À la suite de la conférence stratégique organisée le 9 février à Casablanca par l’Association professionnelle des sociétés de Bourse, l’ensemble de l’écosystème financier marocain a réaffirmé sa volonté d’engager une transformation structurelle du marché des capitaux. Régulateurs, intermédiaires et investisseurs ont convergé vers un même constat: la modernisation de la Bourse constitue désormais un levier central pour renforcer la capacité de financement de l’économie nationale.
Dans un entretien accordé au magazine hebdomadaire Challenge, Amine Maamri, président de l’association, explique que cette mutation s’inscrit dans une dynamique déjà engagée, mais qui nécessite l’activation simultanée de plusieurs chantiers structurants. Selon lui, la première priorité concerne le renforcement durable de la liquidité du marché, considérée comme un facteur déterminant de compétitivité. Il souligne que «la liquidité constitue le socle d’un marché efficient». Cette dimension conditionne non seulement la valorisation des entreprises cotées, mais aussi la profondeur des échanges et la capacité de la place casablancaise à attirer des investisseurs institutionnels internationaux. Dans cette perspective, l’augmentation du flottant des sociétés cotées apparaît essentielle. Le président de l’APSB insiste également sur la nécessité d’encourager des introductions en Bourse répondant aux standards internationaux et de structurer davantage l’animation du marché secondaire afin d’assurer des volumes d’échanges plus réguliers.
La question de la liquidité ne peut toutefois être dissociée d’une réflexion globale impliquant l’ensemble des parties prenantes. Amine Maamri rappelle que «la liquidité ne peut résulter d’une mesure isolée; elle repose sur une approche cohérente et coordonnée entre émetteurs, intermédiaires et autorités». Il plaide ainsi pour une intégration, dès la préparation des introductions en Bourse, d’une stratégie claire concernant la taille et la répartition du flottant. L’élargissement progressif du flottant à travers des opérations secondaires constitue, selon lui, un levier supplémentaire pour renforcer durablement la profondeur du marché. Les sociétés de bourse sont également appelées à jouer un rôle central dans la structuration de dispositifs d’animation plus formalisés et dans la mise en place de mécanismes de market-making adaptés aux spécificités nationales.
La diversification de l’offre d’instruments financiers représente le second pilier de cette transformation, a-t-on pu lire dans le magazine. Le lancement du marché à terme marque, aux yeux du président de l’APSB, une avancée majeure dans la modernisation de l’architecture financière nationale. Il estime que «l’introduction de nouveaux instruments financiers constitue un levier de transformation des pratiques d’investissement». Le développement du prêt-emprunt de titres et l’essor des activités de tenue de marché sont considérés comme des prérequis indispensables pour améliorer la profondeur et l’efficience du marché. Parallèlement, l’évolution du cadre juridique des organismes de placement collectif ouvre la voie à l’introduction d’ETF cotés à la Bourse de Casablanca, élargissant ainsi les possibilités d’allocation d’actifs pour les investisseurs.
Ces nouveaux instruments devraient favoriser l’émergence de stratégies d’investissement plus sophistiquées. Pour les investisseurs locaux, ils offrent des outils permettant une meilleure gestion du risque et une diversification accrue des portefeuilles. Les produits dérivés facilitent les stratégies de couverture, tandis que les ETF permettent une exposition diversifiée à moindre coût, encourageant l’adoption d’horizons d’investissement plus longs. Toutefois, cette évolution suppose une montée en compétence de l’ensemble de la chaîne de valeur. Amine Maamri insiste sur la nécessité de renforcer l’expertise des sociétés de bourse, des équipes de gestion, des analystes et des fonctions de conformité. Il souligne également que le développement de ces instruments exige «une maîtrise renforcée des mécanismes de compensation, de règlement-livraison et de gestion du collatéral».
Le renforcement des infrastructures de post-marché apparaît ainsi comme un facteur clé de crédibilité pour la place financière marocaine. La sécurisation des transactions, la fluidité des dénouements et l’adaptation des systèmes d’information constituent des conditions indispensables pour garantir la confiance des investisseurs internationaux. Pour Amine Maamri, la cohérence entre innovation financière, capital humain et robustesse technologique constitue un signal fort de maturité du marché, a-t-on encore pu lire.
Au-delà des innovations produits, l’amélioration du cadre réglementaire et opérationnel représente le troisième chantier prioritaire. La digitalisation des processus, la simplification de l’accès au marché et le renforcement des standards de gouvernance et de transparence sont considérés comme des leviers déterminants pour aligner progressivement la place marocaine sur les meilleures pratiques internationales. La confiance des investisseurs repose, selon lui, sur la qualité de l’information financière et sur la stabilité du cadre réglementaire.
Cette modernisation globale s’inscrit également dans la perspective d’un repositionnement international du marché marocain. Depuis son reclassement en marché frontière par MSCI en 2013, la place casablancaise a enregistré des progrès significatifs. Amine Maamri rappelle que la capitalisation de l’indice MSCI Morocco a fortement progressé au cours de la dernière décennie et que le nombre de sociétés composant l’indice s’est sensiblement élargi. Ces évolutions traduisent, selon lui, un renforcement tangible de la profondeur du marché. Néanmoins, l’accès au statut de marché émergent demeure conditionné par des exigences plus strictes, notamment en matière de liquidité. Il précise que «l’enjeu consiste à augmenter durablement le flottant des grandes capitalisations et à assurer des volumes réguliers sur un nombre élargi de valeurs». L’amélioration de l’accessibilité opérationnelle constitue également un axe stratégique. Le développement du prêt-emprunt de titres, la possibilité de recourir à la vente à découvert ou encore la reconnaissance juridique du statut de nominée dans les opérations de clearing figurent parmi les évolutions jugées nécessaires pour rapprocher le marché marocain des standards internationaux.







