Investment grade: comment le Maroc se distingue sur l’échiquier africain

Le siège de l'agence de notation Standard and Poor's à New York, aux États-Unis.

Revue de presse En retrouvant en 2025 sa notation BBB-/A-3 auprès de Standard & Poor’s, le Maroc réintègre le cercle restreint des souverains africains classés en investment grade, indique le rapport Africa Credit Rating Trends 2025. Cette décision souligne une trajectoire de réformes macroéconomiques et budgétaires jugée crédible et renforce la position du Royaume sur les marchés internationaux, dans un contexte continental marqué par les tensions sur la dette et la volatilité financière. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 25/02/2026 à 21h08

Dans son rapport Africa Credit Rating Trends 2025, l’agence Standard & Poor’s met en lumière une évolution majeure sur le continent: le Maroc a retrouvé en septembre 2025 son statut d’investissement grade, avec une notation BBB-/A-3 assortie d’une perspective stable. Ce retour marque la fin d’un cycle entamé en 2021, lorsque le Royaume avait été rétrogradé dans le sillage des tensions économiques provoquées par la pandémie. «Quatre ans plus tard, cette requalification constitue un signal fort dans un environnement africain encore fragilisé par l’endettement, les chocs externes et la volatilité financière», souligne le magazine hebdomadaire Challenge.

Alors que plusieurs économies du continent demeurent sous pression, le Maroc se distingue par le renforcement progressif de ses fondamentaux macroéconomiques. À l’échelle africaine, seuls quatre des vingt-sept États notés par S&P atteignent la catégorie investment grade, c’est-à-dire BBB- ou supérieure. En retrouvant ce rang, le Royaume rejoint le Botswana, Maurice et Sainte-Hélène, tout en se positionnant au-dessus de puissances régionales comme l’Afrique du Sud ou le Nigeria, classées dans la catégorie spéculative.

Selon l’analyse publiée par S&P Global, cette amélioration reflète avant tout une trajectoire de réformes jugée cohérente et crédible dans la durée. L’économie marocaine a démontré une capacité d’absorption des chocs externes, qu’il s’agisse des perturbations du commerce mondial, des tensions géopolitiques ou des fluctuations inflationnistes, écrit Challenge. Malgré ce contexte complexe, la croissance est restée soutenue, portée par la diversification du tissu productif. L’industrie manufacturière, le tourisme et les services ont contribué à maintenir une dynamique positive, avec des perspectives de progression du PIB réel estimées autour de 4% en moyenne entre 2025 et 2028.

«La consolidation budgétaire constitue un autre pilier de cette réévaluation. Après un creusement marqué au début de la décennie, le déficit public devrait progressivement revenir vers des niveaux plus soutenables, autour de 3% du PIB à l’horizon 2026», lit-on dans Challenge. Cette évolution s’appuie sur l’élargissement de l’assiette fiscale, la modernisation de l’administration des recettes et une rationalisation des dépenses publiques. L’amélioration de la gouvernance financière et la mise en œuvre de réformes structurelles renforcent également la perception de discipline budgétaire.

Les observateurs insistent toutefois sur la portée qualitative de cette décision. Le retour à la catégorie investment grade n’est pas présenté comme une performance ponctuelle, mais comme la reconnaissance d’une crédibilité reconstruite. Il traduit la capacité du pays à préserver l’accès aux marchés internationaux sans entrer dans une spirale de défiance, tout en maintenant une relative stabilité macroéconomique. Dans le contexte africain actuel, marqué par des niveaux d’endettement élevés et des tensions sur les devises, ce positionnement apparaît différenciant.

Sur le plan financier, la notation BBB- produit des effets concrets. Être classé en investment grade signifie, pour les investisseurs institutionnels, un risque de défaut perçu comme plus faible. Cette appréciation se répercute sur les conditions d’emprunt: les écarts de taux appliqués aux obligations souveraines tendent à diminuer, ce qui réduit le coût global de financement de l’État. Par effet d’entraînement, les grandes entreprises nationales bénéficient elles aussi d’un environnement de financement plus favorable. L’élargissement de la base d’investisseurs potentiels constitue un avantage stratégique dans un contexte où les flux vers les marchés émergents sont de plus en plus sélectifs.

Le secteur bancaire renforce cette dynamique. Représentant environ 60% des actifs systémiques nationaux selon S&P Global, il est globalement noté deux crans en dessous de la souveraineté, dans la catégorie BB, mais reste mieux positionné que nombre d’établissements comparables sur le continent. L’agence a notamment relevé la note d’Attijariwafa bank en octobre 2025, saluant l’amélioration de ses performances financières.

La stratégie de financement souverain illustre également cette crédibilité retrouvée. Le Maroc a levé deux milliards d’euros sur les marchés internationaux à un taux avoisinant 4,3%, avec une maturité moyenne de sept ans, soit l’un des coûts les plus bas observés pour une émission en euros à double tranche dans la région. Ce choix contribue à financer les projets d’infrastructure tout en limitant le risque de change, compte tenu des liens commerciaux étroits avec l’Union européenne, lit-on encore.

Pour autant, les économistes appellent à la prudence. Une notation n’est ni une récompense politique ni une garantie définitive. Elle représente un engagement implicite envers les marchés, conditionné à la poursuite des réformes, à la maîtrise de la dette et à la transformation de la crédibilité financière en croissance inclusive. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité à convertir cet avantage en gains tangibles en matière d’emploi, de productivité et de résilience face aux défis climatiques et sociaux.

Par La Rédaction
Le 25/02/2026 à 21h08