internationale, la prépondérance du secteur informel, le faible dynamisme du secteur privé, l’insuffisance des ressources publiques, l’efficacité perfectible de la dépense publique et le sous-développement des marchés financiers locaux.

Dans ce contexte, la révolution numérique constitue, selon elle, un levier majeur d’optimisation des politiques fiscale et budgétaire. Elle permet d’améliorer la mobilisation des recettes, d’affiner le ciblage des programmes sociaux et de renforcer la transparence, l’équité et l’inclusion.

La ministre a également souligné l’importance du renforcement du cadre réglementaire des finances publiques. La mise en place de règles budgétaires adaptées, ancrées dans une logique de soutenabilité de la dette, pourrait ainsi constituer un mécanisme institutionnel clé pour préserver la crédibilité budgétaire tout en facilitant l’atteinte des objectifs de développement.

Par ailleurs, Nadia Fettah a indiqué que le financement du développement en Afrique gagnerait à s’appuyer davantage sur le renforcement des marchés financiers locaux, afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs. Elle a également plaidé pour le recours à des instruments non générateurs d’endettement, tels que les partenariats public-privé, les financements verts ou encore les mécanismes à effet de levier.

La coopération Sud-Sud

En outre, a-t-elle poursuivi, la promotion de l’investissement privé doit devenir un cheval de bataille pour réduire la pression sur les ressources publiques limitées et assurer une croissance durable et inclusive. Cela passe par la conception d’un cadre d’investissement attractif, l’amélioration continue du climat des affaires, ainsi que le renforcement des infrastructures, de l’inclusion financière et de la gouvernance.

La ministre a également relevé l’intérêt de la coopération Sud-Sud pour renforcer la mobilisation des ressources domestiques en Afrique et le partage d’expériences et de savoir-faire développés sur le continent.

«Il nous appartient désormais de consolider des mécanismes efficaces de partage d’expériences, à travers la mise en réseau de nos administrations fiscales, l’échange systématique de bonnes pratiques et le développement de programmes de renforcement des capacités fondés sur les besoins réels de nos pays. Une telle approche favorise l’émergence de solutions endogènes, plus résilientes et plus facilement reproductibles», souligne-t-elle.

Dans cette dynamique, les institutions financières africaines et internationales ont un rôle clé à jouer, explique la ministre. Leur appui, précise-t-elle, est essentiel pour accompagner les réformes fiscales, renforcer les capacités institutionnelles et mobiliser des financements innovants, notamment en faveur du développement des marchés financiers locaux.

«Dans cette perspective, le Royaume du Maroc, fort de sa propre expérience en matière de transformation structurelle et de modernisation de ses finances publiques, demeure pleinement engagé à partager son savoir-faire, à s’enrichir des bonnes pratiques des pays frères et à contribuer activement aux dynamiques africaines de coopération et de solidarité», conclut-elle.

Lors des échanges, les participants ont salué le choix de la thématique de cette réunion ministérielle qui se trouve au cœur du débat actuel concernant la nécessité de mobiliser les ressources domestiques pour compenser le volume des financements extérieurs destinés aux pays africains, pour leur permettre la réalisation des programmes et projets de développement.

De même, cette rencontre a été l’occasion pour partager les expériences des pays en matière de mobilisation des ressources domestiques notamment à travers la digitalisation des procédures fiscales, le recours aux financements innovants et la promotion des investissements du secteur privé.

Cap sur une mise en œuvre coordonnée à l’échelle du continent

Au terme de cette réunion, une déclaration ministérielle a été adoptée. Elle traduit l’engagement collectif des parties prenantes en faveur de la mobilisation des ressources domestiques et appelle à sa déclinaison en actions concrètes, notamment en partenariat avec les institutions financières africaines et internationales.

Le document s’articule autour de quatre axes majeurs. Le premier porte sur le contexte et les enjeux de la mobilisation des ressources domestiques, marqués notamment par la baisse de l’aide publique au développement, la nécessité de mettre en place des mécanismes adaptés et la fragilisation des finances publiques, liée en particulier à la réduction des marges budgétaires.

Le deuxième axe est consacré aux objectifs et engagements visant à renforcer les capacités des pays africains. Il met l’accent sur l’accélération des réformes fiscales, la diffusion des innovations en matière de digitalisation fiscale, de gestion budgétaire et de mobilisation de l’épargne, ainsi que sur le renforcement de la gouvernance budgétaire.

Le troisième axe concerne la coopération avec les partenaires internationaux, à travers l’accompagnement des pays africains dans la mise en œuvre des engagements issus de cette déclaration.

Enfin, le quatrième axe porte sur la gouvernance régionale et le suivi des engagements, avec la mise en place d’un groupe de travail interafricain chargé d’assurer le pilotage et le suivi de leur mise en œuvre.

Par Said Kadry
Le 02/04/2026 à 18h24