Des pluies intenses se sont récemment abattues sur plusieurs régions du Maroc, offrant un répit attendu après sept années de sécheresse consécutives. «Si cette manne hydraulique est perçue comme un signe d’espoir pour les agriculteurs, elle n’en reste pas moins source de difficultés immédiates, notamment pour certaines cultures sensibles comme la salade verte», relève le quotidien L’Économiste.
À Mnatra, près de Kénitra, la société Saladeo, spécialisée dans la laitue destinée au marché industriel, subit de plein fouet les caprices du climat. Cité par L’Économiste, Karim Chemaou, son dirigeant, décrit des champs inondés et saturés d’eau, où les semis ont été emportés par de violentes rafales de vent. Selon lui, près de 10% de la production est déjà perdue et l’accès aux parcelles est rendu impossible, empêchant les traitements nécessaires pour prévenir le pourrissement des plants. «Nous espérons que le temps se calme afin de sauver ce qui reste, mais si les intempéries se poursuivent, la situation risque de devenir critique», confie-t-il.
Dans la région d’El Jadida-Azemmour, le froid s’ajoute aux pluies et aux vents, fragilisant encore davantage les cultures. Également cité par L’Économiste, Driss El Assal, ingénieur agricole actif dans la région, évoque des rendements nationalement réduits de près de 50%, avec des pertes pouvant atteindre 100% dans les zones les plus touchées. Ces conditions météorologiques défavorables compromettent non seulement la quantité, mais aussi la qualité des récoltes, avec des répercussions directes sur l’approvisionnement des marchés et sur les acteurs industriels.
Pour les restaurateurs et autres professionnels de la filière agroalimentaire, la pénurie se fait déjà sentir. Amina Oudghiri, fondatrice et directrice générale de Frêlug, spécialisée dans les produits frais prêts à l’emploi, explique au quotidien que la salade représente près de 35% du chiffre d’affaires de son entreprise. Depuis plusieurs semaines, elle peine à satisfaire les commandes de ses clients, confrontée à des baisses de volume et de qualité, ainsi qu’à une raréfaction de certaines variétés. Les choux subissent également la pression de ces pertes, provoquant des retards de livraison pouvant aller jusqu’à 48 heures. Les perspectives pour les semaines à venir demeurent incertaines, les pluies persistantes entretenant l’inquiétude des professionnels.
Malgré ces difficultés immédiates, les pluies abondantes apportent des bénéfices à moyen terme pour certaines cultures, en particulier les agrumes. Kacem Bennani Smires, président de Maroc Citrus, se montre optimiste: la recharge des nappes phréatiques et le remplissage des barrages offrent une visibilité nouvelle aux producteurs et devraient favoriser la régénération des vergers. Les arbres retrouvent vigueur et système racinaire, ce qui devrait se traduire par une meilleure homogénéité des fruits et un potentiel de production accru dans les années à venir. Cependant, cette embellie hydrique ne résout pas les problèmes du court terme: la récolte est retardée par l’humidité et la cueillette devient plus délicate, avec un risque accru de pourriture des fruits déjà mûrs. Les difficultés logistiques, comme la fermeture temporaire du port de Tanger, compliquent en outre l’exportation des agrumes.
Les oliviers, dont la récolte n’est pas encore achevée, font également face à des pertes importantes. Également cité par L’Économiste, Rachid Benali, président de la Comader, indique qu’environ «40% des olives restent à cueillir et qu’un retard prolongé pourrait entraîner des pertes économiques se chiffrant en milliards de dirhams». Les producteurs d’ail, quant à eux, observent avec attention l’évolution du froid. Si les températures basses persistent, elles pourraient ralentir la croissance des plants et réduire le rendement par rapport à la saison précédente, alors que la récolte était initialement prévue pour avril et pourrait être repoussée à la mi-mai.
Entre bénéfices à long terme et difficultés immédiates, le secteur agricole marocain traverse une période contrastée. Les pluies récentes, bien qu’essentielles pour la résilience future des cultures, obligent aujourd’hui producteurs et industriels à composer avec des pertes, des retards et des contraintes logistiques qui mettent à l’épreuve la capacité du pays à répondre aux besoins de son marché intérieur et de ses exportations.








