Le Ramadan, c’est également un véritable moteur économique. En l’espace de quelques semaines, ce mois entraîne un afflux massif de dépenses, estimé en milliards de dirhams, qui bénéficie à de nombreux secteurs d’activité. «La grande distribution, l’agroalimentaire, la fintech et le secteur publicitaire observent chacun une hausse significative de leur activité, faisant du Ramadan un moment stratégique pour les entreprises marocaines, qui ajustent leurs plans annuels pour profiter pleinement de cette période», relève le magazine hebdomadaire Challenge dans une analyse dédiée.
Au Maroc, la consommation des ménages constitue plus de 60% du produit intérieur brut. Durant le Ramadan, cette consommation connaît une augmentation moyenne de 18,2%. Rapportée à un volume annuel de dépenses des ménages dépassant 900 milliards de dirhams, cette hausse représente un surcroît de consommation de plusieurs dizaines de milliards de dirhams injectés en un mois dans l’économie nationale. Pour certains secteurs, cette période concentre une part considérable de l’activité annuelle. «Dans la grande distribution, le chiffre d’affaires généré pendant le Ramadan peut représenter entre 25 et 35% du total annuel. Pour certaines petites et moyennes entreprises du secteur agroalimentaire, la contribution du mois sacré peut atteindre jusqu’à 30% du résultat net annuel», note le magazine.
Les entreprises se préparent souvent plusieurs mois à l’avance pour faire face à cette demande accrue. Elles ajustent leurs stocks, planifient leurs budgets marketing et recrutent du personnel temporaire afin d’absorber le pic d’activité. La demande accrue entraîne toutefois des tensions sur les prix des produits alimentaires de base. «Légumes, viandes et fruits peuvent voir leurs prix augmenter de 15 à 30% dans les semaines précédant et pendant le Ramadan. La viande rouge peut parfois dépasser les 20 % de hausse, tandis que certains légumes frais peuvent enregistrer des augmentations supérieures à 25%», écrit Challenge. Ces variations s’expliquent par la conjonction de plusieurs facteurs, notamment la hausse de la demande, la spéculation, les coûts de transport et la dépendance partielle aux importations.
Pour les ménages, ces hausses saisonnières ne sont plus une surprise et nécessitent souvent une gestion anticipée du budget. Certains choisissent de faire leurs achats bien avant le début du Ramadan pour mieux maîtriser leurs dépenses, tandis que d’autres réduisent leur consommation de certains produits. Selon le rapport du Haut-Commissariat au Plan publié en janvier 2026, l’indice des prix des produits alimentaires avait déjà enregistré une hausse de 0,8% par rapport à 2024, ce qui affecte particulièrement les ménages à revenus modestes. Entre novembre et décembre 2025, les prix du poisson et des fruits de mer ont augmenté de 3,3%, ceux des légumes de 2,8%, et le lait, les œufs et les produits laitiers ont également connu des hausses notables.
Les autorités multiplient les mesures de contrôle pour limiter les abus et garantir un approvisionnement régulier, lit-on encore. Des milliers d’opérations d’inspection sont menées chaque année, tandis que des initiatives comme «Poisson à prix raisonnable» proposent des produits à des tarifs accessibles pour atténuer la pression sur les consommateurs. Pour les économistes, ces fluctuations saisonnières révèlent les fragilités structurelles des circuits de distribution, faisant du Ramadan un véritable «test de stress» pour le système alimentaire marocain.
Le secteur agroalimentaire est particulièrement bénéficiaire de cette dynamique. Les industriels augmentent leur production pour répondre à la demande accrue en lait, yaourts, fromages, dattes et boissons. Certains établissements fonctionnent en continu, ce qui génère également des emplois temporaires dans la logistique et la distribution. Dans la grande distribution, le panier moyen des consommateurs peut croître de 20 à 40%, avec des promotions et des offres groupées adaptées au mois sacré. La demande atteint son pic durant les deux premières semaines du Ramadan avant de revenir progressivement à la normale après l’Aïd.
«La transition numérique s’accélère également pendant cette période», souligne Challenge. Les plateformes de commerce en ligne enregistrent une hausse des commandes pouvant atteindre 40%, et les transactions électroniques augmentent de 30 à 50%, notamment pour les dons et la zakat. Les fintechs profitent de ce pic pour attirer de nouveaux utilisateurs et tester des offres promotionnelles, faisant du Ramadan un laboratoire pour l’innovation digitale. Le marché publicitaire connaît lui aussi un boom, avec des investissements dépassant 2 milliards de dirhams, concentrés sur la télévision et le digital, et attirant des audiences record après la rupture du jeûne.
À l’échelle macroéconomique, cette hausse de la consommation stimule temporairement la croissance et les recettes fiscales indirectes. Toutefois, cet effet reste saisonnier et ne remplace pas une dynamique structurelle d’investissement et de productivité. Pour de nombreuses entreprises, le Ramadan constitue néanmoins un levier stratégique essentiel pour renforcer la trésorerie, amortir les coûts fixes et financer de futurs projets.








