Le Maroc se trouve à l’aube d’une transformation énergétique majeure, avec la possibilité de devenir un acteur incontournable de l’hydrogène vert à l’échelle mondiale. Pour concrétiser cette ambition, le royaume devra franchir plusieurs étapes décisives, allant du lancement de projets pilotes à la consolidation des infrastructures portuaires, en passant par l’augmentation progressive de sa capacité de production. «Les experts estiment que si ces conditions sont réunies, le pays pourrait non seulement satisfaire sa demande intérieure, mais aussi devenir un exportateur de premier plan», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 19 février.
Les projections économiques sont encourageantes. Selon les analyses de la Banque mondiale, les exportations marocaines d’hydrogène vert pourraient atteindre entre 0,3 et 0,65 million de tonnes dès 2030, pour s’élever entre 3,4 et 9,5 millions de tonnes à l’horizon 2050. Mais le marché local ne saurait être négligé: l’hydrogène vert servira également à répondre aux besoins énergétiques internes, notamment dans le transport et l’industrie chimique.
Les ports du royaume apparaissent comme des leviers stratégiques dans cette évolution. Une étude récente de la Banque mondiale intitulée « Ports marocains : catalyseurs du développement et du commerce de l’hydrogène vert » met en lumière quatre infrastructures clés: Tanger Med, Mohammedia, Jorf Lasfar et un port potentiel près de Tan-Tan. Ces plateformes maritimes, déjà intégrées dans les flux commerciaux mondiaux, pourraient devenir le cœur de la production, du stockage et de l’exportation de l’hydrogène vert.
Le Maroc dispose d’atouts naturels considérables. Sa position géographique, à la croisée de l’Europe et de l’Afrique, et ses ressources abondantes en énergies renouvelables offrent un avantage compétitif unique. Le pays est déjà un acteur majeur du transport maritime, et ses ports sont prêts à servir de plaques tournantes pour l’hydrogène vert. L’exploitation de cette filière pourrait générer des emplois, augmenter les revenus publics, et même améliorer l’accès à l’électricité et à l’eau potable, car l’énergie excédentaire produite pour l’hydrogène pourrait être utilisée localement. «Selon les estimations, les navires visitant les ports marocains pourraient nécessiter environ 0,2 million de tonnes d’hydrogène équivalent en carburant d’ici 2030, et jusqu’à 2,83 millions de tonnes en 2050, convertis en méthanol ou ammoniac vert pour le soutage», écrit L’Economiste.
Tanger Med et Jorf Lasfar jouent un rôle central dans cette dynamique. Tanger Med, situé au détroit de Gibraltar, est l’un des plus grands ports à conteneurs du monde et traite chaque année environ 1,5 million de tonnes de carburants fossiles. Son emplacement stratégique en fait un site idéal pour devenir un hub de carburant vert, en captant la demande des navires traversant l’un des corridors maritimes les plus fréquentés. Jorf Lasfar, quant à lui, sert déjà l’industrie sidérurgique et le Groupe OCP, l’un des principaux producteurs mondiaux d’engrais phosphatés, en traitant près de deux millions de tonnes d’ammoniac par an. L’intégration de l’ammoniac vert dans ses procédés industriels pourrait ainsi contribuer à la décarbonisation de ce secteur clé.
Les ports de Mohammedia et de Tan-Tan offrent eux aussi des avantages distincts. Mohammedia, près de Casablanca, possède des cavités salines utilisables pour le stockage de l’hydrogène à grande échelle, permettant de réduire considérablement les coûts de stockage par rapport aux solutions souterraines classiques. Tan-Tan, encore peu développé sur le plan portuaire, bénéficie de conditions solaires et éoliennes exceptionnelles, ce qui pourrait en faire un site de production à faible coût, particulièrement compétitif pour l’exportation. La combinaison de ces infrastructures, de la production à Tan-Tan au stockage à Mohammedia, puis à la distribution industrielle à Jorf Lasfar et au soutage à Tanger Med, constitue, selon la Banque mondiale, la configuration la plus efficace économiquement pour développer la filière.
Le potentiel marocain en énergie renouvelable est également un facteur déterminant. L’Agence internationale de l’énergie estime que le pays pourrait produire de l’hydrogène vert entre 1,5 et 2,5 dollars par kilogramme d’ici 2050, d’autres études évaluant ce coût entre 0,6 et 1,3 dollar par kilogramme, plaçant le Maroc parmi les producteurs les plus compétitifs du monde. Cette production pourrait non seulement alimenter les besoins nationaux mais aussi répondre à une demande européenne croissante, notamment dans le cadre du programme REPowerEU, qui prévoit l’importation de plus de 10 millions de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030.
L’hydrogène vert jouera également un rôle stratégique pour l’industrie nationale. Le Groupe OCP prévoit de produire un million de tonnes d’ammoniac vert d’ici 2027, avec l’objectif d’atteindre trois millions de tonnes d’ici 2032 pour la fabrication d’engrais. Cette approche intégrée montre que le développement de l’hydrogène vert au Maroc pourrait devenir un moteur de croissance économique, de transition énergétique et de compétitivité industrielle, consolidant la place du royaume comme un hub régional et mondial de l’énergie propre.







