Les producteurs et exportateurs d’agrumes marocains tirent la sonnette d’alarme. «La Fédération interprofessionnelle Maroc Citrus met en garde contre les conséquences dramatiques des récentes intempéries qui ont frappé certaines régions du Royaume, notamment le Gharb et le Loukkos, les zones les plus touchées par les inondations», rapporte le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 18 février. Selon l’organisation, la situation est «inquiétante et critique» et risque d’affecter durablement la filière agrumicole du pays.
Dans un communiqué publié récemment, Maroc Citrus dresse un tableau alarmant: les pluies intenses, les vents violents et les débordements des oueds ont provoqué des pertes considérables pour les producteurs, allant de la chute massive des fruits à la destruction partielle des infrastructures agricoles. «Les premiers éléments recueillis sur le terrain montrent que les producteurs d’agrumes ont subi de lourdes pertes, ce qui affectera directement leurs recettes et pourrait compromettre la relance de leur activité dans les prochains jours», explique la Fédération.
Si la chute des oranges reste l’impact le plus visible, le problème va bien au-delà. De nombreux producteurs ont perdu la totalité de leurs stocks d’intrants, mais aussi une partie de leur matériel agricole. Pire encore, le risque de perdre des arbres entiers plane sur certaines superficies où l’eau stagnante pourrait provoquer l’asphyxie des racines. Maroc Citrus déplore que «sur une partie non négligeable de la superficie, les producteurs vont devoir faire face à un risque réel de perte de leurs arbres si la stagnation des eaux se prolonge».
«Face à cette situation critique, les professionnels appellent à une intervention urgente des pouvoirs publics. Ils réclament des mesures de soutien et d’accompagnement permettant de limiter les effets des pertes et d’assurer la continuité de l’activité agricole», écrit L’Economiste. L’objectif est de permettre la réhabilitation des plantations, de compenser les pertes de production et de préparer la prochaine campagne agrumicole dans des conditions acceptables.
Les répercussions ne se limiteront pas aux seuls producteurs. Le commerce extérieur, qui représente une part importante de la valeur ajoutée de la filière, est également en danger. La Fédération met en garde contre une possible incapacité à honorer les engagements avec les partenaires étrangers, ce qui pourrait entraîner une perte de parts de marché au niveau international.
Cette menace pèse lourd sur l’emploi agricole. Les agrumes constituent une filière majeure pour l’économie locale des régions touchées. La destruction ou l’amoindrissement des récoltes pourrait donc engendrer une baisse significative des opportunités d’emploi pour les saisonniers et les ouvriers agricoles, déjà fragilisés par la volatilité du secteur.
La filière agrumicole représente un levier important de développement socio-économique pour le Maroc, mais elle reste confrontée à plusieurs défis structurels. Selon les données de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), le rendement moyen des agrumes ne dépasse pas 18 tonnes par hectare, un chiffre relativement faible comparé aux principaux pays producteurs concurrents sur le marché international. Ces résultats dépendent du matériel génétique utilisé, des conditions pédoclimatiques des régions de culture et des pratiques techniques adoptées par les producteurs.
La superficie totale plantée en agrumes au Maroc atteint environ 129 000 hectares, avec une production moyenne de 2,4 millions de tonnes. Les régions les plus productives sont le Souss-Massa, le Gharb, la Moulouya de Berkane, Tadla et El Haouz. Les exportations, quant à elles, ont connu une trajectoire fluctuante au fil des années : après un pic de 770 000 tonnes lors de la campagne 2021-2022, elles sont retombées à 521 243 tonnes en 2024, avant de remonter légèrement à 585 070 tonnes en 2025, pour une valeur dépassant 5,18 milliards de dirhams, selon l’Office des changes, repris par L’Economiste.
Les marchés principaux demeurent la Russie et l’Union européenne, tandis que l’Amérique du Nord et les pays du Golfe représentent des débouchés secondaires. La concurrence internationale est féroce, avec l’Égypte qui exporte chaque année plus de deux millions de tonnes d’agrumes, plaçant le Maroc dans une situation de fragilité relative.
Face à ce tableau inquiétant, les acteurs de la filière appellent à une mobilisation immédiate. Selon eux, seule une action coordonnée entre les pouvoirs publics et les professionnels du secteur permettra de sauver les plantations et de sécuriser la place du Maroc sur le marché international. Les mesures demandées incluent des aides financières directes, des facilités pour l’acquisition de matériel et d’intrants, ainsi que des programmes de réhabilitation des vergers endommagés.
Maroc Citrus insiste sur la nécessité d’un soutien concret et rapide. La survie économique des producteurs et la pérennité de la filière exportatrice en dépendent. Les prochains mois seront déterminants pour juger de la capacité du Maroc à surmonter cette crise et à maintenir sa position sur le marché mondial des agrumes.







