Intérim, de tremplin discret à acteur stratégique de l’emploi

Le travail intérimaire au Maroc amorce une transformation profonde.. DR

Revue de presseLongtemps perçu comme un emploi d’appoint, le travail temporaire au Maroc se structure et gagne en reconnaissance. La création de la Fédération nationale de l’intérim marque une étape donnant au secteur un rôle central dans l’insertion professionnelle, la lutte contre l’informel et l’adaptation de l’économie aux besoins de flexibilité des entreprises. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 08/01/2026 à 19h19

Longtemps cantonné à une image de simple emploi d’appoint, le travail intérimaire au Maroc amorce une transformation profonde, visant à s’imposer comme un acteur structurant de l’économie et de l’emploi. «Avec la création récente de la Fédération nationale de l’intérim (FNIM), le secteur affirme sa volonté de professionnalisation, de transparence et de dialogue constructif avec les pouvoirs publics», écrit le magazine hebdomadaire Challenge.

Cité par le magazine, Tarik Lamrani, directeur général de Best Profil, estime que cette initiative marque «un signal fort de maturité, porté par la nécessité de structurer le secteur, de promouvoir un intérim légal et éthique, et de défendre les bonnes pratiques au service des entreprises et des travailleurs». Les ambitions de la Fédération vont bien au-delà: lutter contre l’informel, produire des données fiables sur l’emploi, améliorer le cadre réglementaire et devenir un interlocuteur crédible pour orienter les politiques publiques. Dans un contexte économique où la flexibilité et la compétitivité sont devenues des enjeux centraux, le rôle de l’intérim se révèle stratégique, encore largement sous-estimé.

Le Maroc, confronté à un chômage persistant, notamment chez les jeunes et les profils peu qualifiés, voit dans l’intérim un véritable tremplin vers l’emploi formel. «Pour beaucoup de jeunes, l’intérim constitue le premier pas vers le marché du travail», explique Tarik Lamrani. En effet, nombre d’entre eux se heurtent à l’exigence paradoxale d’une expérience préalable pour décrocher un emploi stable. Les missions temporaires offrent alors une opportunité concrète de gagner en compétences et en expérience dans un cadre légal et protégé. Chaque contrat signé se traduit par une déclaration à la CNSS, une couverture sociale et une protection contre les accidents du travail. Selon la World Employment Confederation, près de 40% des intérimaires étaient auparavant chômeurs ou inactifs, démontrant le rôle réel du secteur dans l’insertion professionnelle. Encadré correctement, l’intérim n’est donc pas synonyme de précarité, mais constitue une étape de transition vers un emploi durable, permettant d’acquérir savoir-faire, confiance et employabilité.

«Pourtant, cette contribution reste largement méconnue», souligne Challenge. Trop souvent, l’intérim légal est confondu avec des pratiques informelles, alimentant une perception erronée de précarité. Les chiffres du secteur sont pourtant éloquents. Plus de 120.000 salariés travaillent aujourd’hui pour des agences autorisées et déclarées à la CNSS, dans un environnement réglementé et respectueux du droit du travail. La reconnaissance internationale soutient également cette légitimité, l’Organisation internationale du Travail considérant, à travers la Convention n°181, les agences d’emploi privées comme des acteurs légitimes de l’insertion professionnelle, dès lors que les droits des travailleurs sont garantis. La FNIM se donne ainsi pour mission de clarifier cette réalité, de promouvoir l’intérim responsable et d’objectiver le débat public autour de ses bénéfices économiques et sociaux.

La crise du Covid-19 a accéléré le besoin de flexibilité au sein des entreprises marocaines. Dans ce contexte, l’intérim s’est imposé comme une solution adaptée et sécurisée. «Dans l’industrie, il permet de gérer les pics de production et les absences temporaires. Dans l’hôtellerie et l’agriculture, il répond aux fluctuations saisonnières sans basculer dans l’informel. Pour les projets spécifiques, il facilite la mobilisation rapide de compétences ciblées», affirme le magazine. Selin ce dernier, «les études montrent une corrélation directe entre le recours à l’intérim et la dynamique économique, faisant de ce secteur un indicateur pertinent de conjoncture, capable de concilier agilité pour les entreprises et protection sociale pour les travailleurs».

Cependant, plusieurs freins subsistent. «La réglementation limite actuellement la durée maximale des missions à six mois, une contrainte souvent jugée trop courte face aux besoins économiques. La concurrence de l’informel reste également un défi majeur. Plus de 260 opérateurs non autorisés, dont 75 % à Casablanca, opèrent hors cadre légal, créant une concurrence déloyale et fragilisant les droits des travailleurs », estime Challenge. Enfin, l’image du travail temporaire demeure un obstacle: malgré ses cadres protecteurs, il reste trop souvent perçu comme un emploi précaire.

Pour Tarik Lamrani, l’enjeu est désormais non seulement de démontrer l’utilité de l’intérim, mais aussi de faire reconnaître pleinement sa place dans l’écosystème national de l’emploi. Un intérim encadré et responsable est un allié naturel des politiques publiques, des entreprises et des chercheurs d’emploi. Avec la FNIM, le secteur ambitionne de dépasser les clichés pour devenir un acteur stratégique de la formalisation de l’emploi et de la compétitivité économique. À travers ce renouveau, l’intérim marocain se profile comme un levier concret de modernisation du marché du travail, conciliant sécurité sociale, agilité et insertion durable.

Par La Rédaction
Le 08/01/2026 à 19h19