La stratégie énergétique marocaine expliquée par Amina Benkhadra

Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).

Revue de presse L’ONHYM étend ses missions au-delà de l’exploration classique, en intégrant le stockage stratégique du gaz, la préparation de l’hydrogène et le captage du CO₂, tout en renforçant sa filiale midstream et ses partenariats internationaux. Amina Benkhadra, directrice générale, dévoile la feuille de route d’un sous-sol appelé à devenir un levier de sécurité énergétique, de transition bas-carbone et de développement local. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 18/01/2026 à 19h35

L’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) élargit son horizon bien au-delà de l’exploration classique, en intégrant le stockage stratégique du gaz, la préparation de l’hydrogène et le captage du CO₂, tout en renforçant ses capacités midstream et son attractivité internationale. Dans un entretien accordé au magazine Finances News Hebdo, Amina Benkhadra, directrice générale de l’ONHYM, explique que le sous-sol marocain est appelé à devenir un pilier de souveraineté énergétique, de résilience et de décarbonation.

En septembre 2025, l’ONHYM a lancé une étude nationale sur le potentiel de stockage géologique des ressources énergétiques, incluant le gaz, l’hydrogène et le CO₂. «Cette étude s’inscrit dans une ambition de sécurisation de l’approvisionnement énergétique du Maroc pour le gaz naturel mais aussi, à terme, pour l’hydrogène et pour le CO₂ dans des schémas de captage et de stockage», explique Benkhadra. L’objectif est de cartographier les formations géologiques adaptées au stockage, de modéliser plusieurs sites pilotes et de proposer une feuille de route d’investissements détaillant volumes, coûts, délais et partenariats potentiels. L’Office privilégie d’abord un stockage stratégique de gaz autour de trois grands projets : la reconversion et l’optimisation du gazoduc GME, le Gazoduc africain atlantique et le terminal GNL de Nador. À moyen terme, l’idée est de développer des hubs multiproduits permettant de stocker du gaz, de préparer le stockage de l’hydrogène et d’envisager des solutions de séquestration du CO₂ pour la décarbonation industrielle.

«Début octobre 2025, l’ONHYM a renforcé sa coopération internationale en signant deux protocoles avec des entités des Émirats, notamment la Fujairah Natural Resources Corporation et la Fujairah Oil Industry Zone», lit-on dans Finances News. «Ces protocoles visent à accélérer la montée en gamme du Maroc sur les minéraux stratégiques et les hubs énergétiques, en s’adossant à un partenaire déjà acteur mondial du stockage et de la logistique d’hydrocarbures», souligne Benkhadra. La coopération avec la FNRC se concentre sur les sciences de la Terre, avec échanges de données, missions croisées et projets conjoints de cartographie et de géophysique, tandis que le partenariat avec la FOIZ porte sur les zones industrielles énergétiques et le partage d’expérience en matière de terminaux et de hubs d’énergie.

La filiale midstream de l’ONHYM, OMCo, renforce également son rôle stratégique. «OMCo assure actuellement la gestion du gazoduc GME, infrastructure cruciale pour le système gazier national, et est appelée à gérer les nouvelles infrastructures de transport et de transit liées aux projets gaziers structurants du Royaume», précise Benkhadra. Elle ajoute que l’Office travaille déjà sur l’interconnexion des gazoducs avec les principaux pôles de consommation et de production électrique, ainsi que sur le développement de nouvelles bretelles pour sécuriser l’alimentation des centrales de l’ONEE. OMCo s’appuie sur des standards internationaux de gestion des risques et de maintenance, ainsi que sur des modèles économiques encadrés, afin de garantir la durabilité et la pérennité financière des infrastructures.

Sur la scène internationale, l’ONHYM gagne en visibilité, ce qui se traduit par un intérêt accru pour les blocs d’exploration et les minéraux critiques, écrit Finances News. «Le Maroc est de plus en plus identifié comme un acteur clé de la sécurité énergétique régionale. Cette visibilité renforce notre position comme partenaire fiable dans un environnement où les investisseurs valorisent la stabilité politique, la bonne gouvernance et les enjeux ESG», explique Benkhadra.

L’Office gère un portefeuille important de permis et de projets d’exploration. Le potentiel gazier marocain se déploie sur plusieurs bassins sédimentaires onshore et offshore. Le bassin du Gharb, premier site de découverte gazière en Afrique du Nord, continue d’attirer des investisseurs grâce à des gisements rentables et à un réseau de gazoducs étendu. Le bassin d’Essaouira, producteur de gaz, de condensat et de pétrole, alimente notamment les usines de séchage et de calcination du phosphate de l’OCP. La région de Tendrara, dans le nord-est, devient un pôle majeur avec le développement du champ gazier de Tendrara et le projet Micro-GNL prévu pour 2026. Plusieurs autres bassins onshore et zones offshore, du nord au sud, présentent également un potentiel significatif et font l’objet de projets d’exploration conduits par l’ONHYM et ses partenaires internationaux, tels que Chariot Oil & Gas, Exxon Mobil, Hunt Oil et NewMed/Adarco.

Au-delà des hydrocarbures, l’ONHYM étend son rôle vers les solutions bas-carbone. «Le stockage géologique de l’énergie et le captage du CO₂ s’inscrivent dans la continuité de notre expertise historique. Une trajectoire d’investissement progressive est définie pour 2025-2030, incluant études, acquisition de données, partenariats public-privé et projets pilotes», indique Benkhadra. L’Office vise ainsi à développer des infrastructures de stockage intégrées au système énergétique national et à valoriser le sous-sol comme un atout stratégique pour la décarbonation.

L’impact des projets de l’ONHYM sur l’économie locale est également au centre des priorités. «Chaque projet s’accompagne d’un volet développement local : emploi, formation, infrastructures et recours aux entreprises régionales. Pour chaque dirham investi par l’ONHYM, nos partenaires injectent en moyenne dix fois plus, créant une dynamique économique et sociale sur les territoires», souligne Benkhadra.

Enfin, le Maroc joue un rôle moteur dans la gouvernance environnementale des minerais critiques en Afrique. Lors de l’IMC Morocco 2025, la Déclaration de Marrakech a été adoptée, établissant le premier cadre africain unifié ESG pour le secteur minier. «Le Maroc a porté l’idée que la souveraineté minérale africaine passe par des standards ESG élevés et a défendu le principe selon lequel les minerais critiques doivent servir à bâtir des chaînes de valeur industrielles sur le continent, et pas seulement à alimenter des exportations de matières brutes», rappelle Benkhadra.

Par La Rédaction
Le 18/01/2026 à 19h35