La Cour des comptes pointe l’inefficacité des programmes du gouvernement

Zineb El Adaoui, présidente de la Cour des comptes.. MAP

Revue de presseLors de la présentation de son rapport devant le Parlement, Zineb El Adaoui a dressé un bilan sévère des programmes de développement territorial. Malgré des milliards de dirhams investis, une grande partie des projets reste inachevée. La Cour insiste sur la nécessité d’objectifs réalistes, d’une meilleure coordination et d’un suivi qualitatif pour garantir un impact réel sur les citoyens et l’économie locale. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Économiste.

Le 09/02/2026 à 20h29

Lors de la présentation des principales conclusions des missions de contrôle et d’évaluation des juridictions financières devant le Parlement, Zineb El Adaoui, premier président de la Cour des comptes, n’a pas ménagé le gouvernement. Ses observations, issues d’une mission menée en 2023, dressent un bilan sévère des programmes financés par l’État. Sur les 78 conventions signées devant le Roi entre 2008 et 2020, seules 32 ont été effectivement achevées, pour un montant global de près de 16,6 milliards de dirhams. «En termes de réalisation, cela représente 41% des programmes, mais seulement 9% des crédits engagés, un écart révélateur de la faible concrétisation des ambitions affichées», indique le quotidien L’Économiste dans son édition du mardi 10 février.

Face à ces résultats, Zineb El Adaoui insiste sur la nécessité de fixer des objectifs réalistes et de s’éloigner des effets d’annonce, en privilégiant la cohérence entre les ressources disponibles et les délais d’exécution, afin de renforcer la crédibilité de la planification territoriale et la confiance des citoyens dans les institutions.

Cette exigence prend d’autant plus de relief que le Maroc se trouve à un tournant de ses politiques publiques. «Dans le dernier discours du Trône et lors de l’ouverture de la dernière session d’automne du Parlement, le Roi a insisté sur le lancement d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré, fondés sur la participation citoyenne et le dialogue avec les acteurs locaux», rappelle L’Économiste.

La réussite de cette étape dépend largement de la qualité de l’élaboration des programmes, qui doit reposer sur des diagnostics territoriaux et sectoriels précis, alimentés par un système d’information intégré et actualisé, et sur des objectifs mesurables assortis d’une implication effective des parties prenantes. Zineb El Adaoui souligne également l’urgence d’accélérer la mise en œuvre de la Charte de la déconcentration administrative, essentielle à l’efficacité de la gouvernance territoriale. Or, fin 2024, le taux de réalisation de cette feuille de route n’excédait pas 36%, un retard qui menace de freiner la progression des projets royaux.

L’analyse des programmes de développement territorial intégré menés depuis 2010 confirme ce constat. Sur 158 programmes intégrés, seuls 41 ont été achevés, soit 26% en nombre et 14% en montant, pour un coût de 6,3 milliards de dirhams sur une enveloppe totale de 45 milliards. Les contrats-programmes conclus entre l’État et les régions entre 2020 et 2022 affichent des résultats encore plus faibles, avec un taux de réalisation de seulement 9%, tandis qu’aucun nouveau contrat-programme n’a été approuvé pour la période 2022-2027.

Parmi les facteurs limitant la mise en œuvre des projets, la Cour des comptes pointe la faiblesse de la coordination préalable, les retards dans les études techniques, l’absence de mobilisation du foncier et l’hétérogénéité des capacités de gestion entre les acteurs territoriaux. Elle insiste sur l’importance d’adopter une stratégie foncière nationale intégrée, assurant la cohérence des interventions et facilitant l’accès des investisseurs, tout en mettant en place des mécanismes pour récupérer les terrains et biens publics exploités illégalement.

L’attractivité des territoires, notamment pour les investissements privés, repose aussi sur le potentiel énergétique du pays. «Bien que les énergies renouvelables représentent 45,3% du mix électrique en 2024, leur contribution réelle à la production nationale reste limitée à 26,7%, maintenant une forte dépendance aux énergies fossiles», souligne L’Économiste. La Cour plaide pour une accélération des investissements, en particulier dans le solaire et les infrastructures de transport électrique, citant le projet de « l’autoroute électrique » reliant Dakhla à Casablanca, d’une capacité de 3 gigawatts et d’un coût de près de 30 milliards de dirhams, dont le partenariat public-privé n’a été signé qu’en mai 2025, malgré un appel à manifestation d’intérêt lancé en octobre 2023.

Au-delà des chiffres, la Cour appelle à un changement d’approche, passant d’un suivi purement quantitatif à une évaluation qualitative de l’impact réel des programmes sur les citoyens et l’économie locale. Cette transition est essentielle pour que les promesses de développement territorial intégré se traduisent par des résultats tangibles et durables pour la population, et pour que les efforts budgétaires se traduisent enfin par des bénéfices concrets pour les territoires.

Par La Rédaction
Le 09/02/2026 à 20h29